« Les raisins de la colère » de John Steinbeck

L’heure est venue de retrouver mon challenge chouchou, consacré à la littérature classique, brillamment orchestré par Moka et Fanny. En août nous nous retrouvons autour de ces textes auxquels on a donné des images via l’écran ou les cases. Il se trouve que Moka, Fanny, Lili et moi avions envisagé une lecture commune autour des Raisins de la colère de John Steinbeck et que l’occasion de ce rendez-vous était trop belle pour que nous la manquions.

J’avais adoré Des souris et des hommes, puis A l’est d’Eden et plus récemment La Perle. Autant vous dire que je me lançais dans cette lecture avec enthousiasme et impatience.

Pour planter le décor nous faisons d’abord la connaissance de Tom. Il vient tout juste de sortir de prison et c’est avec grande surprise qu’il découvre, une fois arrivé à la maison familiale, perdue au milieu des champs de l’Oklahoma, que ses parents ont tout perdu. Ils doivent partir, expropriés de leurs domaines par les puissants des banques, qui font vrombir leurs tracteurs sur les terres qui ont nourri ces pauvres métayers depuis des générations.

Des tracts éparpillés aux quatre coins de l’État annoncent qu’on recherche des bras dans les plantations de Californie. La famille est décidée. On emmène tout ce qu’on peut en chargeant le camion comme on peut et on y va.

Ils emmènent avec eux un pasteur esseulé et défroqué. L’oncle de Tom est dubitatif : « Y a des gens qui croient que les pasteurs ça porte la guigne ». La véracité de l’adage reste à prouver, néanmoins, le bonheur semble flotter au loin, au-dessus de l’horizon, sans jamais que la famille ne parvienne à s’en approcher. Il fuit devant eux.

J’ai lu dans le journal qu’on demande du monde pour cueillir les raisins et les oranges et les pêches. Même si on ne nous laissait pas en manger, on pourrait peut-être bien en chiper une, une petite un peu abîmée. Et ça serait agréable, sous les arbres, de travailler à l’ombre. Tout ça me parait trop beau. Ça me fait peur. J’ai pas confiance. Je crains qu’il n’y ait une attrape quelque part.

Les raisins de la colère est un roman encensé et il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre pourquoi. C’est puissant et bouleversant. Je ne me suis pas attachée tout de suite aux personnages, il m’a fallu du temps. Mais quand Steinbeck m’a ferrée, j’étais plongée corps et âme dans la souffrance et le désespoir de ces gens, qu’on a jetés comme des moins-que-rien, qui tentent comme ils peuvent, sans révolte, avec résignation. Rien n’est juste là-dedans, jusqu’à cette serveuse qui vole sournoisement un père qui donne son dernier sou pour offrir un instant de douceur à ses enfants. Profiter de la misère des gens, si comme moi c’est quelque chose qui vous fait enrager, vous allez passer une bonne partie de la lecture les poings et la mâchoire serrée.

Symbole d’une famille dépouillée de la Grande Dépression, les Joad représentent ceux qui ont tout perdu, qui ont parcouru des kilomètres en espérant se sortir de la misère, qui ont connu la faim, l’humiliation, le rejet. Qui n’ont d’autre alternative qu’espérer que les lendemains soient moins pénibles. Mention spéciale à Man (maman), l’âme forte de la famille. Tel un roseau, elle plie mais ne rompt pas.
Ce ne sont que des Oakies aux yeux des Californiens, des bouseux. Des Californiens qui ont en réalité peur de perdre le travail à la faveur des nouveaux venus, ou de voir leurs salaires se réduire à peau de chagrin face à ces étrangers prêts à accepter un salaire de misère pourvu qu’ils en aient un.

Steinbeck insère plusieurs courts chapitres qui viennent apporter un éclairage sociologique et économique, tel une voix-off, grâce à des petites scènes de la vie quotidienne. Elles s’inscrivent en-dehors du récit principal et si la première, au sujet des voitures, m’a désarçonnée, j’ai vite pris goût à ces interventions qui rendent le contexte de la Grande Dépression encore plus précis et édifiant.

On en apprend tous les jours, dit-elle, mais il y a une chose que je sais bien, à force. Quand on est dans le besoin, ou qu’on a des ennuis – ou de la misère – c’est aux pauvres gens qu’il faut s’adresser. C’est eux qui vous viendront en aide – eux seuls.

Je n’ai pas eu l’occasion de voir le film mais j’espère qu’il est à la hauteur de ce grand roman (Moka pourra nous le dire), que j’ai adoré et qui va certainement me hanter longtemps. Il m’a prise aux tripes. Le terme chef-d’œuvre est utilisé à tort et à travers mais pour Les raisins de la colère, il n’y a aucun doute possible. Lisez-le !

Place aux chroniques de Moka, Fanny et Lili !

Folio, 1991, 632 pages

25 réflexions au sujet de « « Les raisins de la colère » de John Steinbeck »

  1. Quelle aventure ! Quelle lecture commune grisante ! J’ai tellement aimé que je dis à tout-va et à qui veut bien l’entendre qu’il faut lire Steinbeck. Je compte bien me lancer avec La Perle, À l’est… et tout ce qui sera signé par ce génie.
    Pour le film, après un 3e endormissement, j’ai dépassé le délai de location de la VOD… Je le trouve quand même très daté. Je n’en garderai absolument rien je crois… (Désolée d’avance à tous les cinéphiles qui seront choqué·es en me lisant…)

    1. C’est dommage que l’adaptation ne t’ait pas convaincue car j’ai trouvé le roman très cinématographique, j’imaginais sans peine les images dérouler sous mes yeux.
      Je compte moi aussi poursuivre ma découverte de cet auteur, qui me chamboule à chaque fois.
      Merci pour cette fantastique lecture commune !

    1. Pour ma part ce n’est pas tant la fin qui me marquera que cette quête désespérée vers un avenir meilleur illusoire. C’est bouleversant et révoltant à la fois.

  2. Avec le challenge, je viens de rencontrer Steinbeck avec Des souris et des hommes, mais ce ne sera pas ma dernière lecture du monsieur. Je sens un grand potentiel à me tordre les tripes et à m’embarquer dans des aventures humaines terribles. Et vous êtes toutes en train de me donner beaucoup trop envie de lire ce roman-là !

  3. « Puissant et bouleversant », complètement ! J’avais adoré, j’adore Steinbeck tout court d’ailleurs et je vais y retourner sans tarder d’ailleurs car vous lire toutes m’a donné l’eau à la bouche 😉

  4. Comme je le disais chez Moka je ne l’ai jamais lu mais j’en ai vu une adaptation à la scène avec un conteur et des musiciens qui était super et cela confirme mon envie de le lire!

A vous les micros !

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