« … et à jamais T3 – Amorostasia » de Cyril Bonin

50318_300.jpgC’est la Saint Valentin aujourd’hui, alors j’ai choisi une série à propos ❤ Même si entre nous deux l’amour des premiers temps n’aura pas tenu sur la route…

Rappelez-vous…

L’amorostasie est une épidémie qui touche les amoureux. Quiconque ressent le sentiment de l’amour se fige, comme transformé en statue de sel. Les fonctions vitales ne sont pas touchées, on continue de penser. C’est « simplement » qu’on ne peut plus bouger.

Olga, journaliste, enquêtait sur cette épidémie dans le premier tome. Contre toute attente, elle ne s’est pas figée devant son fiancé, mais devant Kiran. Ils sont restés ainsi pendant trois ans, Olga chez ses parents, Kiran en prison. Ils ont été choisis pour être les cobayes de scientifiques essayant de comprendre cette maladie. Lorsque le troisième tome s’ouvre, les deux amoureux se retrouvent et vont emménager ensemble.

L’épidémie court toujours, il y a pléthore d’emplois disponibles faute de main d’oeuvre, et même le Président de la République est touché. Il sera remplacé par une personne qui veut qu’on continue à vivre malgré l’épidémie, contrant ainsi les Nobody qui vivent reclus chez eux et se font livrer toutes leurs courses. Une société plus égalitaire aussi, qui veut cesser de stigmatiser les séductrices portant le brassard qui indique qu’elles ont déclenché l’amorostasie chez quelqu’un. D’ailleurs, un mystérieux homme sévit en coupant dans la rue une mèche de cheveux aux femmes porteuses de ce brassard.

L’enjeu de ce troisième et dernier tome se situe au niveau des tests menés par l’équipe de recherche sur Olga et Kiran. Pourquoi sont-ils immunisés ? Est-ce que grâce à eux l’épidémie va pouvoir être endiguée ?

Nous suivons également l’évolution de leur relation. Ils sont tombés amoureux sans se connaître véritablement, et la vie à deux au quotidien va être un véritable challenge. D’autant que Kiran va trouver un gagne-pain qui ne sera pas du goût d’Olga…

Cette série était d’abord prévue en un seul tome mais Cyril Bonin a jugé que son histoire de départ pouvait avoir de nombreux développements. Certes. Cependant le premier tome est de loin le meilleur. Il y était question d’amour évidemment, mais surtout des amours tus qui se révèlent, des amours de façade qui n’en étaient visiblement pas. On pensait être amoureux, et puis force était de constater que non. Avec le deuxième, nous faisions connaissance avec un groupe de résistants bien décidé à ne pas vivre l’état d’urgence mais à jouir de la vie au maximum, quitte à prendre le risque de tomber amoureux. Mais ici, il n’y a pas de message qui ressort, si ce n’est peut-être que finalement, chacun voudrait connaître l’amorostasie, car c’est la seule preuve de l’amour.

En définitive, c’est une trilogie plaisante qui remet en perspective nos choix de vie, notre vision de l’amour. Et ce troisième tome enfonce le clou avec le personnage de Kiran, qui ne correspond pas à l’image que s’en faisait Olga. La conclusion est belle et clôt avec tendresse cette série, dont le point d’orgue reste malgré tout le premier tome.

Mais je suis très déçue de quelque chose dont je ne peux pas trop parler, puisque c’est le mystère de la série : d’où vient l’amorostasie ? Comment la guérit-on ? Je n’en dis pas plus, débrouillez-vous avec ça 😉

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Futuropolis, 2017, ISBN 978-2-7548-2149-0, 120 pages, 20€

Cette semaine, on se retrouve chez la douce Noukette pour d’autres BDs de la semaine !

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« Facteur pour femmes » de Didier Quella-Guyot & Sébastien Morice

9782818934135.jpgCa y est, c’est officiel. La guerre est là. Elle sera courte, ce n’est qu’un au revoir, mais les hommes doivent quitter leur île bretonne pour rentrer dans les rangs de l’armée. Les femmes sont désormais livrées à elle-même. En plus de s’occuper des enfants et de la maison, elles doivent prendre la relève de leurs maris pour les travaux des champs et tout ce qui s’ensuit.

Maël est le seul jeune gars du village à échapper à la mobilisation, à cause de son pied bot. Il vit seul avec son père, qui le méprise car sa femme est morte en couches, donc à cause de lui. Ce père le traite comme un moins-que-rien et n’a de cesse de le rabaisser devant les autres.

Mais avec la guerre, tout va changer. Maël se voit confier la difficile mission de facteur et doit parcourir plusieurs fois par semaine toute l’île pour distribuer le courrier. C’est le seul homme jeune que les femmes voient. Et cette courte guerre n’en finissant pas, elles commencent à être émoustillées par la présence de cette chair fraîche et masculine à portée de main. Maël, qui a toujours été méprisé par son père ou moqué par d’autres, reprend alors confiance en lui alors que les femmes lui ouvrent leur coeur (pour rester polie).

Et elles le lui ouvrent d’autant plus facilement que Maël, gardien des messages des fiancés et maris, profite de sa situation pour lire les courriers, cacher les mots d’amour des uns et découvrir les secrets des autres. C’est un malin, ce Maël ! Peu scrupuleux, malhonnête, mais malin.

Dans cette BD, nous avons donc un facteur qui butine auprès de femmes rendues volages par les circonstances. Les journées sont difficiles, le moral bas, les nouvelles des hommes terribles. Et puis il y a justement cette opposition entre cette parenthèse de désir et de luxure d’un côté pendant que de l’autre les maris participent à une horreur dont jamais ils ne se remettront, s’ils reviennent un jour.

Si c’est justement ce contraste qui m’a mise mal à l’aise, cela n’a duré qu’un temps. En réalité je suis tombée sous le charme de cet album, touchant, qui pour commencer est d’un esthétisme sublime. Et j’ai finalement beaucoup d’affection pour Maël qui a pris sa revanche sur la vie, pas de la façon la plus loyale qui soit, mais il aura fait du bien au moral de nombreuses femmes. Chacune s’est sentie unique et a pu s’échapper de son quotidien.

Sans compter que cette histoire s’inscrit dans une autre, plus contemporaine, qui n’est pas dénuée de sel ni de charme.

Donc je remercie les copains du mercredi pour m’avoir fait découvrir cette BD et mon Amoureux pour me l’avoir offerte à Noël ❤

 

 

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Grand Angle, 2015, ISBN 978-2-8189-3413-5, 111 pages

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« Vazahabe » de Denis Vierge

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Quand un dessinateur voyage, ça peut donner des carnets de voyage, mais ça peut aussi donner une histoire.

Celle-ci se passe à Madagascar. Monsieur Camier arrive de France pour chercher sa femme, malgache, qui est revenue au pays visiter sa famille mais n’est jamais revenue. Il se trouve que les deux tourtereaux ne sont pas tombés amoureux l’un de l’autre dans la minute, il s’agit plutôt d’un échange de bons procédés. Je t’offre un cadre de vie confortable en échange d’une vie maritale paisible et affectueuse. De là à penser que la belle s’est fait la malle la première occasion venue, il n’y a qu’un pas. Mais Guy connait Marie-Belle, il est sûr qu’elle ne lui aurait pas fait un coup pareil. Alors aidé d’un ancien légionnaire et d’un chauffeur du crû, il part en quête de sa douce.

Et c’est ainsi qu’on est trimballés dans un village puis dans un autre. Il court il court le furet… C’est très sympathique à suivre et de plus en plus intrigant. Mais où est donc passé Marie-Belle ? Il nous fait de la peine ce pauvre Camier, tout vieux et bedonnant, qui s’accroche à sa femme malgré ce qu’il apprend au fur et à mesure.

Cette lecture dépaysante m’a bien plu. A la fin de ma lecture j’ai trouvé le comportement des malgaches caricatural, avec tous ces profiteurs qui abusent de la peine et de la générosité de Camier. Mais finalement, avec les croquis et notes de voyage en fin d’ouvrage, je me dis que Denis Vierge a rapporté ce qu’il a vu sur place. Et puis l’honnêteté c’est bien joli mais quand on a faim, ça ne nourrit pas son homme.

Je ne suis pas trop fan des dessins mais ça ne m’a pas dérangé. J’ai été séduite par le scénario et l’immersion culturelle, notamment avec le dialecte local.

Un bémol ceci dit : c’est agaçant de s’apercevoir une fois l’histoire finie qu’il y avait un gloassaire en fin d’ouvrage pour comprendre certaines expressions et certaines scènes nécessitant une explication contextuelle. Personnellement, quand c’est fini c’est fini, je ne vais pas aller chercher à telle ou telle page davantage d’explications. Cela aurait été sympa de préciser en première page que ce glossaire existait…

Mais sinon c’était bien 😉

Editions Paquet, 2010, ISBN 978-2-88890-347-5, 128 pages

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« L’adoption T1 & T2 » de Zidrou & Arno Monin

 

Ca y est, j’ai lu mon premier Zidrou ! Enfin, à ma connaissance. Depuis le temps que j’en entends parler. Et ce diptyque, pareil, je l’ai pas mal vu sur la blogo ! Donc voilà, c’est fait, je suis contente.

Mais venons-en aux faits.

Dans le premier volet, un séisme a ravagé la ville d’Arequipa, au Pérou. Bilan : des milliers de morts. Quelques temps plus tard, Lynette et Alain, le fils de Gabriel et « mamie Rysette », rentrent du Pérou où ils ont adopté la petite Qinaya, 4 ans. Elle n’a plus de parents. Le couple n’a jamais pu avoir d’enfants et a profité de la catastrophe pour combler un vide tout en permettant à une orpheline de retrouver l’amour d’une famille.

Gabriel est au centre du récit. Ce grincheux, ancien boucher qui n’a pas vu ses enfants grandir, était contre cette adoption jusqu’à ce qu’il accepte de rompre cette froideur dont personne n’était dupe. Il a un coeur en caramel mou et s’attache énormément à la petite.

J’ai beaucoup aimé l’esprit caustique de Gabriel et ses réparties, qui m’ont fait penser aux Vieux fourneaux, car lui aussi a sa bande de copains (un trio également) et on retrouve des similitudes dans leur camaraderie. La petite Qinaya est attachante comme tout, toute mignonne, fragile et rigolote. Elle fait le bonheur de sa nouvelle famille.

Et puis il se passe un drame, un drame qui m’a donné envie de chouiner et heureusement que j’avais le deuxième tome sous la main, sinon j’aurais fait un sort à mon Toblerone.

Alors, ce deuxième tome… bien, je suis déçue. Peut-être justement parce que j’étais encore sous le coup de l’émotion et que j’aurais aimé une belle histoire pour que Zidrou me mette un pansement dessus. Et en toute franchise, il y a une belle histoire, simplement ce n’était pas celle que je voulais. Mais je ne veux pas expliciter car si je raconte, je vous gâche la surprise du drame, tellement inattendu qu’il ne faut surtout pas le savoir en avance.

Disons simplement que le deuxième tome est encore centré sur Gabriel mais qu’il part en voyage au Pérou, où il rencontre Marco, un Belge à la recherche du corps de sa fille depuis le séisme. Les deux comparses font se faire du bien à l’âme et Gabriel va comprendre où sont les vraies valeurs et qu’il faut dire aux gens qu’on aime qu’on les aime.

En définitive, j’ai énormément aimé le personnage de Gabriel, parce que j’adore les bougons (dans les fictions, je précise). J’ai été attendrie par la jolie relation qu’il tisse avec Qinaya. L’humour de Zidrou m’a enthousiasmée. Les planches d’Arno Monin m’ont enchantée. Tout cela enjolive et fait passer la pilule de cette histoire qui au final, est quand même assez triste.

Grand Angle, 2016 et 2017, 70 et 67 pages, 14,90€

 

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« Rendez-vous à Phoenix » de Tony Sandoval

513DbGIVlGL.jpgEncore une BD repérée grâce à notre rendez-vous du mercredi et qui par chance se trouvait à la médiathèque. Comme d’habitude, je n’ai pas noté chez qui je l’ai vu, mais tu te reconnaîtras sans doute 😉

Cet album est l’histoire vraie de Tony Sandoval, un Mexicain qui rêve de retrouver son amoureuse, une américaine de Portland. Il a pour but de vivre de son crayon (il est dessinateur) et de faire carrière aux USA. Mais les places sont très chères pour entrer dans le pays, le consulat l’invite à reformuler sa demande dans un an. Un an ? Loin de Suzanne, enfermé dans son village ? Inenvisageable.

Alors il tente le tout pour le tout, comme des milliers d’autres. Il va entrer clandestinement aux Etats-Unis et donner rdv à Suzanne à Phoenix.

Et c’est son histoire qu’il nous raconte, sans fausse pudeur (les baskets qui puent à des kilomètres), sans hypocrisie (il était mort de trouille), sans dramatiser (bon, on s’est fait choper, retour à la case départ et on recommence).

C’est une expérience effrayante, humiliante et décourageante, quand justement la police les reconduit à la frontière, quand le passeur les plante parce qu’il se rend compte que c’est foutu, quand ils traversent des zones où des voyous en profitent pour détrousser les clandestins du peu qu’ils ont.

Et c’est aussi dans l’absence de dramaturgie qu’on perçoit qu’il s’agit d’une expérience authentique. Pas besoin d’en faire des caisses, la situation est déjà suffisamment « romanesque ».

J’ai tout aimé : l’histoire, le ton, les dessins, comprendre comment ça se passe réellement quand on veut passer la frontière clandestinement. Je ne regrette vraiment pas ma lecture 🙂

Editions Paquet, 2016, ISBN 978-2-88890-768-8, 79 pages, 18€

 

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