« Culottées T1 » de Pénélope Bagieu

Culottees

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C’est sur un coup de tête que je me suis lancée dans cet album et c’est seulement au moment d’entamer ma lecture que j’ai découvert le sujet : 15 portraits de femmes qui ont connu un destin exceptionnel. Et pour être franche, je n’en connaissais qu’une : Josephine Baker.

La BD est strucurée ainsi : une page présente le nom de la femme et sa « qualification ». Une série de planches raconte son parcours, commençant par où et quand elle est née, dans quel type de famille. Puis on en vient au coeur du sujet : ce qui fait de cette femme une culottée. Et enfin quand et comment elle est morte, le cas échéant. Suit ensuite une superbe double page résumant le destin de la femme en question.

Ce sont donc des histoires brèves, mais ô combien passionnantes ! En quelques pages, on a l’impression de connaître une personne comme si on venait de lire sa biographie. Et c’est ainsi que j’en ai appris plus sur la méchante sorcière du Magicien d’Oz, sur Josephine Baker, et que j’ai carrément appris l’existence de la nageuse Annette Kellerman, connue pour sa silhouette parfaite et qui mettait en scène ses exploits. Je ne connaissais pas non plus Nzinga, une reine africaine du 17è siècle self-made woman qui a su évincer les hommes qui se trouvaient sur son chemin. Et vous, vous connaissiez les Mariposas, ces trois soeurs qui ont combattu la dictature en République dominicaine ?

Non seulement j’ai trouvé ces destins passionnants, mais ajoutez à cela des dessins agréables et colorés et une bonne pincée d’humour Bagieuesque, et cela donne un super moment de lecture, distrayant et très enrichissant.

J’en suis sortie avec l’envie de renverser le monde !! Ouais, rien que ça ^^ Mais pour l’instant je vais me contenter de me procurer le tome 2…

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France Loisirs, 2017, ISBN 978-2-298-13682-4, 144 pages, 15,50€
ou Gallimard, 2016, 144 pages, 19,50€

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« Quand le cirque est venu » de Wilfrid Lupano & Stéphane Fret

quandLeCirqueEstVenu.jpgN’ayant pas pour habitude d’arpenter les rayons BD jeunesse, je serais totalement passée à côté de cet album si notre Petit carré jaune national n’en avait pas parlé ici.

Le général Poutche dirige un pays imaginaire avec une main de fer. Lui, ce qu’il aime, c’est l’ordre. Aussi décide-t-il de tout et lui obéit-on au doigt et à l’oeil. Quand un cirque débarque sans qu’il ne soit au courant, ça ne lui plait pas. Du tout du tout.
Le ministre du divertissement lui explique que le peuple souffre, en a gros sur la patate de ne manger que des patates, et qu’un peu d’amusement ne ferait pas de mal, ça aiderait à avaler plus facilement les jours difficiles.

Soit. Laissons les saltimbanques opérer !

Mais chez le général Poutche, le moindre geste peut être une provocation. Comment ce funambule ose-t-il marcher plus haut que le général ? Et cet homme très costaud qui parvient à briser les chaînes qui l’entravent, ne serait-ce pas un message caché pour inciter le peuple à briser ses propres chaînes ? Allez, hop hop hop, tout le monde au gueunouf ! Vous l’aurez compris, c’est un lieu où il vaut mieux ne pas finir. On sait quand on entre mais jamais quand on en sort, si on en sort un jour.

Et voilà comment avec une histoire autour d’un cirque on peut expliquer aux jeunes ce qu’est le totalitarisme et comme il est dangereux. Ce général Poutche est l’incarnation du dictateur dans toute sa splendeur : moi moi moi et moi et comme je pense et comme je veux et si t’es pas content, au gueunouf ! La liberté d’expression baillonnée et les accusations injustes sont explicitées pour une compréhension immédiate. Je pense que cet album met à la portée de tous les gamins ces notions politiques compliquées et l’importance du vivre ensemble.

En plus de ça, c’est terriblement drôle. J’adore l’avant-après dans la salle des débats :
– AVANT :  » On est libres, on est tous pareils, on est tous copains ».
– APRES : « On est libres d’aimer le général Poutche, on est tous pareils en uniformes, on est copains de médailles ».
Entre les jeux de mots et le comique de situation, je me suis régalée.

Donc à mettre entre toutes les jeunes mains, mais pas que. J’ai adoré.

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Delcourt, 2017, ISBN 978-2-7560-9421-2, 24 pages, 14,50€

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« Le Loup des Mers » de Jack London par Riff Reb’s

1166_couv.jpgJ’ai du mal à résister aux adaptations de romans en BD, et quand je vois le nom de Jack London, inutile d’essayer. Riff Reb’s a librement adapté ce roman pour en faire un récit que j’ai adoré, tant pour l’histoire que pour les illustrations.

Mais tout d’abord, quelle est cette histoire ? Humphrey Van Weyden monte à bord d’un bateau pour traverser la baie de San Francisco, comme il le fait chaque vendredi. Ce jeune critique littéraire s’apprête à passer le week-end à parler littérature. Mais le temps est sournois et un immense paquebot ne voit pas le bateau, qu’il percute et fracasse. Humphrey tombe à la mer.

Il se réveille sur une goélette dont le capitaine est Loup Larsen, un homme d’un charisme écrasant et d’une cruauté sans limite. Il prévient Humphrey que maintenant qu’il est à bord, sain et sauf, il va accomplir sa part de travail. Le jeune homme a été secouru, certes, mais dans quelle galère a-t-il atterri…

Loup exerce son pouvoir en tyran et Humphrey se retrouve au milieu d’un équipage pas toujours bien intentionné. Mais son aventure va prendre une autre tournure quand il va tomber sur les livres de Loup Larsen : de la littérature classique et philosophique à foison. Dès lors, les joutes oratoires vont débuter, notamment sur les questions de l’immortalité, de Dieu, de la bassesse naturelle de l’homme…

Et puis il se passera d’autres choses sur ce bateau destiné à aller chasser le phoque dans la mer du Japon, mais il me faut vous laisser le plaisir de les découvrir par vous-même.

C’est une véritable histoire d’aventure, riche en événements, avec une plume enlevée et des réflexions intéressantes. Je retiens notamment celle de Loup Larsen qui envie son frère (détesté) d’être inculte car c’est ce qui lui permet d’être heureux. Le grand malheur de Loup, c’est d’être tombé dans les livres. A méditer…

Quant aux planches, c’est un pur régal.

Je ne saurais que trop vous recommander la lecture de cet album qui m’a enchantée du début à la fin, et même encore après la fin 🙂

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Editions Soleil, 2012, ISBN 978-2-302-02435-9, 119 pages, 17,95€

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« Astérix et la Transitalique » de Jean-Yves Ferri & Didier Conrad

Asterix-et-la-TransitaliqueAstérix et Obélix n’ont pas fini de nous faire vivre des aventures, désormais entre les mains de Jean-Yves Ferri et de Didier Conrad. C’est leur troisième album d’Astérix et si je n’ai pas encore lu Astérix chez les Pictes, j’avais été convaincue par Le Papyrus de César. Cette fois encore, je trouve que c’est plutôt réussi.

Bifidus, en charge des voies romaines, a préféré s’en mettre plein les poches plutôt que les entretenir. Avant de subir les foudres de César, il trouve une parade : organiser une grande course de chars à travers l’Italie (sic). Sont conviés à participer Romains, Italiques et barbares. Pour Astérix et Obélix, à qui on vient de prédire qu’il deviendra aurige (conducteur de char de course), l’occasion est trop belle.

Nous assistons donc à la première Transitalique, qui rassemble nos deux Gaulois, des Lusitaniens, des Africaines, des barbares nordiques… et le favori, un Romain masqué nommé Coronavirus. Si c’était l’époque, on pourrait croire que son char est électrique tant il va vite, ce qui suscite les suspicions d’Astérix. Tout comme ces nombreux incidents dont sont victimes les autres concurrents…

J’ai passé un très bon moment avec cet album. C’est une histoire enfantine dans le scénario, avec des jeux de mots et des références pas toujours repérables d’emblée plutôt destinés aux adultes. Un peu lourds parfois les jeux de mots, mais comme c’est une série pour les jeunes (à mes yeux), ça passe. Les planches respectent bien la charte graphique des opus d’Uderzo. Alors pour les puristes, Didier Conrad n’est pas la réincarnation d’Uderzo donc inutile de le blâmer s’il ne dessine pas exactement de la même façon. En tout cas, même si ce ne sont pas les Astérix de la grande époque, pour moi l’esprit est bien là. S’il y a des amateurs autour de vous c’est une bonne idée à glisser sous le sapin.

Ah oui ! J’ai pu lire ici ou là que c’était un outrage que d’avoir supprimé la carte de l’Armorique avec la présentation du village. Donc oui, c’est le cas, sachez le si c’est au-dessus de vos forces. Pour ma part j’ai été surprise mais c’était oublié dès la deuxième page, il y a quand même pire dans la vie.

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Editions Albert René, 2017, ISBN 978-2-298-13515-2, 48 pages, 9,95€

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« 14-18 – T1 Le petit soldat (août 1914) » de Corbeyran & Etienne Le Roux

Je suis tombée par hasard sur cette série en librairie et plus que l’histoire, qu’on devine aisément avec le titre, ce sont les dessins qui m’ont particulièrement attirée. Ne restait plus qu’à vérifier si le fond était aussi intéressant que la forme.

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Ce premier tome s’ouvre sur une scène hivernale, à Paris, en 1919. Louis se rend chez un chirurgien avec sa femme. Lorsqu’il défait son écharpe, on voit que c’est une gueule cassée. Ravagée, même.

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Aussitôt, Corbeyran nous ramène 5 ans en arrière, alors que la vie en France est encore tranquille. On sait que les Allemands font du grabuge à l’Est, mais les Français espèrent encore être tenus à l’écart. Pour l’instant, l’heure est à la fête. Une joyeuse bande d’amis s’amuse pour les fiançailles d’un des couples, et les interrogations portent plutôt sur « est-ce que ça se voit que je suis enceinte ? ». Pourtant la fête est vite interrompue car ça y est, l’annonce est faite : la France va entrer en guerre.

Et nous assistons donc au départ des hommes, persuadés que ce n’est qu’une question de mois, voire de semaines. Ils reviendront vite au foyer. Mais comme nous le savons tous, l’histoire leur aura donné tort.

 

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Ce que j’aime particulièrement dans ce type de BD, c’est qu’on met des visages, des personnalités et des histoires personnelles derrière la masse humaine décrite dans les manuels scolaires. La guerre de 14-18 a fait 6 millions de morts en France. C’est déjà tragique en soi. Mais ça l’est encore plus quand on y ajoute l’empathie, qu’on peut penser à Louis, Armand ou Jacques, savoir qui ils ont laissé derrière eux, comment ils ont vécu cette guerre.

 

Au-delà de ces destins individuels, c’est aussi l’armée française qui est mise à mal dans cet album. Le caporal est mort, te voilà caporal à ton tour. Aucune expérience ? On fera avec. Vous avez traîne derrière ? Pour votre peine, vous serez privé de dîner et vous enterrerez les morts… Comment garder le moral quand on risque de se faire tuer chaque jour et qu’en plus, on se sent brimé dans sa propre armée ?

Tout n’est pas que tristesse et désolation, au contraire. Ce n’est que le début du conflit, et les copains partis ensemble ne mesurent pas encore l’horreur qui les attend. Ils sont encore goguenards et rieurs.

Dès les premières pages, je me suis attachée aux personnages, hommes comme femmes. Et j’ai hâte de connaître la suite de leurs aventures dans cette série prévue en 10 tomes, dont 8 sont déja parus.

 

Delcourt, 2014, ISBN 978-2-7560-9607-0, 56 pages, 14,50€

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