« Les Alchimistes – La Flamme et l’Orage T2 » de Karim Friha

téléchargementChronique du premier tome ici.

La Flamme continue de prospérer et de semer la terreur. Nous retrouvons nos héros : Léor, qui porte en lui l’arme pour contrer la Flamme. Carmine, la grande sœur des pauvres, qui l’assiste dans sa mission. Mikel, qui n’a jamais cessé de prendre soin de Léor depuis son enfance. Et Estevan, qui veut honorer la mémoire de son grand-père alors que son propre père lèche les bottes de l’Apôtre.

Dans cet opus, Karim Friha revient en arrière pour dévoiler quelques mystères. Nous savons maintenant pourquoi Léor a un pouvoir extraordinaire, quelles étaient les motivations de personnages qui ont changé de camp et aussi le rôle des alchimistes, groupe auquel appartenaient le grande-père d’Estevan et les parents de Léor.

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Les personnages sont toujours aussi forts et attachants, c’est un réel plaisir de les suivre dans la suite de leurs aventures. Aventures qui ne seront pas de tout repos, le rythme s’accélère et le danger rôde à tous les coins de rue. D’autant que la volonté ultime de la Flamme est en passe de se réaliser !

 

Ce second tome est à la hauteur de nos espérances. Une fois plongé dedans, on ne peut plus le quitter ! Cette série portée par un seul homme, à la fois scénariste et dessinateur, est une réussite. Il ne nous reste plus qu’à nous montrer patients et attendre la suite…

Gallimard, 2016, ISBN 978-2-07-066401-6, 56 pages, 14,50€

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Cette semaine, retrouvons nous chez Stephiebd_de_la_semaine_pti_black

« La guerre des Lulus T1 & 2 » de Régis Hautière & Hardoc

Les Lulus sont quatre garçons inséparables. Ils vivent à l’orphelinat, une abbaye tenue par des curés. Leur professeur part pour la guerre mais personne ne veut avertir les enfants pour ne pas leur faire peur. On est en 1914, la bataille a commencé, et les enfants sont tenus à l’abri des événements.

Les Lulus ont leur jardin secret, une cabane qu’ils construisent dans le bois attenant à l’abbaye. C’est là qu’ils se trouvent lorsque les soldats français viennent prévenir les curés qu’il faut absolument évacuer : les Allemands arrivent.

Lorsque les Lulus rentrent, l’abbaye est vide. Le village est vide. Ils sont tout seuls.

Ce qui apparait d’abord comme un quartier libre géant devient vite déprimant. Ils ont froid, ils ont faim, et ils vont devoir se débrouiller par eux-mêmes.

D’âges et de caractères différents, les Lulus sont une bande très attachante, et très drôle. Ils ont des réparties qui m’ont beaucoup fait rire. Mais c’est aussi sombre et triste parfois. Parce que c’est la guerre, qu’ils sont abandonnés une fois de plus, que l’hiver est dur. Qu’une planche peut-être remplie de joie et d’espoir pour qu’ironiquement tout soit fichu la page suivante.

Je pense que c’est une série à mettre dans les mains de tous les enfants en âge de comprendre. On accroche immédiatement à l’esprit filou et malin des Lulus. Et surtout, les enfants peuvent comprendre ce que la guerre impliquait au quotidien (la peur, la faim) mais aussi sur un plan plus humain (la haine de l’autre). C’est justement le tome 2, en 1915, dans lequel les enfants vont sympathiser avec un déserteur allemand, qui va être le plus chargé émotionnellement. Mais l’humour reste bien présent.

Je suis admirative de l’équilibre qu’on trouve entre la dure réalité et la légèreté de la jeunesse. Régis Hautière n’essaie pas d’édulcorer les moments tragiques, il les contrebalance avec des moments plus insouciants. Et ça c’est très intelligent.

Le tome 3 m’attend, je vous en parle prochainement 🙂

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Casterman, 2013, 56 pages, 13,95€

Cette semaine, nous nous retrouvons chez Noukettebd_de_la_semaine_pti_black

« Monet – Nomade de la lumière » de Salva Rubio & Efa

monet-couverturejoli-coeurAutant je n’aime pas trop lire des biographies en roman, autant en BD j’adore. Alors quand nous avons vu à Livre Paris cet album racontant la vie de Monet, que très clairement je ne connaissais que pour l’impressionisme, ses nymphéas et son amitié avec Clémenceau, nous n’avons pas cherché à resister.

Le scénariste espagnol Salva Rubio a fait des études d’histoire de l’art au cours desquelles il a lu The History of Impressionism de John Rewald, qui raconte comment un groupe d’artistes rejetés par l’élite de la peinture à la fin du 19è siècle s’est rebellé faute de trouver sa place dans le classicisme ambiant. Il a gardé cet événement dans un coin de sa tête pour retracer plus tard l’histoire d’Oscar-Claude Monet, chef de file du mouvement.

L’histoire commence à la fin de sa vie, lorsqu’il doit être opéré de la cataracte et craint, après trois jours les yeux cachés sous un bandage, de ne jamais recouvrer la vue. Forcé au repos, il se rémémore son passé, à commencer par ses jeunes années. L’obéissance n’était pas dans ses gênes, l’école était un calvaire, l’aide qu’il apportait à la boutique de son père une perte de temps. Il dessinait dès qu’il trouvait le temps et c’est Eugène Boudin, le premier à repérer son talent, qui lui apprit comment regarder la nature pour bien la peindre.

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Impression, soleil levant

Dès lors, Monet a cultivé son style, au détriment de sa carrière puisque comme tout bon précurseur qui se respecte, il a d’abord été traîné dans la boue. Longtemps. Durement. Désespérément. Avec en plus une famille à nourrir, puis deux, c’est admirable qu’il ait persévéré. Il a connu des hauts très hauts, mais surtout des bas très bas, et cela durant de nombreuses années. C’est ce que j’ai préféré dans cet album, l’impression d’une biographie à la fois personnelle et artistique aboutie, sans concessions.

On y croise de nombreuses personnalités, certaines qui lui ont été d’une grande aide (Renoir et Bazille entre autres) et d’autres bien moins (Degas). J’ai aimé comprendre la naissance du mouvement des impressionistes et leur opposition au sérail de l’époque. En fin d’ouvrage, Salva Rubio apporte des précisions sur les planches qui font référence à des oeuvres de Monet et d’autres artistes. C’est très intéressant de voir comment lui et Efa les ont intégrées dans l’album avec une touche personnelle tout en gardant la référence reconnaissable.

A propos du travail d’Efa, j’ai particulièrement aimé son parti pris sur les vignettes qui est de focaliser l’attention sur la scène en cours sans ajouter force détails qui dispersent l’oeil du lecteur. On voit ce qui doit être vu et reconnu, le message est clair et lisible. Je n’ai pas toujours compris le choix des couleurs d’une séquence de planches à une autre, lorsqu’on passe de couleurs très vives (voire criardes) à des tons plus neutres. Peut-être est-ce là aussi une référence au travail de Monet qui m’échappe ? Ce qui est reconnaissable en tout cas ce sont les coups de pinceaux tels qu’on peut les voir dans les peintures de Monet.

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A gauche, l’originale ; à droite, version Efa

J’ai passé un très bon moment avec ce roman graphique, comme l’appelle Salva Rubio, que j’ai trouvé très abouti, éclairant, passionnant et magnifique. Il y a un travail de recherche évident et on sort de cette lecture avec le sentiment d’avoir appris quelque chose avec l’art et la manière.

Et en plus, j’ai la chance d’avoir deux superbes dédicaces (enfin elles sont dédicacées à notre fils mais c’est tout comme) qui font de cette BD un des petits bijoux de notre collection 🙂

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Le Lombard, 2017, ISBN 978-2-8036-7115-1, 112 pages, 17,95€

Cette semaine, on se retrouve chez Mokabd_de_la_semaine_pti_black

« La loterie » de Miles Hyman d’après une nouvelle de Shirley Jackson

9782203097506C’est en flânant dans une librairie que nous sommes tombés sur cette BD. Nous avons été séduits par la couverture puis par les planches, dont chaque vignette est un tableau. Et finalement nous l’avons achetée sans trop savoir de quoi ça parlait.

Aviez-vous déjà entendu parler de la nouvelle de Shirley Jackson La loterie ? Elle a été publiée en 1948 dans The New Yorker Magazine, et a valu à son auteur une renommée nationale.

Cette histoire adaptée en BD, nous la devons à Miles Hyman, son petit-fils, qui a bénéficié de l’aide de toute la famille pour rendre hommage à son aïeule.

Cela se passe dans un village anonyme de la Nouvelle-Angleterre, aux Etats-Unis. Des maisons en bois, des champs cultivés, des petits garçons en chemises et salopettes et des filles en robes. La nuit tombée, deux hommes préparent le tirage au sort de la loterie qui se tiendra le lendemain et à laquelle tous les habitants sont obligés de participer.

L’objet de cette loterie n’est pas dévoilé mais des indices laissent penser qu’il vaut mieux ne pas être le gagnant…

Etant donné que cette histoire ne parle en tout et pour tout que de la loterie, je ne peux guère en dire plus. Si ce n’est que c’est assez flippant, glaçant même, et que peu à peu s’instaure un malaise qui ne sera pas démenti.

Miles Hyman donne quelques explications à la fin de l’album quant à sa grand-mère et à l’accueil de cette nouvelle aux Etats-Unis. Publiée en 1948 comme je vous le disais, juste après une guerre meurtrière, les critiques et insultes sont tombées sur la pauvre Shirley Jackson comme une pluie de météorites. Ses productions furent variées, tantôt noires tantôt gaies, mais c’est véritablement avec La loterie, nouvelle qu’elle a toujours totalement assumée, qu’elle s’est fait connaître.

Quand j’ai terminé ma lecture j’ai eu un sentiment de rejet et ne savais que penser. Ai-je aimé ? Ai-je détesté ? Après réflexion, je me dis que Miles Hyman (et indirectement Shirley Jackson) a réussi son coup. C’est beau, des peintures entre Edward Hopper et Tamara Lempicka. C’est intense. Extrêmement dérangeant mais justement, n’est-ce pas aussi le but de la littérature de bousculer nos esprits ?

Alors finalement, j’ai beaucoup aimé…

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Casterman, 2016, ISBN 978-2-203-09750-6, 160 pages, 23€

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Retrouvez les autres BDs de la semaine chez Mo’ !

BD « Pereira prétend » de Pierre-Henry Gomont d’après le roman de Antonio Tabucchi

couv-Pereira-prétend-620x841.jpgjoli-coeurNous sommes à Lisbonne, dans les années 1930. C’est le Portugal de Salazar, des conflits européens, du pouvoir de Franco, de la montée des fascismes…

Péreira tient la rubrique culturelle d’un journal, Le Lisboa. Il aime les lettres et traduit Balzac, qu’il fait lire à ses lecteurs comme un feuilleton, chapitre par chapitre. En prenant le tramway, il tombe sur l’article d’un jeune homme, un article sur la mort, qui le touche particulièrement. Il le contacte et lui propose d’écrire des nécrologies préventives, à sortir quand la personne meurt vraiment. Mais il ne s’attendait pas à ce que le jeune Monteiro Rossi ait de solides opinions politiques à l’encontre de la machine Salazar. Et c’est tout le mode de vie de Péreira et sa façon de penser qui sont remis en cause.

Péreira voit bien ce qu’il se passe dans les rues de Lisbonne, et suit les nouvelles dans l’Alentejo. Des opposants au régime sont molestés, arrêtés arbitrairement. Il regardait tout cela avec résignation mais cotoyer le jeune Monteiro Rossi va faire naître en lui un sentiment d’ndignation.

La situation politique du Portugal à cette époque est bien retranscrite. Salazar est en cheville avec ses homologues fascistes, il y a une police d’Etats très zélée et la liberté de la presse est une notion bafouée. C’est d’ailleurs sous cet angle là qu’Antonio Tabucchi, l’auteur du roman dont est tiré cet album, a abordé la question.

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J’ai lu cette BD il y a quelques jours et j’ai déjà envie de la relire. Je l’ai adorée. J’ai été bouleversée par le personnage de Péreira, qui est un homme banal, bon, tranquille, veuf inconsolable, amoureux des lettres. On voit bien que ce qui a lieu dans son pays le dépasse, mais il se sent incapable d’agir. Monteiro Rossi va le révéler en faisant surgir en lui des personnalités qui se passent la balle, des petits diablotins qui s’agitent sur son épaule et lui donnent des conseils contradictoires. Que faire, se taire ou s’indigner ? 04.jpg

Les dessins ne m’ont pas particulièrement plu au départ mais finalement, ils s’accordent parfaitement au récit. Et on y reconnait le Lisbonne qu’on connait, avec ses ruelles colorées et son tramway.

C’est une BD superbe, intéressante, instructive, émouvante. Un énorme coup de coeur.

bd_de_la_semaine_pti_blackAvec cet album je retrouve le chemin des rendez-vous BD de la semaine, qui se passe cette semaine chez Noukette !

Editions Sarbacane, 2016, ISBN 9782848659145, 160 pages, 24€