« 1666 »de Geraldine Brooks

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joli-coeurDans un petit village d’Angleterre vit une communauté où chacun se connait, s’estime ou se déteste. Mais tous vont être unis par la même frayeur : l’épidémie de peste qui est arrivée en 1666.

Parmi tous ces habitants nous suivons particulièrement Anna, une jeune femme qui a perdu son mari dans un accident de mine et vit dans sa chaumière avec ses deux petits garçons. Pour subsister, elle travaille pour la famille bourgeoise locale et pour le pasteur et sa femme. Si les premiers sont détestables, elle va trouver auprès des seconds un appui moral et intellectuel indéfectible.

Tous les trois auront à coeur de soigner les malades et de soutenir les vivants. Le pasteur spirituellement, Elinor et Anna avec la médecine qu’elles vont devoir apprendre sur le tas.

Huis clos passionnant inspiré d’une histoire vraie, ce roman nous fait vivre le choix d’habitants qui ont décidé de vivre sans jamais quitter le village pour ne pas prendre le risque de contaminer d’autres personnes ailleurs. Les hommes, les femmes, les enfants tombent comme des mouches. Il n’est pas rare de voir une maison auparavant grouillante de vie ne plus abriter qu’une seule personne.

On s’attache d’emblée au personnage d’Anna, qui n’échappe pas au fléau et voit la mort s’abattre autour d’elle.

Il y a la peste, mais il y a aussi le thème de l’amitié, de la sorcellerie, de l’amour, des croyances. C’est un roman très bien écrit, prenant, qui nous plonge véritablement dans cette époque troublée. Je l’ai dévoré.

10/18, 2004, ISBN 978-2264038388, 334 pages

« Les déferlantes » de Claudie Gallay

Entre déménagement, emménagement, préparation pour l’arrivée de bébé etc, j’ai lu tant que faire se peut sans mettre à jour mes lectures sur le blog.

Maintenant que le gros du travail est passé, je m’y remets. Et je profite du temps de repos dont je peux profiter avec le congé mat pour vider un max ma PAL qui, je l’ai constaté lors du déménagement, atteint des proportions inavouables.

J’ai commencé par ce roman que j’avais acheté suite à la présentation qu’en avait faite une des participantes du club de lecture auquel je me rendais à Lille. Elle m’avait fortement donné envie de le lire et depuis, ce roman végétait sur mes étagères.

715-hJJg+uL.jpgRésumé : La Hague… Ici on dit que le vent est parfois tellement fort qu’il arrache les ailes des papillons. Sur ce bout du monde en pointe du Cotentin vit une poignée d’hommes.
C’est sur cette terre âpre que la narratrice est venue se réfugier depuis l’automne. Employée par le Centre ornithologique, elle arpente les landes, observe les falaises et leurs oiseaux migrateurs.
La première fois qu’elle voit Lambert, c’est un jour de grande tempête. Sur la plage dévastée, la vieille Nan, que tout le monde craint et dit à moitié folle, croit reconnaître en lui le visage d’un certain Michel.
D’autres, au village, ont pour lui des regards étranges. Comme Lili, au comptoir de son bar, ou son père, l’ancien gardien de phare. Une photo disparaît, de vieux jouets réapparaissent.
L’histoire de Lambert intrigue la narratrice et l’homme l’attire. En veut-il à la mer ou bien aux hommes? Dans les lamentations obsédantes du vent, chacun semble avoir quelque chose à taire.

Mon avis : mitigé.

Le rythme est lent, très lent, et les personnages, bien que chacun soit attachant à sa façon, ont des attitudes bizarres. Je veux bien qu’un roman permette de sortir de la « vraie vie » mais quand les dialogues ressemblent à des monologues en tête-à-tête ça me fatigue vite. C’est caricatural mais j’ai souvent repensé au sketch des Inconnus « le doutage » durant ma lecture (j’aurais aimé vous mettre la vidéo mais apparemment je ne peux plus…).

Pourtant j’ai bien aimé l’histoire, qui se passe exclusivement dans un village de pêcheurs  normand isolé. Une sorte de huis clos confiné entre les terres et les marées, où chacun cache son secret. Il y a d’ailleurs un secret bien gardé qui va resurgir avec l’arrivée de Lambert, un homme taciturne qui veut comprendre ce qui est arrivé à sa famille des années auparavant.

C’est ce secret qui est au coeur du roman et qui va nous être dévoilé très petit à petit. Cet aspect là du roman est vraiment bien, il faut le concéder à Claudie Gallay. Je me suis prise au jeu du tâtonnement, à essayer de deviner qui sait quoi, qui ment, pourquoi.

J’ai aussi aimé l’atmosphère, avec ce coin de Cotentin qui vit à son propre rythme. J’ai même trouvé qu’on frôlait l’ambiance gothique parfois, avec le froid, la brume, le vent…

Au final, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé Les deférlantes, parce que l’histoire en elle-même m’a beaucoup plu. Mais c’est la forme, que j’ai trouvée trop ampoulée, avec des phrases qui ne voulaient pas toujours dire grand chose.

A vous de voir.

J’ai Lu, 2010, ISBN 978-2290024874, 480 pages

« Place des tilleuls » de Carole Duplessy-Rousée

place-des-tilleulsStan, Gabriel et Milan sont amis depuis qu’ils se sont connus durant leurs années d’études. Ils se voient très souvent, se téléphonent, se confient les uns aux autres. Malgré leurs caractères différents, ils sont inséparables.

Stan est obstétricien et gagne très bien sa vie. Il ne connait que des aventures passagères et ne souhaite pas s’engager dans une véritable relation amoureuse. Gabriel est séparé et vit avec sa fille adolescente, qui lui pose pas mal de soucis. Quant à Milan, c’est un croate taciturne qui se rend souvent au pays voir sa mère déterminée à découvrir qui a tué son mari au cours d’une arrestation abusive. Il est très amoureux d’une femme qui ne lui rend pas cet amour.

A partir de là, on sait qu’on entre dans un roman feel good, qui met généralement en scène des personnages féminins. C’est plutôt sympa d’aller voir ce qui se passe du côté des hommes. Il se passe pas mal de choses, dans leurs vies et dans leurs têtes, et eux aussi sont soumis aux interrogations plus ou moins existentielles : est-ce que je passe à côté de ma vie ? Est-ce que je dois tenir tête à ma fille ou lui passer ses caprices ? Est-ce que cette femme a des sentiments pour moi ? Est-ce que je suis à côté de la plaque ?

Le trio est franchement attachant parce qu’au fond chacun d’eux nous ressemble, on peut s’y retrouver facilement. Et puis il y a des intrigues secondaires qui viennent fortement enrichir la trame principale. Il y a toute une affaire du côté de la mère de Milan notamment, et aussi dans la vie familiale et sentimentale de Gabriel.

Et j’ai failli oublier d’en parler alors que c’est au coeur de ce roman : la maison de campagne Place des Tilleuls qu’ils se sont décidés à acheter pour se retrouver au calme, entre gars, les week-ends. Et elle aussi réserve une surprise de taille.

Mais je n’en dirai pas plus et vous laisse découvrir ce roman, qui vous fera passer un bon moment allongé sur un transat. Une bonne lecture de vacances, en somme. Ou celui qui vous videra la tête entre deux romans plus denses.

France Loisirs, 2016, 464 pages, 17,99€

« Lignes de fuite » de Val McDermid

41KkVClijjLStephanie Harker est un écrivain. Un écrivain atypique, puisqu’elle n’écrit pas pour elle mais pour les autres. Des vedettes veulent raconter leur histoire et elle a pour mission de traduire cela en mots. C’est ainsi qu’elle se lie d’amitié avec une starlette de la télé-réalité, une femme qui va l’entraîner dans une histoire inattendue.

Une histoire qui pour le lecteur commence par la fin, alors que Stephanie se trouve dans un aéroport américain avec son fils. Alors qu’elle se fait fouiller dans le sas de sécurité, elle voit son enfant se faire enlever. Elle a beau essayer de se dégager, de crier, personne ne comprend ce qui se passe et c’est donc impuissante qu’elle voit le petit garçon suivre l’inconnu.

Ce petit garçon n’est en fait pas véritablement son fils, puisqu’elle l’a adopté après le décès de sa mère, la fameuse starlette prénommée Scarlett. Alors que Stephanie raconte son histoire à la policière sur place à l’aéroport, afin de pouvoir suivre une piste concernant le kidnappeur, nous suivons nous aussi la génèse et l’accomplissement de leur amitié.

Malgré certaines longueurs, ce roman est globalement prenant. On a au départ du mal à concevoir comment l’intelligente Stephanie a pu terminer par adopter le fils de Scarlett, mais à mesure qu’elle déroule le fil de l’histoire, tout fait sens. De plus, ces deux femmes sont particulièrement attachantes, surtout Scarlett qui sous ses allures de bimbo idiote cache en réalité une tête bien pleine. Et c’est bien là que réside en grande partie l’intérêt de l’histoire.

Bien menée, cette intrigue au dénouement inattendu vous fera passer un très bon moment de lecture.

♣ J’ai lu par ci par là des commentaires de lecteurs déçus parce que ça ne ressemblait pas à du Val McDermid. C’est vrai que ça change de ses enquêtes policières mais ce thriller est bien fichu, alors pas de quoi se plaindre à mon sens.

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

J’ai Lu, 2016, ISBN 978-2-290-12020-0, 542 pages, 8€

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« Seeker » de Jack McDevitt

71g1xJMZm4L.sl200.jpgDjoli-coeurans un univers qui se passe des milliers d’années après notre ère, les humains ont établi des colonies sur différentes planètes de la galaxie. La Terre est encore habitée mais nombreux sont ceux qui sont nés à des centaines de milliers de kilomètres et qui n’y ont jamais posé un pied.

C’est dans ce monde qu’oeuvrent Alex Bénédict et Chase Kolpath, deux antiquaires qui recherchent des artefacts du monde ancien et les revendent au plus offrant. Leurs méthodes frôlent parfois l’illégalité, voire la malhonnêteté, mais leur passion et leur talent pour dénicher des perles rares sont bien réels.

Leur intérêt est redoublé lorsque se présente à eux une jeune femme propriétaire d’un objet unique : une coupe qui aurait appartenu aux Margoliens, un peuple qui aurait fui la Terre pour fonder l’une des premières colonies hors du système solaire. Cette coupe viendrait du Seeker, le vaisseau qui aurait transporté ces premiers aventuriers. « Aurait » car ce vaisseau n’a jamais été retrouvé, malgré les innombrables explorations spatiales, et nul ne sait ce qu’il est advenu des Margoliens. Alex et Chase pensent qu’ils tiennent enfin un début de piste et c’est avec un plaisir immense que nous les suivons dans leur aventure.

Mêlant à la fois les codes du roman de SF, du roman d’aventures et du roman policier, Seekerest un petit bijou. Le monde imaginé par Jack Mc Devitt est captivant, d’une richesse incroyable.On se projette aisément dans ce monde futuriste aux technologies avancées où les humains sont toujours animés par les mêmes intérêts qu’aujourd’hui : certains veulent préserver les artefacts pour les exposer dans des musées, d’autres y voient un moyen de se faire de l’argent, les ennemis s’entre-tuent et on aime manger les bonnes choses même si celles présentées dans ce roman nous semblent peu ragoutantes.

Ce qui est véritablement passionnant, c’est cette recherche du Seeker et des Margoliens, qui prend la forme d’une véritable enquête. Nous suivons Alex et Chase avec un intérêt croissant, d’autant plus que le duo est particulièrement attachant. Et c’est avec regret que nous les quittons au terme de ce roman au final aussi intense qu’espéré.

Et précision importante, même les non amateurs de science-fiction y trouveront leur compte. Ce roman est tout simplement génial !

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Folio SF, 2016, ISBN 978-2-07-078046-4, 546 pages, 9,20€

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