« Le crépuscule de Niobé – La trilogie de Mino T2 » de Gert Nygårdshaug

71U0mXDdljL.jpgDans le premier tome, nous faisions connaissance avec Mino, un petit garçon qui a subi les ravages de la déforestation et qui a grandi en conséquence avec une soif de justice et de vengeance.

Ici, c’est avec un autre personnage que l’aventure démarre, un Norvégien qui a traversé l’Atlantique pour mettre en place le Grand Plan, mais qui est capturé avant d’avoir eu le temps de mettre pied à terre. Son histoire, nous allons l’apprendre à rebours. Jens Oder Flirum a fait de la prison en Norvège, pour une raison qui sera connue en temps voulu, et a trouvé l’opportunité d’une renaissance auprès d’une tribu indigène au Brésil. Là, il crée un organisme de recensement de la flore locale pour en analyser les propriétés.

Il est encore beaucoup question d’écoute de la nature, d’une vie en harmonie avec son environnement plutôt qu’en l’exploitant abusivement. Jens se plait à vivre isolé de tout, seulement avec ces gens peu intéressés par la modernité. Pour autant, dès le départ, nous savons qu’il échafaude un plan, le Grand Plan, qui secouera le monde à l’échelle planétaire.

Mino réapparaît tel un personnage secondaire, davantage comme un catalyseur pour les projets de Jens que comme un élément fondateur. Cela peut être décevant lorsqu’on s’est attaché à Mino au cours du premier tome de la trilogie qui porte son nom.

De façon générale, ce deuxième volet est en-deça de nos espérances ; il apparaît plus décousu, moins élaboré, moins porteur de message. Il y a des longueurs, et à l’inverse des événements trop vite traités. Il n’est pas aussi abouti que le premier volet. Le conflit entre les intérêts de la nature et ceux des humains est moins développé et se réduit à la menace d’un immense barrage dans la forêt primitive. Au contraire, l’emprisonnement de Jens dans un monastère du sud-ouest français occupe près de cent pages et n’apporte pas beaucoup à l’intrigue.

Espérons que la fin de la trilogie sera plus convaincante, et qu’on y retrouvera plus longuement le formidable Mino.

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

J’ai Lu, 2016, ISBN 978-2-290-08326-0, 505 pages, 8€

« Le zoo de Mengele – La trilogie de Mino T1 » de Gert Nygårdshaug

71547P57RtL.jpgjoli-coeurMino Aquiles Portoguesa n’est qu’un enfant lorsqu’il entend son village se faire massacrer. Il est alors dans la forêt, en quête de papillons rares pour aider son père à gagner de l’argent. Les bruits qu’il entend ne laissent aucune place au doute et, en se penchant sur un cours d’eau, attendant que l’orage passe, il a une vision qui le pousse à penser qu’il aura une destinée à tracer.

Lorsqu’il rentre chez lui, le village est silencieux. Tout le monde est mort. Il prend la route et, de fil en aiguille, de rencontres en rencontres, il va transporter le lecteur avec lui de l’Amérique du sud aux États-Unis, puis en Europe.

Le premier tome de cette trilogie de Mino est extrêmement riche.
C’est d’abord un roman d’initiation, au cours duquel nous suivons Mino passer de l’enfance à l’âge adulte. Il devra grandir plus vite que prévu en faisant face à des situations et à des drames terribles.
C’est aussi un roman d’amitié, car Mino va créer avec trois amis un groupe aux liens indestructibles. Une amitié fusionnelle qui leur permettra d’accomplir de grandes choses.
C’est un thriller, car en parallèle de notre groupe d’amis, nous suivons des agents fédéraux qui sont à leur recherche. Et là se pose la question : qu’ont-ils bien pu faire pour être recherchés à l’autre bout du monde ?
Et enfin, c’est un formidable plaidoyer pour un monde écologique et centré sur la nature. Mino a subi la déforestation, a vu de ses yeux le monde capitaliste vaincre le monde de la nature. Il sait que l’humanité fait fausse route et est prêt à tout pour faire passer son message.

Le zoo de Mengele est un régal à tous points de vue. Il met en scène des personnages extraordinaires dans des aventures incroyables, et donne au lecteur à réfléchir sur le sort de notre planète. Il y est question de données scientifiques, d’observations concrètes, de procédés fallacieux organisés par les multi-nationales. Il y a de l’amour, de la violence, la justice, l’aventure, la ville, la forêt… C’est foisonnant mais hautement maîtrisé. On suit la route de Mino sans jamais se perdre, toujours guidé par son besoin de rendre à la nature la place qu’elle mérite.

Ce premier tome est génial et donne terriblement envie de lire la suite au plus vite.

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

J’ai Lu, 2016, ISBN 978-2-290-08324-6, 512 pages, 8,50€

« Mon amour » de Astrid Desbordes et Pauline Martin [JEUNESSE]

51TzbYfgmWL._SX258_BO1,204,203,200_.jpgjoli-coeurEtre parent, c’est regarder son enfant avec des yeux pleins de tendresse, d’indulgence, d’admiration… et puis parfois c’est aussi les yeux de l’agacement, de la colère, de l’incompréhension…

Quoi qu’il en soit, c’est de l’amour. Même si ça ne se voit pas.

C’est ce qu’Astrid Desbordes et Pauline Martin tentent d’expliquer à travers ce magnifique livre, qui met en scène des situations de la vie courante en les opposant. Chaque double page forme un tout. A gauche, « je t’aime quand » illustre une scène de vie agréable, et à droite « et quand » une scène de vie qui l’est moins ou qui contraste en tout cas avec la première.

Le but est de faire comprendre à son enfant qu’on l’aime quoi qu’il arrive, quoi qu’il fasse, même si on se fâche, même si on n’est pas avec lui etc. C’est un amour inconditionnel et il n’a pas à avoir peur qu’on ne l’aime plus. C’est d’ailleurs avec cette interrogation que s’ouvre le livre : « Dis, maman, est-ce que tu m’aimeras toute la vie ? »

Cet album est extrêmement tendre et émouvant, avec des illustrations simples et douces, faciles à interpréter pour les petits.

Un immense coup de coeur.

monamour2
Images piquées à La Princesse Méduse…
monamour3
… impossible de récupérer mes photos aujourd’hui…

Albin Michel, 2015, ISBN 978-2226315243, 48 pages, 9,90€

« Calendar Girl – Janvier » d’Audrey Carlan

calendar-girl,-tome-1---janvier-848488-264-432.jpgParce que tout arrive, je vais vous parler d’un livre new romance ( un livre de fesses, quoi) qui connait un succès mondial et fait beaucoup parler de lui. Parce que l’idée, c’est qu’il n’y a pas qu’un livre mais douze, un pour chaque mois de l’année, une sorte de calendrier de l’Avent pour les coquines.

Alors les livres érotiques, ça ne me branche pas du tout. J’ai feuilleté pour voir mais c’est le genre d’histoires qui ne m’attire pas, qu’il y ait des fesses ou pas d’ailleurs. Mais en tant que libraire consciencieuse, j’ai tenté le coup. Il faut dire qu’avec ses 160 pages, c’est un petit roman qui se lit en une soirée et qui ne m’aura pas fait perdre trop de temps.

Bref, il s’agit de Mia, une jeune comédienne hyper belle qui veut aider son père à éponger ses dettes de jeux. Il doit 1 million de dollars si je me souviens bien, et c’en est fini pour lui s’il ne règle pas dans les temps. La tante de Mia, belle-soeur du père, tient une agence d’escorts. Et va donc proposer un job à sa nièce. Elle sera là pour tenir compagnie à des hommes fortunés, et les plus et affinités feront l’objet d’un paiement extra, car ils ne sont pas prévus dans le contrat.

Le principe de la série est donc celui-ci : 1 mois = 1 mission = 1 ville différente = 1 homme différent.

Pour sa première mission, Mia va tenir compagnie à Wes, un grand nom du cinéma. Il l’accueille dans sa belle villa et comme la nature est bien faite, elle l’a dotée d’un physique de mannequin pour que Mia tombe en moins de deux dans ses filets. Et quand je dis en moins de deux je n’exagère pas.

J’ai lu des avis ici et là, et apparemment les lectrices adorent. D’ailleurs la suite se vend bien. Moi je vais m’arrêter là. Mia se donne tout de suite, Wes se sert comme un mâle alpha, il y a du cul matin midi et soir, au milieu de la nuit, dans la chambre, sur la plage… Et le livre ne fait que 160 pages, ça laisse peu de place pour faire autre chose ! C’est plein de descriptions, comme tout livre new romance qui se respecte j’imagine. Rien de choquant, ça me fait plus rire qu’autre chose.

C’est le genre de roman qu’on lit pour se vider la tête je pense, c’est léger, facile à lire, et puis on sait dans quoi on se lance donc pourquoi pas suivre les aventures de Mia le cul coeur d’artichaut. Chacun son truc 😉

Hugo Roman, 2017, ISBN 978-2755629095, 160 pages, 9,95€

« Sur les chemins noirs » de Sylvain Tesson

5139AZqKI-L._SX195_.jpgSylvain Tesson ou la promesse d’un sublime ailleurs.

Quand je lis Tesson, je sais qu’il va m’emmener dans des endroits que je ne connais pas, et que je vais avoir l’impression que c’est moi qui regarde les paysages, moi qui foule les terres, moi qui sens l’air pur… Et c’est pour cela que je me plonge dans ses récits tête la première.

Ce récit de voyage est particulier. Pour une fois ce n’est pas à l’autre bout du continent mais bien chez nous, en France, pour un voyage qui relève plus de la résurrection que de l’aventure par passion. En effet, l’écrivain voyageur a eu la bêtise, comme il le dit lui-même, de faire le fanfaron sur un toit alors qu’il était pris de boisson, ce qui lui a valu une chute de plusieurs mètres et un corps en mille morceaux. Sur son lit d’hôpital, il s’est promis que s’il sortait de là sur ses deux jambes, il traverserait la France en diagonale.

Son itinéraire nous apparait sur une carte dès les premières pages. Il l’a choisi en fonction d’une carte pré-existante, celle de la France de l’hyper-ruralité. Plus les zones sont dépeuplées, privées d’infrastructures, de réseaux téléphonique ou internet, plus elles sont grisées. D’où l’appellation des chemins noirs.

Il part donc de la frontière italienne près de Nice vers la pointe du Cotentin. Et nous emmène avec lui.

La marche va de paire avec le voyage intérieur, et c’est donc l’occasion pour Sylvain Tesson de nous faire part de ses réflexions. Sur sa vie, notamment sur son accident, et donc sur la notion de mort, d’autant plus que le décès de sa mère est encore récent. Il réfléchit aussi sur les modes de vie : les campagnes dépeuplées, l’agriculture de masse, l’impact de la technologie sur nos vies.

XVM344ffd0c-80af-11e6-8335-81b4993a1518-805x453 (1).jpg

Il partage aussi avec nous ce qu’il voit, les reliefs et les ruines. Le but de suivre les chemins noirs est d’éviter les villes, les chemins de fer, les poteaux électriques. C’est pour cette raison que les dialogues sont peu nombreux et anecdotiques.

Comme d’habitude, je suis charmée par l’écriture de Sylvain Tesson et par sa vision des choses, tristement belle. Je regrette toutefois que le récit soit déséquilibré géographiquement parlant. Passé la Creuse, tout va vite, trop vite. La tourangelle que je suis n’est pas spécialement vexée que de l’Indre au Cotentin on ait l’impression d’un voyage en pointillés, c’est la lectrice qui aurait aimé visualiser un peu plus cette partie des chemins noirs. Bien que je sache pertinemment que justement, les chemins noirs n’en étaient plus vraiment sur cette partie du voyage, peu comparable avec l’extrême ruralité des jours précédents.

Si vous n’avez jamais lu Sylvain Tesson, je ne vous conseille pas spécialement de commencer par celui-ci. Je le trouve plus désenchanté que les autres ouvrages que j’ai lus de lui (c’est justifié) mais surtout plus désenchanteur. Et moi ce que j’aime dans les récits de voyage, c’est qu’on m’enchante, justement. Pour une première approche, pourquoi pas L’éternel retour ? Un recueil de 5 nouvelles dont je garde un très beau souvenir 🙂

Gallimard, 2016, ISBN 978-2-07-014637-6, 143 pages, 15€