« Rose » de Tatiana de Rosnay

9782253162063-TRose vit dans un petit quartier de Paris, menacé de destruction à cause des nouveaux plans d’Haussman qui prévoit un réaménagement total de la ville, ouvrant de grandes artères à la place des anciennes ruelles étroites.

C’est une femme âgée maintenant, veuve, qui vit dans sa maison depuis son mariage avec l’homme qu’elle aimait de tout son coeur. Elle n’est pas encore certaine que son quartier va disparaître, mais elle sait que si cela devait arriver, elle ne laissera jamais personne la faire quitter sa maison. Elle écrit dans son journal et évoque son quartier, avec sa jeune amie la fleuriste, puis le libraire qui lui a donné le goût de la lecture en lui faisant découvrir Madame Bovary. Entre autres personnages.

C’est une lecture pleine de charme, celui des vieux quartiers de Paris que nous n’aurons pas eu la chance de voir, où tout le monde se connait et où il suffit de faire quelques pas pour changer de rue. On y retrouve une douce nostalgie, teintée d’amertume puisque Rose évoque une époque qu’on lui impose de quitter, à cause des projets d’un préfet qui obligera des milliers de familles à quitter leurs maisons pour un ailleurs inconnu.

Apprendre à connaître Rose, c’est aussi se rendre compte qu’elle garde un secret enfoui en elle qui ne nous sera révélé qu’à la fin du roman.

J’ai beaucoup aimé cette lecture, joliment écrite, et même joliment traduite puisque Tatiana de Rosnay a écrit ce roman en anglais. Après Elle s’appelait Sarah c’est le deuxième roman que je lis d’elle et je ne suis pas contre l’idée d’en relire un autre à l’occasion.

Le Livre de Poche, 2012, ISBN 978-2-253-16206-3, 6,90€

Acheté et dédicace au Salon du Livre de Paris 2013

 

« Clémenceau au Front » de Samuel Tomei

clemenceau-au-frontClémenceau est un personnage qui m’intéresse énormément et me fascine, certainement parce que je connais peu de choses sur lui (ce n’est pas la priorité des programmes scolaires) et que je le vois auréolé d’un charisme et d’une gloire légendaire, un éléphant sage (bien que surnommé le Tigre) campé sur des pattes solides, sûr de lui et de ses compétences. J’ai eu l’occasion de visiter cette année sa maison en Vendée, un bâtiment rustique, tout simple mais avec un jardin magnifique qui donne directement sur la mer. Une maison qui collait avec l’image que je m’en faisais, celle d’un homme qui appréciait la solitude et ne comptait que peu de véritables amis. Qui devait se trouver bien humble face au spectacle de la nature.

Mais en recevant Clémenceau au front grâce à l’opération Masse Critique de Babelio, je cherchais cette fois à aborder la carrière militaire de Clémenceau. Le rôle qu’il a joué durant la Première Guerre mondiale.IMG_20170630_203304

En 1917, à 76 ans, il est appelé à former un ministère pour faire face à une situation politique catastrophique. C’est la guerre, après tout. Alors que les gouvernements successifs refusaient de se salir les mains, lui se rend sur tous les fronts, quitte à ramper dans les tranchées au côté des soldats.

img_20170630_203341.jpgC’est cet engagement qui est retranscrit dans cet ouvrage, dans l’ordre chronologique, site après site. Les textes qui donnent des explications sur chacun des « voyages » de Clémenceau sont tirés de témoignages, le plus souvent du Général Mordacq, « le bras droit du Tigre dans la conduite de la guerre ». Vous trouverez aussi des citations de Churchill, Poincaré et de Clémenceau lui-même.

De nombreuses illustrations enrichissent le livre, que ce soient des photographies, des unes de journaux ou des dessins. Cela rend la lecture d’autant plus agréable et parlante. Le parti pris de n’utiliser que des extraits de témoignages aide aussi à la lecture. Loin des documents parfois rébarbatifs, cela rend ses visites sur le front plus directes et palpables pour le néophyte. L’idée je pense n’étant pas de dresser un portrait du militaire digne d’un manuel d’histoire mais plutôt de rendre compte de comment ses proches et ses contemporains percevaient ses actions.

Je suis très contente d’avoir cet ouvrage en ma possession et encore plus d’avoir fait connaissance avec la maison d’éditions Pierre de Taillac, qui a eu la bonne idée de m’envoyer en même temps son catalogue et de me donner une idée cadeau qui a beaucoup plu. Mais cela fera l’objet d’une autre chronique 😉

Editions Pierre de Taillac, 2015, ISBN 978-2364450370, 160 pages, 14,90€

 

 

« Dodgers » de Bill Beverly

imagesDans la vie, on n’a pas forcément de vraies occasions de crâner un peu, alors quand on peut, profitons-en !
J’ai eu la chance cette année de recevoir un mail qui m’a fait très très plaisir après une journée de boulot : j’ai appris que j’étais sélectionnée pour faire partie du jury du Prix Meilleur Polar Points 2017 ❤ Et quand j’ai vu qu’on était 40 pour environ 3000 candidatures, j’étais hyper fière !
L’aventure est belle, nous recevons 9 livres (déjà cinq reçus en juillet et août) et ne reste plus qu’à voter pour note chouchou. Entre membres du jury nous discutons sur Facebook et c’est très sympa, je trouve l’ambiance très conviviale.

Alors aujourd’hui je vous présente l’un des premiers titres de la sélection : Dodgers.

IMG_20170815_141030.jpgPour commencer, je vais faire une remarque qui concerne de nombreux romans de la collection Policier chez Points : ce ne sont pas toujours des policiers. Et c’est le cas ici.

Résumé de cette histoire : East est un gamin de 15 ans, qui surveille une taule, c’est-à-dire un endroit où on vend et consomme de la drogue, dans un quartier défavorisé de Los Angeles. Jusqu’au jour où une descente de police met fin à cette taule et que Fin, son employeur (et protecteur) l’envoie avec trois autres jeunes sur une mission : tuer un juge qui pourrait incriminer Fin, dans le Wisconsin.

Ce roman est donc la virée d’East, de Walter l’intello obèse, de Michael le plus vieux mais pas le plus sage, et de Ty, le frère taciturne et solitaire d’East.
Ty est le personnage le plus intrigant. Du haut de ses 13 ans, c’est un caïd qui impose le respect et pas qu’à cause du flingue qu’il garde dans sa poche.

L’histoire repose principalement sur East, que nous suivrons jusqu’au bout. C’est le seul dont le narrateur a accès aux pensées. Lui est le plus adulte au final. Il a conscience du danger et des limites à ne pas franchir. Walter est sur la même ligne de conduite, mais n’a pas le charisme des trois autres.

Il y a plusieurs choses qui m’ont beaucoup plu dans ce roman. Les personnages d’abord, comme je viens de l’évoquer. Quatre caractères différents mais complémentaires pour cette mission. Ensuite, le cours des événements pendant la virée. Le trajet de Los Angeles au Wisconsin ne sera pas de tout repos et j’ai trouvé les péripéties crédibles et intéressantes : le changement de climat, de différences ethniques (plus ça va, moins il y a de noirs (nos héros sont tous noirs)), les engueulades… J’ai aussi aimé le twist inattendu en cours du roman, où ce qui devait être un trajet simple Los Angeles – Wisconsin – Los Angeles prend une toute autre tournure, imprévisible et que j’ai particulièrement aimée. Là se révèle la vraie personnalité d’East, assez touchante.

Si ce n’est la toute toute fin qui m’a un peu déçue, j’ai vraiment passé un bon moment avec ce premier roman policier de la sélection, qui vous l’aurez compris, n’en est pas un.

Et mention spéciale au traducteur Samuel Todd qui a fait un travail remarquable.

Points, 2017, ISBN 978-2-7578-6644-3, 383 pages, 7,80€

« Fidèle au poste » d’Amélie Antoine

51lcQILdQuL._SX210_joli-coeurJe connais très bien Amélie Antoine, on était en classe ensemble ! Enfin euh… on était en cours ensemble en licence d’anglais mais à part « bonjour » je crois qu’on ne s’est jamais vraiment parlées… Cependant, j’avais vu qu’elle avait écrit un premier livre, autobiographique et auto-édité : Combien de temps. J’ai suivi (de loin, via les réseaux sociaux) que les débuts étaient difficiles. Mais voilà, toutes les galères ont une fin et voilà Amélie repérée par les éditions Michel Lafon pour son roman Fidèle au poste qui poursuit une jolie route.

Résumé :
Chloé est mariée à Gabriel. Pour lui elle a accepté de venir vivre à Saint-Malo, où le jeune couple vit des jours tranquilles. Elle a trouvé un poste de coach sportif et part nager tous les matins avant de commencer sa journée de travail. Mais un midi, alors qu’elle devait aller déjeuner avec Gabriel, Chloé ne donne pas de nouvelles. Et n’en donnera plus.

Qu’est-il arrivé à Chloé ? Elle même pourrait vous répondre puisqu’elle raconte sa partie de l’histoire dès le début, tout en cachant ce qui pour nous est l’essentiel : où est-elle ?

Et quand vous connaîtrez la réponse, ce ne sera que le début d’une suite de surprises. Je me suis complètement laissée prendre par l’histoire, remarquablement écrite et construite. Amélie a bien su divulguer des infos par touches sans qu’on parvienne à en tirer la bonne conclusion. Et j’ai trouvé le twist en cours de roman (vous saurez de quoi je parle en le lisant) bluffant !

Honnêtement c’est un succès mérité, ce thriller est très original car il suit un déroulement surprenant, totalement inattendu. On s’attache vite à Gabriel qui est le personnage clef de l’histoire en fin de compte. Quant à Chloé, ma foi… vous verrez bien 😉

IMPORTANT : ne lisez pas la quatrième de couverture, elle gâche déjà une partie de l’énigme :-/

Le Livre de Poche, 2017, ISBN 978-2-253-08615-4, 313 pages, 7,60€