« L’île d’Abel » de William Steig [JEUNESSE]

41pVYsSGDQL.jpgWilliam Steig est né en novembre 1907, à New York. Durant cinquante ans, il est l’un des plus grands créateurs de bande dessinée pour le magazine New Yorker. À soixante ans, il se lance dans la littérature enfantine. Dès lors, il ne cessera plus d’écrire pour les jeunes lecteurs, enchaînant les ouvrages avec succès, des récits souvent proches de la fable, où des animaux humanisés tiennent les rôles-titres. En 1990, il publie l’histoire du monstre vert Shrek, qui deviendra le héros du célèbre film d’animation du même nom et obtiendra un Oscar en 2002. William Steig meurt le 3 octobre 2003 à Boston, à l’âge de 95 ans.

Abel la souris file le parfait amour avec sa femme, Amanda. Ils profitent du beau temps pour faire un pique-nique quand tout à coup le vent se lève, amenant avec lui une pluie intense. Les deux époux trouvent refuge dans une grotte avec d’autres animaux mais un coup de vent plus fort que les autres emporte l’écharpe d’Amanda au loin. N’écoutant que son courage, Abel se lance à sa poursuite. Il la récupère mais la force des éléments le trimballe, le ballote et l’emmène loin, loin de la grotte et de sa bien-aimée. Et voilà comment Abel se retrouve sur une île, tout seul, livré à lui-même.

Au cours de ce récit, nous allons assister aux vaines tentatives d’Abel pour s’échapper. La souris ne manque pas d’idées, mais le résultat n’est jamais à la hauteur de ses efforts. Pourtant, elle ne baisse pas les bras et pour un individu habitué à l’élégance et au confort d’une belle demeure héritée d’une famille aisée, Abel s’en tire plutôt bien. Les mois passent et il se montre de plus en plus ingénieux.

L’histoire ne se contente pas de raconter les péripéties d’Abel. Il y a aussi ses états d’âme. Il se rend compte que personne ne le cherche là où il est. Il reste fort mais parfois la situation est trop pénible, il craque, avant de se reprendre. Il serre contre lui l’écharpe d’Amanda et communique avec elle en pensée, persuadé qu’elle peut l’entendre.

Il aura pendant un temps la compagnie d’une drôle de grenouille, qui lui apportera une amitié inattendue et salvatrice. C’est un épisode particulièrement savoureux, qui mettra en lumière un talent particulier d’Abel.

C’est un récit très touchant, car Abel est un personnage attachant, courageux, malin, et on n’a qu’une envie : qu’il trouve le moyen de sortir de cette île ! Même si au final, ce qu’on retient, ce sont plus toutes ses tentatives et sa manière de contrer la solitude que le fin mot de l’histoire. Très importantes aussi, les illustrations de William Steig accompagnent à merveille le récit, en montrant exactement ce qui se passe sans détail superflu. Le texte étant un peu difficile parfois, avec un vocabulaire et un style plutôt soutenu, cela aide grandement l’enfant à visualiser ce que l’auteur lui raconte.

Une jolie fable qui transmet les valeurs de la patience, de l’opiniâtreté, de la débrouillardise et de l’optimisme.

De 9 à 13 ans

Folio junior, 2017 ISBN 978-2-07-507727-9, 151 pages, 6,30€
Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire
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« Colorado Kid » de Stephen King

50261_300.jpgDeux journalistes vieillissants viennent de laisser partir un reporter du continent sans rien à se mettre sous la dent. Celui-ci cherchait des affaires mystérieuses pour un nouvel article mais les deux compères ne lui ont raconté que de vieilles histoires. Leur jeune stagiaire, qu’ils espèrent garder avec eux sur cette île où il ne se passe pas grand chose, comprend qu’ils ont gardé le meilleur pour eux.

Alors ils ferment les locaux, se réfugient sur la véranda avec vue sur la mer, et lui racontent. Ils lui racontent qu’il y a vingt-cinq ans, deux jeunes ont retrouvé en faisant leur footing matinal un homme assis contre un poteau face à la mer, mort. Les deux policiers mis sur l’enquête étant particulièrement incompétents, l’affaire n’a jamais été résolue. Ce sont les deux journalistes qui ont fait le plus gros travail d’investigation avec une jeune recrue de la médecine légale qui a finalement changé de voie rapidement après l’affaire.

Ce roman est donc la discussion des trois protagonistes autour de ce mystère. Qui était cet homme ? D’où venait-il ? Que faisait-il sur l’île ? Les deux vieux hommes vont égrener leurs informations une par une, laissant des blancs pour donner le temps à Stephanie de réfléchir et poser elle-même les bonnes questions, ou aboutir à ses conclusions. Stephen King est parti d’un fait et explore les pistes possibles, celles qui sont plausibles, celles qui sont exclues. Il montre les contradictions, les possibles coïncidences. C’est un jeu d’esprit.

Comme l’écrivain le dit lui-même dès le début de sa postface : « (…) vous avez aimé ou détesté » Colorado Kid. Pas de juste milieu. Sans aller jusqu’à détester, on peut quand même avoir trouvé le temps long. La conversation avance à un rythme relativement lent, les deux vieux journalistes ayant l’habitude de palabrer. L’auteur insiste aussi sur leurs particularités linguistiques régionales, ce qui en français sonne faux et caricatural. Par exemple le « pour sûr » qui revient très régulièrement en début de phrase. On a l’impression de voir deux comédiens jouant une pièce de théâtre.

Quant à l’énigme, vous ne saurez pas par moi si elle trouve sa solution ou pas, mais ne vous attendez pas à des révélations fracassantes. Si vous passez un bon moment de lecture, ce sera toujours ça de gagné.

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

J’ai Lu, 2017, ISBN 978-2-290-15506-6, 159 pages, 5€

 

« Idéal standard » d’Aude Picault

ideal-standard-tome-1-ideal-standard.jpgRepérée lors d’un de nos rdv BD du mercredi, cet album m’avait attirée pour son côté réaliste. Idéal standard raconte la vie de Claire, une jeune trentenaire célibataire, qui pourrait être toi ou moi ou ta voisine. Elle est infirmière en néonatalogie et s’est installée dans une routine rassurante mais à laquelle il manque quelque chose : un mec.

On la voit rentrer chez elle, manger devant son ordi, lire au lit… et parfois dans la rue s’imaginer que le beau gars avec une poussette vient vers elle et que c’est son homme et qu’ils ont un enfant et que la vie est belle et l’amour au rendez-vous. Mais c’est sans compter le retour à la réalité, quand la gynéco lui montre où elle se situe dans sa courbe de fertilité. Argh. Et sa copine qui est enceinte d’un mari chouette comme tout même si elle s’en plaint.

Claire n’est quand même pas la caricature de la trentenaire dépressive qui a les ovaires atrophiés et s’empiffre de chocolat. Elle est maussade parfois mais garde espoir.

Et puis un jour, Don Juan frappe à la porte. Franck, pour les intimes. Mais est-ce le bon ? Pas sûr. Heureuse d’avoir trouvé un amoureux, elle est toute à son nouveau bonheur et fait mine de ne pas voir ses travers. Bon, il y a aussi les bons côtés, et Claire les savoure comme des gourmandises. Mais il y a des petites choses qui agacent un peu. Que va faire Claire ? Se fourvoyer de peur de finir seule et sans enfants ou prendre le taureau par les cornes ? Suspense…

Ce qui m’a plu dans cette BD, c’est vraiment le côté réaliste. Dans la littérature pour filles on verse facilement dans la caricature, un peu façon Sex and the City (j’adore cette série ceci dit). Mais c’est bien aussi de voir une fille qui nous ressemble vraiment, ni belle ni moche, qui ne cherche pas à se relooker pour plaire à quelqu’un, qui ne fait pas 100 gaffes à la journée en riant niaisement (l’autodérision si chère à la chick litt), qui n’a pas que des copines ultra libérées et épanouies qui la font se sentir la dernière des connes. Non, Claire est simple, elle a des copines qui ont aussi des problèmes, elle laisse couler quand les journées ne sont pas comme elle voudrait, et elle est triste quand ça le mérite. Elle est attachante, en fait.

Ah, j’allais oublier de parler des dessins ! Même si je n’ai trop rien à en dire, ils sont simples, pas particulièrement beaux, mais ils passent bien. En tout cas cet album se lit sans effort et avec plaisir. J’ai passé un bon moment.

 

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Dargaud, 2017, ISBN 978-2-205-07315-7, 149 pages, 17,99€

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« Aurore de sang » de Alexis Aubenque

71VqF+5KCHL.jpgAurore de sang fait directement suite à Tout le monde te haïra, roman dans lequel nous faisions la connaissance de Tracy Bradshaw et Nimrod Russell. Bien que français, Alexis Aubenque situe cette série dans le décor froid et majestueux du bord de mer de l’Alaska, dans une petite ville nommée White Forest. Tracy est une trentenaire avec un mari et des enfants extras, passionnée par son métier et heureuse que son ancien partenaire Nimrod reprenne du service dans la police après avoir été trois ans détective privé. Lui n’a pas une vie si rangée. Il a eu une enfance très difficile avec un père odieux. Il est en couple avec Holly, qui travaille dans un bar et ne veut pas qu’ils vivent ensemble. Et pour l’instant elle ne veut pas entendre parler d’enfants.

Voilà pour nos personnages. En ce qui concerne l’intrigue, elle démarre avec chacun de nos personnages principaux. Tracy enquête sur un cadavre retrouvé dans la forêt, méconnaissable après que les animaux sauvages et rongeurs l’ont dévoré. Quant à Nimrod, c’est son ex qui vient le voir pour lui signaler l’enlèvement de son fils par son père. Elle lui demande de l’aider à le retrouver. En examinant les photos de famille, le détective se rend compte qu’il pourrait bien y avoir une histoire de secte là-dessous.

Dans ce coin d’Alaska où les écologistes actifs se sont donné rendez-vous sous les aurores boréales, la tension monte. Un meurtre, une disparition, le FBI qui semble en savoir plus long qu’il ne le laisse paraître… L’enquête porte à croire que les ramifications peuvent aller du côté des écologistes, mais aussi du côté de la secte, ou encore celui des trafiquants de drogue ? Tracy et Nimrod ont du pain sur la planche, d’autant plus qu’on la leur savonne régulièrement. A qui faire confiance ? Vers qui porter ses soupçons ?

Ce thriller mené tambour battant nous bluffe jusqu’au bout, tant la vérité est insaisissable. Tracy s’avère une enquêtrice coriace qui ne se laisse pas démonter par les grands airs du FBI et mène ses missions à bien quoi qu’il lui en coûte. Quant à Nimrod, son coeur d’artichaut encore attendri par son ex lui jouera des tours, mais ce sont d’abord son habileté et son intelligence qui mènent la danse.

Très réussi, ce roman vous fera passer un très bon moment de lecture. Le seul reproche que j’ai à lui faire, c’est de trop rappeler ce qu’il s’est passé six mois auparavant, dans le premier volet de la série. Pour qui n’a pas encore eu l’occasion de le lire, c’est dissuasif, trop de réponses sont données qui gâchent un peu le suspense. En revanche, la fin de ce deuxième opus révèle un élément très alléchant pour la suite. Vivement !

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

J’ai Lu, 2017, ISBN 978-2-290-13458-0, 414 page,s 7,80€

« Dompteur d’anges » de Claire Favan

9782221198100.jpgjoli-coeurJ’aime beaucoup Claire Favan depuis que je l’ai découverte avec Le tueur intime et Le tueur de l’ombreDerrière son sourire franc et chaleureux il y a un esprit bien tordu comme je les aime et une bonne maîtrise de l’intrigue. Elle ne se contente pas de raconter une histoire, elle lui donne de l’épaisseur et de la densité avec des personnages très travaillés.

C’est donc sans même savoir de quoi le roman parlait que j’ai acheté Dompteur d’anges au Salon Livre Paris 2017. Pour l’anecdote, ça n’a pas été facile de me le faire dédicacer car elle était juste à côté de Benoit Hamon, il avait une foule immense pour lui (je ne comprendrai jamais pourquoi les gens sont prêts à poireauter des heures pour un politique qui n’a même pas écrit son livre), et un service de sécurité à qui j’ai dû demander l’autorisation de passer…

Dompteur d’anges commence par la vie de Max (un américain) en accéléré. Depuis sa naissance jusqu’à ses années de jeune adulte, alors qu’il vivote de petits boulots chez les particuliers grâce à ses doigts d’or qui savent tout réparer. Il se lie d’amitié avec le fils d’un couple de clients très affairé, qui ne prend pas le temps de s’occuper de sa progéniture. Malheureusement, le petit est retrouvé assassiné et violé, et Max est condamné. A tort. Quand il sortira de prison des années plus tard, il n’aura qu’une seule envie : se venger de tous ceux qui lui ont fait du tort dans cette affaire. Et pour cela, il va élaborer un plan sur le long terme, qui lui prendra des années de préparation mais aboutira à une vengeance grandiose. La quatrième de couverture donne plus de détails mais je n’ai pas envie d’en dire plus, la surprise vaut vraiment le coup.

C’est un roman qui se déroule sur plusieurs années et qui va déboucher sur une deuxième partie, là où un des éléments de la vengeance initiale a choisi de quitter le navire et de mener sa propre barque. Jusqu’au jour où le passé le rattrape. Je sais que c’est très sybillin comme info, mais vous ferez avec :p

Ici encore, le thème cher à Claire Favan qui l’a poussée a écrire son premier roman est évident : comment devient-on tueur en série ? Pourquoi Max, un jeune homme tout à fait normal, a-t-il basculé ? Avec Claire, personne n’est intrinsèquement un assassin en puissance. Ce sont des éléments extérieurs qui en sont la cause. L’entourage, la société, l’isolement… Rien n’arrive comme ça, sur un coup de tête.

J’ai adoré cette histoire, et plus particulièrement sa consctruction riche en rebondissements. Les personnages sont encore une fois fouillés, palpables. Et le début malsain et sans états d’âmes m’a ravie malgré les passages très durs qui m’ont remuée. Mais j’aime aussi les polars qui secouent, et j’y ai trouvé mon compte.

C’est un coup de coeur et si vous aimez les thrillers, je vous engage fortement à découvrir cette auteure.

Je partage avec vous ce souvenir de ma rencontre avec Claire Favan.

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La Bête Noire, 2017, ISBN 978-2-221-19734-9, 416 pages, 20€