« Pactum Salis » d’Olivier Bourdeaut

CVT_Pactum-salis_1141coup de coeurJ’avais eu un énorme coup de coeur pour le premier roman d’Olivier Bourdeaut, En attendant Bojangles. Avec le bouche-à-oreille, ce livre est devenu un grand succès de librairie auquel l’auteur ne devait pas s’attendre du tout. De quoi avoir la pression pour le deuxième ! Car on le sait bien, la critique est intransigeante avec un deuxième roman quand le premier a connu un succès retentissant.

Moi-même je dois admettre y être allée à reculons, car les échos n’étaient pas favorables, mais la curiosité l’a emporté. Et l’avis de Maeve m’a encouragée.

Pactum salis, c’est à dire pacte de sel, c’est un pacte d’amitié. Ici entre un paludier, Jean, qui a quitté la vie parisienne pour s’occuper d’un marais salant, loin de l’agitation, des gens, de la technologie ; et un agent immobilier, Michel, qui a une Porsche, un beau patrimoine, qui s’est construit tout seul et en bon nouveau-riche aime montrer qu’il a les moyens.

Après une nuit arrosée dans une station balnéaire, il s’endort à côté de la cabane de Jean en ayant au préalable copieusement uriné sur son sel. La rencontre au petit matin est plutôt houleuse mais finalement, c’est le début d’une relation amicale entre les deux jeunes hommes que tout semble opposer.

Cette histoire d’amitié, honnêtement, elle n’est pas crédible pour un sou. Et la tournure qu’elle prend ne l’est pas plus. Et avec des prénoms pareils, j’ai eu du mal à me mettre dans la tête que nos héros étaient à peine trentenaires. Mais dans Bojangles, rien n’était crédible non plus. Et j’ai aimé cet absurde, plein de poésie et d’esprit. Ca me fait penser à Boris Vian. Il y a du romantisme et du cynisme à la fois. C’est beau, ça se déguste. J’aurais aimé pouvoir retenir plein de phrases ou les noter dans un carnet, mais je n’ai pas bonne mémoire et je n’ai pas envie de me balader avec un carnet de citations.

Contrairement à beaucoup, j’ai adoré cette lecture. Et c’est surtout le personnage d’Henri qui m’a marquée, un ancien ami de Jean. Un homme théâtral, qui vit et parle comme au 19è siècle, soûl trois fois par semaine. Il fait tout avec emphase, on ne peut pas le louper. Une personnalité irritante au quotidien mais tellement charismatique et singulière. Sa définition du Dédé, l’inverse du bobo, m’a beaucoup fait rire. Il va me manquer !

Vous l’aurez compris, j’ai passé un très bon moment. Et tant qu’Olivier Bourdeaut reste fidèle à son style, je continuerai de le lire avec grand plaisir 🙂

Finitude, 2018, ISBN 978-2-36339-090-5, 253 pages, 18,50€

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« Je te vois » de Clare Mackintosh

je-te-vois.jpgAprès avoir lu Te laisser partir qui m’avait énormément plu, j’avais très envie de retrouver Clare Mackintosh avec son deuxième roman : Je te vois.

Zoe Walker emprunte tous les jours le métro londonien pour se rendre à son travail. Toujours le même trajet, la même routine matin et soir. Alors qu’elle rentre chez elle, elle prend le temps de parcourir le journal gratuit London Gazette. C’est là qu’elle tombe sur les petites annonces, notamment coquines, et ce qu’elle voit la stupéfie : c’est sa photo qui illustre un site de rencontres.
Dès lors, Zoe se sent menacée. Elle est persuadée que quelqu’un la suit et lui veut du mal. D’autant plus qu’elle pense avoir reconnu dans l’annonce d’un autre jour une femme qui a été victime d’un vol dans le métro.

Lorsqu’elle appelle la police, c’est Kelly qui prend en charge l’affaire. Elle n’est plus à la criminelle depuis qu’elle a été rétrogradée à cause d’une agression sur un suspect, et ce cas étrange ravive son instinct d’enquêtrice. Elle mène une investigation en solo qui lui permettra d’être intégrée à l’équipe mise sur la piste d’un criminel en série. En effet, il semble que d’autres femmes aient subi une agression liée à leur trajet de travail.

Qui est derrière tout ça ? Dans quel but ? Zoe est-elle vraiment en danger ?

Comme tout bon thriller qui se respecte, il y a plusieurs coupables potentiels, auxquels on pense évidemment. Le compagnon de Zoe, son patron, le nouveau petit-ami de sa fille… Et c’est tellement évident qu’on les soupçonne, en fait, qu’on n’a pas besoin des fausses pistes qui se voient comme le nez au milieu de la figure laissées par Clare Mackintosh. C’est ce qui m’a empêché d’apprécier complètement ce roman pourtant bien mené et intrigant. Elle nous prend un peu pour des bleus parfois.

Autre chose qui m’a déplu, c’est un certain manque de crédibilité à certaines occasions. Comme l’agent Kelly qui donne des infos confidentielles et inopinées à Zoe. Qu’elle veuille la mette en garde, certes, mais il y a des détails qui sont artificiellement placés pour le développement de l’histoire. C’est difficile à expliquer sans spoiler. Alors par exemple, c’est comme si je vous disais « je bois un café Nespresso et j’arrive ». La précision du Nespresso tombe comme un cheveu dans la soupe. Mais pour pouvoir servir la soupe, il faut que le cheveu soit là, même si à première vue il n’a pas sa place. C’est clair ? ^-^-^-^

Malgré ces cafouillages, j’ai bien aimé l’intrigue, originale et bien construite. C’est plein de rebondissements, plein de suspects potentiels, et ça me plait d’essayer de déjouer les intentions de l’auteur. Surtout quand je me fais bien avoir sur la fin, que je n’ai pas vue venir. Et encore moins la toute toute fin (la cerise sur le gâteau), qui m’a fait terminer ce roman avec  un grand sourire aux lèvres qui voulait dire « Bien joué, Madame Clare Mackintosh » 😉

Au final, j’ai préféré Te laisser partir, mais Je te vois vaut aussi le détour.

France Loisirs, 2017, ISBN 978-2-298-13807-8, 537 pages, 17,50€

« … et à jamais T3 – Amorostasia » de Cyril Bonin

50318_300.jpgC’est la Saint Valentin aujourd’hui, alors j’ai choisi une série à propos ❤ Même si entre nous deux l’amour des premiers temps n’aura pas tenu sur la route…

Rappelez-vous…

L’amorostasie est une épidémie qui touche les amoureux. Quiconque ressent le sentiment de l’amour se fige, comme transformé en statue de sel. Les fonctions vitales ne sont pas touchées, on continue de penser. C’est « simplement » qu’on ne peut plus bouger.

Olga, journaliste, enquêtait sur cette épidémie dans le premier tome. Contre toute attente, elle ne s’est pas figée devant son fiancé, mais devant Kiran. Ils sont restés ainsi pendant trois ans, Olga chez ses parents, Kiran en prison. Ils ont été choisis pour être les cobayes de scientifiques essayant de comprendre cette maladie. Lorsque le troisième tome s’ouvre, les deux amoureux se retrouvent et vont emménager ensemble.

L’épidémie court toujours, il y a pléthore d’emplois disponibles faute de main d’oeuvre, et même le Président de la République est touché. Il sera remplacé par une personne qui veut qu’on continue à vivre malgré l’épidémie, contrant ainsi les Nobody qui vivent reclus chez eux et se font livrer toutes leurs courses. Une société plus égalitaire aussi, qui veut cesser de stigmatiser les séductrices portant le brassard qui indique qu’elles ont déclenché l’amorostasie chez quelqu’un. D’ailleurs, un mystérieux homme sévit en coupant dans la rue une mèche de cheveux aux femmes porteuses de ce brassard.

L’enjeu de ce troisième et dernier tome se situe au niveau des tests menés par l’équipe de recherche sur Olga et Kiran. Pourquoi sont-ils immunisés ? Est-ce que grâce à eux l’épidémie va pouvoir être endiguée ?

Nous suivons également l’évolution de leur relation. Ils sont tombés amoureux sans se connaître véritablement, et la vie à deux au quotidien va être un véritable challenge. D’autant que Kiran va trouver un gagne-pain qui ne sera pas du goût d’Olga…

Cette série était d’abord prévue en un seul tome mais Cyril Bonin a jugé que son histoire de départ pouvait avoir de nombreux développements. Certes. Cependant le premier tome est de loin le meilleur. Il y était question d’amour évidemment, mais surtout des amours tus qui se révèlent, des amours de façade qui n’en étaient visiblement pas. On pensait être amoureux, et puis force était de constater que non. Avec le deuxième, nous faisions connaissance avec un groupe de résistants bien décidé à ne pas vivre l’état d’urgence mais à jouir de la vie au maximum, quitte à prendre le risque de tomber amoureux. Mais ici, il n’y a pas de message qui ressort, si ce n’est peut-être que finalement, chacun voudrait connaître l’amorostasie, car c’est la seule preuve de l’amour.

En définitive, c’est une trilogie plaisante qui remet en perspective nos choix de vie, notre vision de l’amour. Et ce troisième tome enfonce le clou avec le personnage de Kiran, qui ne correspond pas à l’image que s’en faisait Olga. La conclusion est belle et clôt avec tendresse cette série, dont le point d’orgue reste malgré tout le premier tome.

Mais je suis très déçue de quelque chose dont je ne peux pas trop parler, puisque c’est le mystère de la série : d’où vient l’amorostasie ? Comment la guérit-on ? Je n’en dis pas plus, débrouillez-vous avec ça 😉

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Futuropolis, 2017, ISBN 978-2-7548-2149-0, 120 pages, 20€

Cette semaine, on se retrouve chez la douce Noukette pour d’autres BDs de la semaine !

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« Les déracinés » de Catherine Bardon

les-deracines.jpgjoli-coeurLes deux guerres mondiales sont un terreau inépuisable pour la fiction, la preuve en est dans les nouveautés littéraires. Le Goncourt et le Renaudot 2017 n’y ont pas échappé. Et je suis bonne cliente de ces histoires, ça m’intéresse toujours autant. Mais Les Déracinés m’a d’autant plus intriguée qu’il aborde un sujet de l’Histoire dont je n’avais jamais entendu parler.

L’exode des juifs face à la montée du nazisme, je connaissais. Mais le programme monté par Trujillo et les autorités américaines en République dominicaine ? Pas du tout.

100 000 visas ont été accordés à des juifs venant de toute l’Europe pour faire partie d’un projet de communauté autonome, à la manière d’un kibboutz. Tout le monde dormirait au même endroit, mangerait la même chose au réfectoire, travaillerait main dans la main pour construire des bâtiments, cultiver les terres, avec une répartition égale des richesses. Un microcosme socialiste en somme.

Mais avant d’en arriver là, nous faisons connaissance avec Almah et Wilhelm, deux jeunes Viennois fous amoureux. Almah est issu d’une famille aisée, Wilhelm a percé dans le milieu du journalisme. Ils vivent dans une ville moderne où règnent la culture, l’élegance et la joie de vivre. Mais le danger nazi rôde aux portes de l’Autriche. Et pendant un bon tiers du roman, c’est cette insouciance puis la menace qui se rapproche que nous vivons, jusqu’à l’exil.

Puis c’est l’arrivée en République dominicaine. Et si la première partie du roman était déjà passionnante, la suite est superbe. On suit étape par étape la vie dans cette communauté. L’insertion, le travail, les petites révolutions… On y trouve plein de personnages attachants qui vont devenir amis, ou pas tant que ça, s’aider, copiner, voire plus. Il y aura des naissances, des mariages, des rencontres avec les dominicains. On lit un roman qui ressemble à un reportage tant il y a de détails, de précisions. Catherine Bardon a fourni un travail de documentation fabuleux.

Je me suis régalée d’un bout à l’autre. D’abord avec une jolie histoire d’amour, puis avec la montée du nazisme, l’exil (de longues pages lui sont consacrés, on ne passe pas d’un coup de l’Autriche à la République dominicaine, il y a aussi la Suisse et le Portugal), et puis cette aventure de l’autre côté de l’Atlantique. En tout cette histoire couvre environ 40 années, et c’est d’une richesse folle !

J’ai lu ce roman comme un feuilleton, avec la hâte de connaître la suite dès que je reprenais le livre.

C’est un bon petit pavé mais si vous avez envie d’une lecture dépaysante, enrichissante, d’une fresque romanesque au long cours, foncez.

France Loisirs, 2017, ISBN 978-2-298-13690-6, 743 pages, 18,99€

« La solitude des nombres premiers » de Paolo Giordano

solitude-nombres-premiers.jpgAlice est une toute jeune fille. Elle se casse la jambe au ski, forcée par son père d’y aller, et boitera toute sa vie.
Mattia a une soeur jumelle. Elle est autiste, lui très intelligent. Lassé de ne pas avoir de copains car sa mère l’oblige à emmener partout sa soeur avec lui, il l’abandonne dans un parc pour se rendre à un goûter d’anniversaire et revenir la chercher après. Personne ne l’a jamais revue.

Alice et Mattia sont deux êtres coupés du monde, chacun avec ses fêlures, chacun à leur manière. Elle parce qu’elle n’arrive pas à y faire sa place, lui parce qu’il n’a pas envie d’y entrer.

Ados, invités à une fête (lui parce que l’hôtesse veut sa présence, elle parce qu’elle est son nouveau souffre-douleur), ils vont faire connaissance et l’évidence va sauter aux yeux de tout le monde. C’est comme s’ils étaient destinés l’un à l’autre. Tous deux au milieu de la pièce, se tenant la main pour une raison que le lecteur connait mais que les invités ignorent, ils regardent chacun dans la direction opposée mais leur osmose est flagrante.

Pourtant, Alice et Mattia vont traverser la vie séparément, en gardant contact. Ils ne s’oublieront jamais, mais pas un n’a su faire le pas vers l’autre. Ce sont deux êtres à part, elle photographe anorexique, lui féru de mathématiques, que tout oppose et que tout rapproche.

J’ai commencé ce roman sans rien en attendre, et de chapitre en chapitre j’ai été happée par cette relation belle et fragile. Il y a beaucoup de sensibilité dans l’écriture de Paolo Giordano, une finesse qui magnifie le duo et les sentiments qui les dépassent. Une impression de gâchis aussi, forcément, quand on voit à côté de quoi ils passent. Mais ça fait partie de la vie, et Paolo Giordano a parfaitement su en tirer une histoire forte et émouvante.

Contre toute attente, j’ai adoré.

Points, 2010, ISBN 978-2-7578-1752-0, 352 pages, 7,10€