« La sauvagière » de Corinne Morel Darleux

La sauvagière est le genre de livre que je serais capable d’acheter rien que pour sa couverture. Une femme végétalisée, du vert à volonté, il n’en faut pas plus pour me happer. La présentation des éditrices Dalva dans la première rencontre VLEEL consacrée à la rentrée littéraire de septembre 2022 ne m’a donné qu’une envie : me jeter dessus.

Une jeune femme se réveille dans une maison inconnue. Elle se souvient vaguement d’un accident, puis du trou noir. A ses côtés, deux autres femmes se relaient pour prendre soin d’elle, Jeanne et Stella. Les semaines passent et un jour, elle est seule dans cette maison isolée, avec pour panorama la montagne vierge de toute trace de vie humaine. Jeanne et Stella sont parties et ne reviendront visiblement pas.

Elle n’a pas peur. Elle se sent à sa place. Et nous raconte comment tout a commencé…

Comment son quotidien avait tout du compromis : il fallait se forcer, tisser des liens, se fondre dans le moule pour avoir sa place dans le monde, faire avec les traumatismes qui empêchent d’avancer sereinement. Puis un signe du destin ; il était temps de changer la trajectoire.

Et puis un jour, l’attendais-je ?, un moineau est entré dans le hall. Un simple oiseau, un peu ridicule. Sautillant sur ses deux pattes, il a passé les portes vitrées et s’est avancé en dérapant légèrement sur le marbre du sol jusqu’au comptoir. Il a alors regardé comiquement autour de lui et, au bout de quelques minutes d’examen, s’est posément retourné en chemin inverse. J’étais prête. J’ai attrapé mon sac et l’ai suivi.

Dès lors, elle se sent envahie d’un désir d’abandon, de passivité, d’isolement. Renouer avec la simplicité. « Je voulais mutiler le désir. »

Le réveil dans la maison inconnue nous fait entrer dans le monde de l’onirisme. Peu à peu, la jeune femme suit le mouvement de Jeanne et Stella, qui se sont totalement adaptées à une vie autonome, en communion avec la nature. Toutes trois vivent en symbiose, chacune avec son caractère et ses compétences, dans une parfaite harmonie. Jeanne et Stella semblent toutefois avoir dépassé le stade de la communion avec la vie sauvage pour en faire pleinement partie.

Il se dégageait de Jeanne et de Stella une forme de simplicité originelle dont j’étais dépourvue. Je me donnais l’impression de devoir constamment m’adapter quand elles appartenaient au monde dans lequel nous évoluions. Leurs actes semblaient s’accorder en toutes circonstances avec le moment présent.

Ce court roman est une véritable parenthèse enchantée. Il suffit de se laisser entraîner par le rythme des mots de Corinne Morel Darleux, très musical avec ses rimes semées, pour se glisser lentement dans l’univers poétique de La sauvagière. Tous nos sens sont en éveil et vibrent au diapason de la nature. Aux côtés de ces trois femmes, nous oublions nous aussi pendant un temps le quotidien et la vitesse pour suspendre le temps, ralentir, observer, profiter, se libérer du superflu.

Ma carafe d’eau, je ne la remplissais qu’à moitié, jamais jusqu’en haut. Je n’avais pas la patience, je n’avais pas le temps; j’étais en mouvement permanent. Ça me parait fou aujourd’hui. Toutes ces minutes, ces secondes qu’on ne supporte pas de perdre quand il s’agit d’effectuer des gestes pourtant simples et opportuns.

Avec cette jeune femme qui se sent peu à peu gagner par l’appel de la nature, par son rythme et sa tranquillité, Corinne Morel Darleux nous invite de façon indirecte à reconsidérer nos priorités et à revoir notre façon d’appartenir au monde.
C’est très beau. Et inspirant.

Dalva, 2022, ISBN 978-2-492596-73-5, 140 pages, 17€

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