« (Presque) jeune (presque)jolie (de nouveau) célibataire » de Stéphanie Pélerin

presque-jeune-presque-jolie-de-nouveau-celibataire.jpgJe vais commencer ce billet par une anecdote. Je vends ce roman en librairie depuis 2 mois environ et bien qu’il soit bien spécifié Stéphanie Pélerin sur la couverture et que je participe à la BD de la semaine avec une certaine Stéphanie Pélerin régulièrement, je n’avais pas fait le lien…

Alors même si ce la romance n’est pas mon genre de prédilection, j’ai eu envie de lire ce que Stephie du blog Mille et une Frasques avait eu envie de nous raconter.

Ivana n’en revient pas. Alors qu’elle se réveillait comme tous les matins aux côtés de l’homme de sa vie, le voilà qui la largue là, encore au lit.

Après 8 ans de vie commune, le choc est rude. Que va devenir sa vie sans Baptiste ? De nouveau sur le marché des célibataires, Ivana va tenter de reprendre sa vie en main pour trouver la perle rare. Du sport, un régime, un site de rencontres : voilà le nouveau programme de cette jeune trentenaire (oui, trente ans c’est jeune, qu’on se le dise !) qui ne va pas être de tout repos.

De bonnes surprises, des désillusions, des copines qui remettent les idées en place. Des situations qu’on a toutes connues personnellement ou autour de nous. Et c’est agréable aussi de se retrouver dans un personnage qui nous ressemble, avec ses contrariétés, ses maladresses et ses moments de gloire.

Le tout avec ce genre de romans c’est qu’il faut que ce soit bien écrit et drôle, sinon on s’ennuie. La fille larguée, qui couche avec le premier venu histoire de se rassurer, qui pleure sur ses kilos en trop et ses premières rides, c’est une histoire vue et revue. Mais si elle est rigolote, attachante et que l’auteur a de l’esprit, là oui, on passe un vrai bon moment.

Et cela a été mon cas ici. Pas friande de ce type d’histoires habituellement, je me laisse facilement tenter à l’occasion quand j’ai envie d’une lecture pas prise de tête (à l’approche de l’été souvent, comme beaucoup). Le scénario est sans surprise mais comme je vous le disais, ce qui compte pour moi c’est la façon dont c’est raconté et si le personnage me plait. J’ai bien aimé Ivana, qui fait preuve d’auto-dérision et de détermination et qui nous fait vivre par procuration les rencontres trépidantes/désespérantes des sites de rencontre. Il y a des situations qui m’ont vraiment fait rire, comme Ivana qui voit un type la saluer en voiture alors qu’elle attend son nouveau rdv et qui se rend compte quelques minutes après qu’en fait c’est le rdv en question (euh, il est où le gars de la photo ??).

J’ai aussi aimé la réflexion qui revient régulièrement dans le roman, comme quoi quand un homme cumule les conquêtes c’est un Don Juan, alors que quand c’est une femme, ça passe beaucoup, beaucoup moins bien. Pourtant une femme aussi a le droit d’avoir envie de ne pas s’engager, de s’amuser, de ne pas avoir à rendre de comptes. Et puis Il faut bien que le corps exulte comme disait Jacques Brel.

En définitive, pour préparer votre PAL vacances/plage/métro/hamac/ce que vous voulez, n’oubliez pas « (Presque) jeune (presque) jolie (de nouveau) célibataire » !

Précision importante : quand je n’ai pas aimé le livre de quelqu’un que je connais, je ne le chronique pas 😉

France Loisirs, 2017, 168 pages, 9,99€

« Le tour du monde du roi Zibeline » de Jean-Christophe Rufin

41imxIqsWLLCela fait longtemps que je lis Jean-Christophe Rufin et même s’il y a des romans que j’aime plus que d’autres, je ne suis jamais déçue. Et ce n’est pas encore pour cette fois.

Il s’agit d’une histoire vraie, celle d’un explorateur né en Europe centrale et qui finira roi de Madagascar. Toute sa vie s’est déroulée avec des concours de circonstances. Lorsqu’il était jeune, il a appris les lettres, l’humanisme, l’ouverture au monde auprès d’un précepteur français qu’il n’a jamais oublié. Jeune homme, il a été arrêté et déporté au Kamtchatka. Il a rencontré sa femme, Aphanasie. Et il s’est passé encore un tas d’événements, de voyages et de rencontres avant qu’il n’arrive à Madagascar.

L’histoire est racontée sous la forme d’un conte. Auguste et son épouse se rendent aux Etats-Unis pour demander de l’aide à Benjamin Franklin. Celui-ci, perclus de douleurs à cause des rhumatismes, écoute avec humeur les nombreuses personnes qui viennent le solliciter tous les jours. Mais l’aventure des deux époux, épique, narrée tantôt par l’un puis par l’autre, l’intéresse au plus haut point et lui permet d’oublier ses douleurs.

Antoine est un personnage intéressant car il contraste avec le courant de pensée de l’époque. Les grandes découvertes visaient à conquérir, s’enrichir, exploiter. Lui veut connaître, comprendre, traiter d’égal à égal. De ce roman se dégage de la curiosité bienveillante et une ouverture au monde salutaire.

Comme souvent avec Jean-Christohe Rufin, j’ai voyagé dans une autre époque, sur d’autres terres, avec d’autres cultures. J’ai beaucoup aimé suivre la vie de ce personnage dont je n’avais jamais entendu parler, une vie qui valait vraiment le coup qu’on la trouve dans un roman. L’auteur a expliqué qu’il n’avait changé qu’une chose pour l’intérêt du récit, c’est qu’il n’a gardé qu’une épouse alors qu’Auguste en a eu deux.

Donc après Rouge Brésil, Le Grand Coeur, L’abyssin et La Salamandre, je vous recommande désormais aussi Le tour du monde du roi Zibeline !

Gallimard, 2017, ISBN 978-2070178643, 384 pages, 20€

« Je m’en vais » de Jean Echenoz, en LC avec Bruno

Dans l’optique de faire baisser ma PAL, j’ai sollicité des lectures communes, histoire de me motiver davantage. Bruno a proposé quelques titres et nous avons donc convenu d’une lecture par mois, à un rythme de publication toutefois tout personnel.

Bruno n’ayant pas de blog, je me charge de publier sa chronique ici.

Et nous commençons donc avec le roman Je m’en vais de Jean Echenoz.

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Chronique de Bruno

 

Ce roman, court, de Jean Echenoz, prix Goncourt 1999, commence et se termine par les 4 mots du titre.

      Nous rentrons dans la vie de Félix Ferrer, ancien artiste devenu galeriste. Pendant un an du 1er Janvier au 31 Décembre. C’est un taiseux, un solitaire. Un méticuleux, aussi : se rappeler, par exemple, le rituel immuable du début de ses matinées.

      Nous le suivons de Paris au Pôle Nord dans une chasse au trésor aux multiples rebondissements.

      Nous partageons avec lui ses problèmes financiers, ses problèmes de santé, ses problèmes sentimentaux…

       Nous faisons la connaissance de nombreux personnages secondaires, plus ou moins énigmatiques, que nous découvrons petit à petit par petites touches concises qui caractérisent le style de Jean Echenoz : de Baumgartner à Delahaye, en passant par Le Flétan, par Supin (le policier amateur d’Art), par son cardiologue … sans oublier le portrait des nombreuses femmes qui entrent dans la vie de Felix Ferrer, plus ou moins brièvement, mais qui n’y restent jamais, sans toujours savoir d’où elles viennent ni où elles repartent : Brigitte, l’infirmière du bateau/brise-glace ; Victoire, l’énigmatique femme accompagnant Delahaye ; Bérangère et son parfum ; Hélène et ses tenues vestimentaires ; Sonia et l’épisode du babyphone ; Martine, la veuve de Delahaye … sans oublier (même si elle ne croise pas Félix) la femme errant, seule, sur la route, sous la pluie.

       Le monde où vit Félix Ferrer  permet au narrateur de lancer quelques pointes acerbes sur le milieu de l’Art : galeristes, artistes et leur ego surdimensionné, collectionneurs,  critiques, spéculateurs …

       Il règle son compte, en moins de 10 lignes ( 9 et demie, exactement, page 148 et 149), au milieu médical hospitalier.

       Ce roman, ce que j’apprécie beaucoup, est construit comme les feuilletons des revues de mon enfance c’est à dire, souvent, à la fin de ses chapitres (toujours très courts!), nous restons sur un suspens : il faut attendre 2 voire 3 chapitres pour retrouver le fil rouge d’un personnage et à l’évolution de sa situation.

       Jean Echenoz a le savoir-faire, a l’art de nous décrire un détail précis de la vie de ses personnages ou un trait de leurs caractères. Juste en quelques mots ou en quelques lignes.

        Dernière petite précision : Les Editions de Minuit, son éditeur de toujours, a eu la pertinence d’ajouter, en fin du livre, une interview de Jean Echenoz où il nous parle de son processus de création. A lire avec gourmandise !!

       Vous l’avez compris : j’ai pris un immense plaisir à la lecture de « Je m’en vais » et je remercie vivement le blog « Le jardin de Natiora » d’avoir accepté une Lecture Commune pour ce livre qui m’attendait dans ma bibliothèque depuis plusieurs années. Ce qui nous a permis, soit dit en passant, de faire baisser nos Pal respectives !!

A mon tour

Alors pour être tout à fait franche, j’écris ce billet un peu plus d’un mois après avoir lu le livre. J’ai pris beaucoup de retard dans mes billets pour des raisons diverses et variées et s’il y a des romans pour lesquels ça ne pose pas de problème, pour Je m’en vais c’est assez problématique : j’en garde un souvenir très diffus. Et pour tout vous dire, c’était déjà le cas lorsque je le lisais et que je devais reprendre ma lecture le soir venu : alors, où en est-on ? Et c’est qui elle déjà?

Le souci que j’ai rencontré tout au long du roman c’est l’imperméabilité du texte. Je glissais dessus sans jamais parvenir à rentrer vraiment dedans. L’image qui me vient est une paroi de verre sous laquelle je voyais bien qu’il se passait des choses, un personnage principal, des rencontres, une atmosphère. Sans jamais trouver de fissure dans cette paroi.

En clair, je ne me souviens pas du tout de l’histoire, hormis que nous avons affaire à un galeriste désabusé qui pense avoir trouvé une mine d’or artistique au Pôle Nord.

En revanche je sais que j’ai été frappée par le style, qui m’a beaucoup plu. Jean Echenoz a une façon de nous faire entrer dans la tête de son personnage tout en maintenant une distance critique qui m’a enchantée. J’aime les bonnes histoires mais rencontrer UN style c’est aussi appréciable. Il installe une sorte de jeu avec le lecteur où le roman dans son ensemble est une litote (en dire beaucoup avec une économie de moyens). Du coup même si l’histoire ne m’a laissée qu’une bonne impression sans être capable de m’en souvenir, cela me donne grandement envie de relire cet auteur.

* Dans mon exemplaire il n’y a pas d’interview, j’ai l’édition parue en 1999, encore en francs !

 

« Nous rêvions juste de liberté » de Henri Loevenbruck [immense coup de coeur]

51UpYRCc4PL._SX210_coup de coeur« Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté. »

C’est ainsi que s’ouvre ce roman, et cette phrase à elle-seule résume toute l’histoire. Hugo, Freddy, Alex et Oscar sont quatre amis issus des quartiers pauvres de Providence. Quatre adolescents, quatre caractères, quatre passifs, mais ils forment un tout. Leur famille, c’est eux ; ils se considèrent comme des frères et se promettent qu’ils seront toujours là pour amortir la chute de l’un ou de l’autre. Ensemble, ils font les quatre cents coups mais sans jamais embêter les autres, sauf si on les cherche ou qu’on essaie de leur imposer une autre loi que la leur. Là oui, ils sortiront volontiers les poings.

Leurs journées sont partagées entre l’école de riches qu’ils sont obligés de fréquenter, les soirées dans la caravane d’Hugo et les virées à moto. Jusqu’au jour où leur vie tranquille bascule et que le cadre défini par la société ne les rattrape. Car le monde est ainsi fait qu’il faut rentrer dans des cases et se conformer aux bonnes mœurs.

Nous rêvions juste de liberté est un roman magistral. Bouleversant. Exaltant. Révoltant. Enivrant. Construit à la manière d’un road-trip, chaque nouvelle étape marque une nouvelle aventure pour nos personnages. Tantôt on rit, tantôt on tremble, on se met en colère aussi. Mais ce qui domine véritablement l’ensemble, c’est cette soif de liberté, ce besoin de vivre comme on est et pas comme on veut qu’on soit, faire ce qu’on veut et pas ce qu’on veut de nous. Ce sont de grandes idées qui pourtant s’appliquent au quotidien sous une forme des plus simples pour nos héros : sentir le vent à moto, regarder les étoiles, boire à s’en retourner le cerveau, rire à n’en plus pouvoir, aimer sans possessivité. Le pouvoir ? L’argent ? Le confort ? A quoi bon. Ce qui les guide, c’est la loyauté, l’honneur et le respect. Rien de plus.

La philosophie est belle mais l’engagement difficile. Ce que Hugo, le narrateur, apprendra à mesure de sa quête. Il rencontrera sur sa route des gens formidables, d’autres moins. Et il apprendra que même quand on évite les embrouilles, les embrouilles, elles, vous rattrapent toujours.

Ce roman est aussi l’histoire des MC, les clubs de motards aux États-Unis qui ne voulaient pas forcément de mal aux gens mais qui semaient la terreur malgré tout. Hugo et ses amis entreront dans la légende des MC, pour le bien comme pour le pire.

Ce qui ressort en caractères gras en tous les cas, c’est la valeur de l’amitié. A la vie, à la mort. Les garçons de Providence et leurs amis rencontrés sur la route en sont l’exemple le plus authentique qui soit. Même si, comme le rappelle un des Présidents de MC, Jésus-Christ aussi avait de très bons amis. En théorie.

Henri Loevenbruck signe là un roman coup de poing percutant, de ceux qu’on aimerait se prendre plus souvent en pleine figure. C’est brillant, remarquablement écrit, au rythme d’une jolie trouvaille par page en exagérant à peine. Et quelle tristesse au moment de tourner la dernière page, on aurait aimé qu’elle n’arrive jamais…

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

J’ai Lu, 2017, ISBN 978-2-290-11907-5, 493 pages, 7,80€

♣ J’avais du mal à poser ce roman et en même temps j’avais envie de le faire durer car je n’avais pas envie que cette histoire se termine. Il entre dans la liste de mes livres préférés et je conseille à tout le monde de le lire et de l’offrir.