« Tétranébreuses – T2 Madame de Sévigné » de Mary-Play Parlange

91zoEey4SEL.jpgDerrière le pseudonyme de Mary-Play Parlange se cachent en réalité deux écrivaines, amies depuis l’enfance.

La tétralogie Tétranébreuses (deux tomes restent à paraître) démarre avec une vieille âme qui cherche un corps dans lequel se réincarner. Dans le premier tome, c’était dans le corps d’une cousine d’Agnès Sorel. Je ne l’ai pas lu mais je vous invite à lire le billet de Maeve. Dans le second tome, elle trouve refuge dans la demi-soeur de Molière. C’est le seul aspect fantastique de l’oeuvre, et il n’y a pas une sorte de conflit entre deux âmes. La demi-soeur de Molière nait avec l’âme venue d’un autre temps et c’est tout.

Le roman mêle avec brio réalité historique et fiction. On y retrouve des personnages qui ont réellement existé, tels que Molière, sa femme Armande Béjart, Fouquet… et aussi des personnages inventés au service de l’histoire, et en premier lieu Elise.

Elise et Jean-Baptiste ont un père qui a bien mené sa barque et qui a tout fait pour que ses enfants aient une situation. Il a payé des études de droits à son fils, trouvé des partis intéressants à sa fille. Mais Jean-Baptiste veut devenir Molière et Elise veut le suivre dans sa vie de saltimbanque. Et c’est dans cette vie que nous suivons Elise, qui aura un destin passionnant.

Il y aura évidemment l’apparition de la Marquise de Sévigné, puisque cet opus porte son nom, mais ce fait sert plus à inscrire l’histoire dans une époque plus que par l’importance du personnage, qui sera malgré tout un fil rouge pour Elise tout au long de sa vie.

Des joies, des drames, des rebondissements inattendus… Ce roman m’a enchantée. Et surtout, c’est le style qui m’a emportée. Que c’est bien écrit ! Une plume délicate, fluide, enlevée, qui m’a transportée. J’avais du mal à poser le livre et avais au contraire très envie de me replonger dans la vie d’Elise. Le contexte historique est de plus subtilement documenté.

Mon seul bémol à vrai dire est sur la couverture du roman, qui précise « thriller historique ». Ce roman n’a RIEN d’un thriller. Mais vraiment rien de rien. C’est juste une superbe histoire avec une trame historique et une vieille âme qui a un fond de méchanceté assez surprenant et glaçant, mais ce n’est pas du tout un thriller. Et je pense que cela peut engendrer de la déception alors que vraiment, ce roman est très agréable à lire.
Ah si, un autre bémol, purement subjectif. J’ai beaucoup de compassion pour le personnage de Fouquet et je trouve qu’il est un peu trop malmené dans ce roman. Mais ça, c’est très personnel.

J’ai donc passé un très bon moment avec ce roman au moins pour moitié tourangeau 🙂 (Nicole Parlange est du coin !)

Editions Ex Aequo, 2017, ISBN 978-2359629729, 164 pages, 15€

 

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« Rien ne se perd » de Cloé Mehdi

41IL9hr0j-Ljoli-coeurPrix Etudiant du Polar 2016
Prix Dora Suarez 2017
Prix Mystère de la Critique 2017

 

Mattia n’est qu’un enfant, mais la misère et les problèmes, il a déjà eu le temps de les connaître. Il vit avec son tuteur, Zé. Un jeune homme qui travaille en tant que gardien de nuit, et qui passe ses journées auprès de Gabrielle, la femme qu’il aime. C’est à dire à l’hôpital puisque Gabrielle a tenté de mettre fin à ses jours. Il a tellement peur pour elle qu’il demande à Mattia de se glisser sous son lit en cachette la nuit pour la surveiller.

Le petit garçon n’en est pas à sa première rencontre avec le suicide. C’est comme ça que son père est mort, quand il avait 5 ans. C’était un éducateur qui rêvait de changer les destins des jeunes de cité. Et quand le jeune Saïd est décédé après une bavure policière et que le policier responsable a été acquitté, il ne l’a pas supporté.

Malgré les années écoulées, l’affaire Saïd refait surface avec des tags qui réapparaissent : « Justice pour Saïd ». Mattia, pour qui ce n’était qu’un vague souvenir, repense à tout cela. La mort de son père, le fait que sa mère n’ait pas eu le courage de s’occuper de lui, son demi-frère qui ne prend pas de nouvelles, sa soeur chérie qui disparait puis revient comme si de rien n’était… Et puis il y a ces deux hommes qui suivent Mattia. Que lui veulent-ils ?

C’est là qu’on bascule du roman social au thriller. Un thriller qui se met en place tout doucement, sans qu’on le voit véritablement venir. Mais petit à petit, des informations recueillies par-ci par-là, parfois même dans les silences puisque Mattia doit être tenu à l’écart, laissent à penser que ce qui nous attend sera édifiant. Et que c’est réussi ! Cloé Mehdi livre un roman de haute volée. Avec des personnages marquants, écorchés par la vie, forts et sensibles.

Pourtant encore jeune, l’auteure fait preuve d’une maturité impressionnante. Dans son écriture, tout d’abord, belle, minutieuse, truffée de phrases qu’on a envie de retenir. Et bien entendu dans les faits qu’elle décrit, les pensées qui traversent les personnages, y compris Mattia contraint de grandir trop vite. On ne peut plus lâcher ce roman et ce dès les premières pages. On s’attache aux personnages, on comprend que sous la surface se cachent des choses, qui étaient censées rester cachées mais qui refont surface, et on n’a qu’une envie, les connaître à notre tour.

Rien ne se perd est un roman éblouissant, percutant, magistralement construit, qui donne diablement envie de découvrir le premier roman de la talentueuse Cloé Mehdi, Monstres en cavale, lauréat du prix de Beaune 2014.

Jai Lu, 2017, ISBN 978-2-290-14123-6, 350 pages, 6,70€

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’imaginaire

« L’affaire Léon Sadorski » de Romain Slocombe

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51jFroyZh1L._SX195_joli-coeurUn nouveau roman reçu dans le cadre de la sélection du Prix Meilleur Polar Points ! Et là, attention, c’est du top niveau. Attachez votre ceinture, c’est parti pour une descente aux enfers dans le milieu de la police parisienne en 1942, sous l’Occupation.

Léon Sadorski est un fonctionnaire qui travaille pour la brigade anti-juive. Un service français. Etroitement contrôlé par les Bosch. Comme le dit Romain Slocombe dans l’extrait de l’interview que je vous mets plus bas, Sadorski est un salaud. Il prend plaisir à reconnaître les juifs, à les arrêter, les envoyer à Drancy, et pour épicer la chose il lui arrive de rajouter « communiste » sur la fiche, histoire de bien le mettre dans la mouise.

Alors qu’il a rendez-vous un matin avec un gradé allemand, il pressent qu’il ne va pas passer une bonne journée. Sans que le fait ne soit jamais énoncé à voix haute, il est arrêté. Envoyé à Berlin, soi-disant comme témoin, mis en cellule et soumis à un régime très sévère, il attend qu’on décide de son sort. Jusqu’au jour où il est renvoyé à Paris avec une mission.

Croyez-vous que son traitement à Berlin va remettre en cause ce qu’il fait subir aux juifs ? Pas du tout, au contraire. Salaud un jour, salaud toujours. Il fera pourtant preuve d’audace en décidant d’enquêter sur le meurtre d’une très jeune fille dont il avait entendu parler pour ses moeurs libres. Les Allemands ont saisi l’affaire de suite, montrant ainsi qu’ils ne voulaient pas que les Français y mettent leur nez. Cela suscite la curiosité de notre cher Sadorski.

Ce n’est pas tant cette enquête qui est intéressante, c’est l’immersion TOTALE dans cette période dramatique et effrayante, presque incroyable. Comment la haine des autres peut aller aussi loin ? Je reconnais que c’est totalement manichéen et naïf de ma part mais je ne vis pas du tout de la même façon cette lecture et celle des Bienveillantes de Jonathan Littell, un gros pavé au cours duquel un SS nous raconte par le menu comment il vit son métier, à savoir sans aucun problème de conscience, au contraire. Lire ça du côté allemand me révolte, mais comme les Bosch sont les méchants stupides qui ont suivi un leader mégalo, ça ne m’indispose pas plus que ça. Alors que les Français sont censés être le peuple vaincu, qui ne partage pas ces valeurs immondes, et soutient tout haut l’occupant en pensant tout bas le contraire…  Donc oui, de lire que des salauds comme Sadorski ont existé, ça m’a retourné le ventre pendant ma lecture. Je sais bien qu’il y en a eu plein, je ne suis pas tombée de la dernière pluie non plus. Mais le lire aussi crûment pendant 450 pages, c’est éprouvant.

Le roman est par ailleurs truffé de détails, de noms, de services, qui nous montrent à quel point Romain Slocombe a étudié la période pour parvenir à un résultat crédible. Il suffit de lire la bibliographie qui lui a servi pour ses recherches, c’est un travail de longue haleine.

Je ressors de cette lecture poisseuse de haine, de cruauté et de lâcheté, mais tellement enthousiasmée d’avoir pu vivre par procuration cette période de l’histoire de France et d’avoir pu lire une histoire aussi riche. Je félicite Romain Slocombe pour son aplomb parce qu’il faut du courage pour écrire certaines scènes et pour savoir mettre dans la tête de Sadorski et dans sa bouche des pensées aussi nauséabondes.

L’affaire Léon Sadorski est un énorme coup de coeur, terriblement dur mais j’ai adoré. Et je lirai indubitablement les autres romans de la série.

Points, 2017, ISBN 978-2-7578-6582-8, 476 pages, 8,50€

 

« Le dernier hyver » de Fabrice Papillon

9782714475435coup de coeurAlexandrie, an 415. La savante Hypatie longe les murs en cette journée caniculaire pour rejoindre la bibliothèque et ses milliers de papyrus. Mais elle n’atteindra jamais sa destination, victime d’un assassinat atroce.

Paris, 2018. Un corps est retrouvé dans un magasin prestigieux, calciné et placé dans une posture étrange. Aucun indice trouvable. Sauf pour l’oeil novice de Marie, encore stagiaire, qui repère quelque chose d’étrange et va permettre de donner une orientation à l’enquête.

Les récits entre présent et passé s’enchaînent alternativement, la différence étant que le passé avance très vite, passant d’un épisode historique à un autre, en gardant toujours l’élément central de cette histoire, le fameux codex d’Hypatie. Si bien qu’on retrouve Léonard de Vinci, Elizabeth Ière, Voltaire entre autres personnages illustres. Les contextes historiques sont précis et réalistes. Et l’histoire inventée par Fabrice Papillon s’y intègre parfaitement.

D’autre part, l’enquête menée par Marc Brunier, un flic qui cache ses crises d’épilepsie à sa hiérarchie sous peine de perdre son boulot et tente de surmonter la disparition de sa fille partie en Syrie. Il s’attache vite à Marie, cette jeune en formation d’une sagacité remarquable qui lui rappelle tant sa fille.

J’ai adoré ce thriller, qui utilise brillamment le passé pour créer une histoire actuelle plausible. C’est bien rythmé, très prenant, et tellement bien documenté qu’on assiste aux événements comme s’ils se déroulaient sous nos yeux. L’organigramme de la police, les méthodes des médecins légistes… on voit que l’auteur a fait des recherches conséquentes pour aboutir à un ouvrage qualitatitif.

Le dénouement est de plus inattendu, je ne pensais pas que le roman prendrait cette direction là et finalement c’était une bonne chose, le fin mot de l’histoire m’a beaucoup plu et qui plus est, amène à réfléchir.

C’est une très belle découverte, je remercie les éditions Belfond et Agnès Chalnot pour l’envoi de ce roman, et Fabrice Papillon pour le petit mot laissé sur la page de garde.

Je n’oublie pas de mentionner la couverture sublime qui reproduit une toile de Klimt (ce qui me donnait déjà fortement envie de découvrir le roman).

Et pour terminer, j’ajoute les images partagées par Agnès sur sa page Facebook qui nous montrent un apercu des galeries souterraines sous l’hôpital Cochin, un lieu qui a son importance dans Le dernier hyver.

Belfond, 2017, ISBN 978-2-7144-7543-5, 613 pages, 21,90€

« Avenue des Géants » de Marc Dugain

liv-4014-avenue-des-geantsC’est un roman qui trainait dans ma PAL et que Bruno (lecteur sans blog) m’a proposé en lecture commune. Vous trouverez sa chronique juste après mon billet.

Avenue des Géants, c’est un retour sur l’histoire dingue, celle d’Edmund Kemper, un tueur en série qui a sévi aux Etats-Unis dans les années 70. Dans le roman, le personnage se nomme Al Kenner. Marc Dugain s’est inspiré de la vie de Kemper pour l’adapter à sa sauce. Une sauce qui, si j’en crois ce que j’ai lu, contient malgré tout les mêmes ingrédients que l’originale.

Al Kenner est un ado hors norme, mesurant près de 2,20 mètres. Sa mère a des problèmes psychologiques, elle le fait dormir dans la cave, le rabaisse en permanence. Elle l’envoie vivre à la campagne chez ses grands-parents. Kenner est très intelligent. Il sait que la noirceur qui est en lui ne devrait pas y être, et il lutte tous les jours pour se maîtriser et chasser ses pulsions. Mais un jour, il tire une balle dans le dos de sa grand-mère qui le maltraite et tue son grand-père dans la foulée. Mais le grand-père, ce n’était pas voulu. C’était pour qu’il ne souffre pas en apprenant le décès de sa femme. Lorsqu’il se rend à la police, Al est très clair là-dessus. Sa grand-mère lui pourrissait la vie : c’était soit elle, soit lui. Sachant que sa vie était derrière elle alors que celle d’Al n’en était qu’au début, il a jugé qu’il valait mieux que ce soit elle qui y passe. Ca se tient, après tout.

Et voilà comment Al démarre dans la vie, à 15 ans. En tuant ses grands-parents.

Le reste de l’histoire, vous l’apprendrez en lisant le roman (ou Wikipedia) (mais le roman vaut le coup qu’on le préfère à Wikipedia).

Ce qui est fascinant dans cette histoire, c’est la personnalité d’Al Kenner. C’est un vrai personnage de roman. Quelque chose ne tourne pas rond dans sa tête, c’est évident, mais en même temps il trouve à chaque fois des justifications qui font sens. Et avec la famille qu’il a, ça lui donne un paquet de circonstances atténuantes (même si ce n’est pas une raison suffisante pour tuer des gens, on est d’accord). Il me fait un peu penser à Hannibal Lekter, le gars très futé qui a conscience qu’il incarne le mal. Mais en gentil.

Parce qu’au fond, Al Kenner c’est un bon gars. C’est juste qu’il n’a pas eu de chance et qu’il est schizophrène, et ça on ne choisit pas. Il a des problèmes d’ordre sexuel, et semble se venger comme il peut sur ses victimes, qu’il choisit selon des critères bien particuliers.

Je ne sais pas si cette partie de l’histoire a un fond de vérité, mais j’ai beaucoup aimé la relation qu’il tisse avec un policier. Un policier qui va le considérer comme son fils, en fait. Et forcément, comme tout finit par se savoir, leur amitié ne se terminera pas très bien.

Donc si ce roman est dans votre LAL ou dans votre PAL, foncez tête baissée. Il est génial.

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L’avis de Bruno

Marc Dugain est un auteur que j’ai découvert assez tardivement.

Par le biais du cinéma : quand son 1er roman fut adapté au cinéma par François Dupeyron .

Depuis, sans être un incontionnel de M.D (c’est à dire que je ne me précipite pas chez mon libraire à la sortie de chaque nouveau roman), j’aime bien me plonger avec un peu de retard dans ses récits souvent en prise avec la réalité comme « Une exécution ordinaire » ou « La malédiction d’Edgar ».

Cet hiver, en pleine campagne électorale, j’ai commencé sa trilogie de politique-fiction ( j’ai lu les 2 premiers).

Quand nous avons convenu d’une L.C de « Avenue des Géants » avec « Le Jardin de Natiora », ce fut l’occasion de lire ce livre.

Là encore, M.D choisit de retracer, d’une manière romancée, la vie d’une personne réelle, même si moins connue que, par exemple, Edgar Hoover. C’est la vie de Ed Kemper, un tueur en série américain ayant sévi à la fin des sixties, toujours incarcéré aujourd’hui, que Marc Dugain appelera Al Kenner.

Petite précision : Stéphane Bourgoin, spécialiste des Sérials Killers, lui a consacré plusieurs livres et même un documentaire dont M.D s’est largement inspiré (M.D le cite dans sa postface). Et comme j’avais dans ma bibliothèque « Le livre noir des Sérials Killers », j’ai relu, après avoir terminé le roman de M.D, le portrait de ce Ed Kemper par S.B.

Pour résumer, on suit le cheminement depuis l’enfance jusqu’à aujourd’hui de ce Al Kenner (alias Edmund Kemper) et M.D essaie de comprendre pourquoi et comment (en le faisant parler à la 1ère personne sous forme de confession) il en est arrivé à un (à des!) passage à l’acte.

Tout est abordé : sa petite enfance (dure, traumatisante), son physique (2m20), son Q.I (supérieur à celui d’Einstein), ses relations avec les autres enfants, avec les filles à l’adolescence, son 1er coup de folie (et pas des moindres), son internement en hôpital psychiatrique, sa guérison (??), sa remise en liberté, la description de l’époque (le Summer of Love de 1967, les hippies, la guerre du Viet-Nâm …), sa relation avec son père adulé mais qui ne trouve que la fuite comme solution.

Et sans oublier le portrait sans concession de sa mère (la responsable de ses actes ?) : autoritaire, méprisante, n’ayant jamais accepté la naissance de ce fils, alcoolique, violente. Al qui d’un côté la rejette et de l’autre la recherche ( « parle-moi, m’man, parle-moi, je te demande juste de me parler » revient à plusieurs reprises dans le roman).

Ce n’est pas pour rien que les plus belles pages du livre -celles qui m’ont fait vibrer- sont celles où intervient la mère. Je ne citerai que les commentaires de Al sur le contenu de l’unique lettre écrite par sa mère à l’hôpital psychiatrique ( p 155 et suivantes); la conversation/règlement de compte entre Al et sa mère (p 255) ; l’alcoolisme de sa mère décrit magistralement (p 263/264) ; la description des derniers instants de vie de sa mère (p 401 à 404) …. Sans oublier les derniers chapitres (la confession de Al au policier qui a failli être son beau-père) qui explicitent en quelques pages d’une écriture fiévreuse et froide en même temps tous les non-dits (mais on se doutait bien un peu, non ?) : une claque!

Mais, car il y a un mais…

Oui, c’est un roman et, même si un auteur a le droit d’extrapoler ou de ré-inventer, la limite entre les faits réels vécus par le véritable Ed Kemper et l’imagination de M.D est floue . Certes tous les noms de personnes ont été changés (ce qui peut se comprendre) mais de nombreux lieux de la vie de Al, dans le roman, sont aisément identifiables : l’hôpital, Santa Cruz, la description du campus, le «Jury Room » bar fréquenté par la police et par Al, la ferme des grands-parents etc, etc …

Tout comme de nombreux épisodes de la vie de Al décrits par M.D ont bien été vécus par le véritable Ed : travail à la lingerie de l’hôpital, son intérêt pour l’étude de la psychiatrie au point d’aider les psys à faire passer les tests aux nouveaux arrivants, son goût pour la moto, ses accidents, son obsession pour entrer dans la police ou pour s’engager au Viet-nâm … mais pourquoi, M.D a-t’il changé la date de l’assassinat des grands-parents? pourquoi lui invente t’il une liaison avec la fille du policier ? Pourquoi avoir changé le lieu de l’arrestation de Al ? Pour ne citer que ces 3 exemples dans le roman.

Peut-être pour mieux apprécier ce roman de Marc Dugain, je n’aurais pas dû lire, dans la foulée, le portrait du vrai Ed Kemper par Stéphane Bourgoin basé sur des documents officiels, des comptes-rendus de procès, des rapports de police, de psychiatres ou, même, d’interwiews de E.K.

L’écriture de Marc Dugain n’en reste pas moins agréable à lire et, pour terminer sur une note positive, il en profite pour nous emmener faire une promenade dans une période des Etats-Unis où tout bascule : non-conformisme,musique, drogues, anti-militarisme, retour à la nature, grands espaces …

Folio, 2013, ISBN 978-2-07-045353-5, 421 pages