« Le docteur Thorne » d’Anthony Trollope

Ce mois-ci, notre découverte des classiques nous emmène en Angleterre et/ou aux Etats-Unis (avec deux magnifiques logos <3).

J’ai choisi Le docteur Thorne d’Anthony Trollope, un roman qui attendait dans ma PAL depuis que je l’avais gagné chez Titine lors d’une session du mois anglais (qui reprend d’ailleurs en juin mais je sais que je n’aurai pas le temps d’honorer le challenge, dommage).

Je ne connaissais pas Anthony Trollope, qui est pourtant un grand auteur anglais du 19è siècle (1815-1882). Il a écrit près de 50 romans , beaucoup de nouvelles et son oeuvre se distingue surtout par deux cycles de romans : le monde provincial dans le comté imaginaire de Barset et la vie politique à Westminster.
Le docteur Thorne s’inscrit dans le premier et comme les autres romans qui le composent, il peut être lu indépendamment.

Le docteur Thorne est un médecin célibataire, qui avait un frère autrefois, son opposé. Le docteur est un homme travailleur, bon, mesuré, loyal. Son frère Henry dépensait à tout va, buvait, et n’avait pas un bon fond. Il s’est entiché d’une jeune femme apprentie et l’a mise enceinte. Lorsque son frère l’a appris, il est allé dire à Henry ce qu’il en pensait mais l’altercation a mal tourné et Henry est mort. La jeune femme avait par chance un admirateur qui lui a offert un mariage et une vie de famille, à condition que ce soit sans l’enfant à naître. Et c’est ainsi que le docteur Thorne a pris sous son aile le bébé, Mary, et l’a accueilli chez lui comme sa nièce à ses 13 ans, sans que personne ne sache véritablement qui elle était.

La jeune Mary était très bien accueillie chez le squire local, un ami proche du docteur, et elle évoluait dans ce cadre et dans ce milieu sans qu’on ne marque une différence entre elle et les autres enfants. C’est auprès de Béatrice, une des filles, qu’elle a trouvé une meilleure amie. Mary est devenue une jeune femme heureuse, entourée et aimée, très proche de son oncle.

Le squire appartient à une très veille famille, avec des terres et de l’argent. Mais il n’avait pas la gestion dans le sang et a fait des mauvais choix, qui l’ont ruiné petit à petit. Il n’a plus rien à laisser à son unique fils, Frank, qui est condamné à épouser une fortune pour sauver et sa famille et leur domaine.

Il y a des chances que vous voyiez la suite de l’histore venir gros comme une maison : Frank est amoureux de Mary et compte bien faire triompher son amour. Tant pis pour le domaine, le nom, l’argent. Il peut bien travailler, prendre une ferme, peu importe tant qu’il passe le reste de sa vie aux côtés de Mary. Ce qui n’est pas du tout l’avis de sa famille !

Le docteur Thorne serait-il un roman d’amour de 761 pages ? Oui, puisque que l’histoire d’amour entre Mary et Frank est au coeur de l’intrigue. Mais (heureusement !), il n’y a pas que ça.

C’est aussi une immersion totale dans la vie provincale du début du 19è. En introduisant peu à peu ses personnages, Anthony Trollope plante bien le décor : les tories, les whigs, les élections, la place de chacun selon son rang etc. Pour le lycéen obligé de lire ces passages descriptifs ce sera sans doute barbant, mais pour celui qui aime qu’on reconstitue fidèlement le décor et l’ambiance, c’est passionnant.

Les personnages sont aussi plus intéressants les uns que les autres, premiers comme seconds rôles. Mais même s’ils ont des caractères francs, ils ont du mal à sortir de la case dans laquelle chacun doit être. Et malgré toute la considération que les membres de la famille du squire ont pour Mary, personne ne veut la faire entrer dans la famile, surtout pas Lady Arabella, la mère de Franck, qui se rend malade avec cette histoire.

La vraie originalité de ce roman, c’est le style Trollope. Je ne me souviens pas avoir rencontré ça chez les auteurs classiques : il s’adresse au lecteur et s’autorise à coucher sur le papier des pensées qui devraient à priori ne pas être intégrées au roman.

J’ai le sentiment qu’il y a lieu de s’excuser quand on commence un roman par deux longs chapitres sans action, remplis de descriptions. J’ai tout à fait concience du danger qu’il y a à procéder ainsi. Ce faisant, j’enfreins la règle d’or qui nous impose à tous un début rapide, une règle dont la sagesse est reconnue par tous les romanciers, y compris par moi-même. On ne peut pas s’attendre à ce que les lecteurs acceptent d’aller jusqu’au bout d’un roman qui offre si peu d’attraits dans ses premières pages, mais j’ai beau tourner la question dans tous les sens, je ne puis m’y prendre autrement.

Plus loin, il met en doute ses compétences sur des détails de droit, et soulève l’idée qu’il serait bon pour les auteurs d’être conseillés par un avocat unique qui les aiderait à donner des informations véridiques dans leurs romans.
Ses remarques en voix-off sont inhabituelles et c’est assez plaisant, car l’effet est que cet homme du 19è siècle nous parle directement. On a l’impression qu’il se penche au-dessus de notre épaule pour nous dire « là, vous voyez, j’ai voulu… ». Cela créé un lien très particulier entre l’auteur et le lecteur.
Et cest un coquin, car 150 pages avant la fin du roman, il fait semblant de divulgacher ! J’ai failli tomber dans le panneau.

Si je dois résumer ce roman, cela peut tenir en une phrase : « comment Frank a décidé d’épouser Mary contre l’avis de sa famille et comment le destin lui a montré qu’il a eu raison ». Mais c’est une histoire, un contexte et une écriture bien au-delà de ce simple énoncé. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, merci à Titine sans qui je pense que je n’aurais jamais découvert Trollope

Voilà pour ma lecture anglaise, demain nous partons aux Etats-Unis pour ma lecture américaine, aux côtés de Moka et Fanny et des autres participant(e)s.

Points, 2014, ISBN 978-2-7578-4277-5, 781 pages, 9€

16 réflexions au sujet de « « Le docteur Thorne » d’Anthony Trollope »

  1. Alors là c’est une vraie découverte ! Je ne connais ni l’auteur, ni ce roman. Il faut dire qu’en littérature anglaise, j’ai quelques manquements!

    Merci de te joindre à nous et de nous offrir un roman inattendu.

    1. Merci à toi et Moka pour ce challenge qui me pousse à sortir de ma PAL ces classiques qu’il me fallait absolument dépoussiérer 🙂 Je me régale et je m’amuse beaucoup !

  2. Comme Fanny, la découverte est totale ! (J’aime définitivement ce RDV.)
    Je ne connais ni le titre, ni l’auteur et tu me donnes bougrement envie de m’y frotter !
    C’est marrant mais ce côté à vouloir interpeller le lecteur me fait penser (dans une moindre mesure) à Jacques le Fataliste.

    À demain pour une échappée américaine !

    1. Je suis particulièrement heureuse de t’avoir fait découvrir un classique anglais que tu ne connaissais pas ! Et qui je pense te plairait beaucoup.
      Ma lecture de Jacques le Fataliste remonte à trop loin pour que je me souvienne que là aussi Diderot interpellait le lecteur, mais ça ne m’étonnerait pas que ce soit également le cas.
      A demain de l’autre côté de l’Atlantique 😀

  3. Lu et beaucoup aimé mais je suis une inconditionnelle de la littérature anglaise et ces ambiances si particulières, l’observation et la psychologie des personnages. Moi aussi j’ai aimé qu’Anthony Trollope s’adresse au lecteur donc à moi et je dois avouer que sa première intervention m’a surprise et j’ai pensé ….. Chouette il me parle, il s’adresse à moi, nous sommes vraiment en relation 🙂

    1. C’est exactement ça, il nous donne l’impression de nous accompagner tout au long de la lecture. Il se tisse un lien particulier, en tête à tête. J’ai trouvé cette façon de raconter absolument géniale, cela rend le récit tellement vivant !
      Et comme toi, j’aime beaucoup ces ambiances so British.

  4. Je ne connais Trollope que de nom, je n’ai jamais franchi le cap car j’avais un peu de m’ennuyer. Et au final, c’est plutôt les interpellations du lecteur dont j’ai peur de me lasser. Un jour peut-être qui sais… en tout cas, c’est chouette de pouvoir rediscuter des classiques grâce à ce rdv.

    1. Oui, c’est super de pouvoir échanger sur toutes ces œuvres et tous ces auteurs !
      Je comprends ton appréhension pour Trollope, je l’ai lu à un moment où j’étais très réceptive, mais c’est un roman qui aurait facilement pu m’ennuyer à une période moins opportune.

A vous les micros !

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