« Sur la tête de la chèvre » de Aranka Siegal

50315_300joli-coeurRoman jeunesse, dès 11 ans

Piri est encore une toute jeune fille quand le nazisme vient frapper à sa porte. Jusque-là, elle vivait heureuse avec ses parents, son frère et ses sœurs. Comme chaque été, elle part à la campagne chez sa grand-mère avant de reprendre l’école. Mais la rentrée tarde à venir. Il vaut mieux rester dans ce coin de Hongrie reculé.

Les nouvelles arrivent lentement et elles ne sont pas bonnes. Les Allemands gagnent du terrain et enrôlent d’autres pays. Le père de Piri et son beau-frère doivent aller se battre. Il y a aussi une crainte, celle qu’on s’en prenne aux juifs, les boucs émissaires habituels comme le rappelle la grand-mère de Piri. Et malheureusement, elle avait raison.

A travers le personnage de Piri, c’est sa propre histoire que Aranka Siegal raconte. Depuis ces fameuses vacances dans la ferme de sa grand-mère, les dernières, jusqu’à la déportation. Entre temps, elle nous parle avec une naïveté d’enfant de plus en plus lucide de la peur, des privations, des tickets de rationnement, des combines pour ne pas trop souffrir, des rendez-vous clandestins menés par les opposants au régime nazi.

Ce qui m’a particulièrement frappée dans ce roman, c’est qu’il n’y a aucun voile mis sur les événements pour ménager les jeunes lecteurs. A l’instar d’Anne FranckAranka Siegal raconte ce qui s’est passé, les peurs, les pleurs, le désespoir. Et aussi les petits moments de bonheur, l’espoir malgré tout, les mains tendues. Malgré les années qui la séparent de sa jeunesse, l’auteure a su se remettre dans ses chaussures d’enfant pour rendre compte de ce qu’elle a vécu comme elle l’a vécu à l’époque. C’est un récit qui sonne juste et qui permet à tout le monde de se mettre à la place de cette jeune fille heurtée de plein fouet par des problèmes qu’aucun enfant (ni même adulte à vrai dire) ne devrait subir. Piri ayant été élevée dans une famille juive moderniste, c’est-à-dire de façon laïque, ne célébrant que les grandes fêtes juives, ne comprend pas pourquoi tout à coup elle qui était avant tout hongroise devient désormais avant tout une juive.

De plus, ce témoignage permet d’aborder la question de la Shoah sous un angle nouveau, celui d’une Hongroise résidant dans un bout de pays convoité par trois nations, si bien que les habitants comprennent aussi bien le hongrois que l’ukrainien, voire même le roumain. Et pour certains, comme la grand-mère de Piri, le yiddish. Cela permet aux lecteurs à qui on a expliqué les choses de façon simplifiée en général (les méchants Allemands contre le reste du monde pour caricaturer) de comprendre que les enjeux nazis dépassaient les frontières de l’Allemagne pour empiéter sur l’Europe centrale.

Évidemment, c’est un récit peu réjouissant. Mais grâce à la légèreté de Piri, sa naïveté d’enfant et sa famille attachante, on ne se morfond pas à chaque page. Les émotions sont bien là mais elles ne nous submergent pas. C’est un dosage très subtil qui permet de savoir et de comprendre sans subir la lecture. Quant à la fin de l’histoire, celle qui parle de l’épuration à proprement parler, l’auteur l’élude, pour son bien et celui de ses lecteurs : « Repenser à la façon dont ma mère, mes sœurs, mon frère et ma grand-mère ont été assassinés est insupportable. Je ne peux pas le coucher sur le papier ni le donner à lire à mes jeunes lecteurs. Ce que je peux faire, en revanche, c’est leur montrer à quoi mènent les préjugés. Si nous n’apprenons pas du passé, il se répétera. ».

Pour tous les parents qui souhaitent sensibiliser leurs enfants à la question de la Shoah, Sur la tête de la chèvre (référence biblique) est un nouvel incontournable.

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Folio junior,2017, ISBN 978-2-07-509077-3, 336 pages, 8,50€

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« Le koala tueur et autres histoires du bush » de Kenneth Cook

81I7lbI76sL.jpgjoli-coeurJ’ai acheté ce livre il y a quelques années et je n’avais jamais pris le temps de m’y intéresser. Avec les transports en commun et donc la nécessité de glisser dans mon sac un livre qui ne prend pas trop de place et qui se lise facilement, mon choix s’est porté sur ce recueil de nouvelles.

C’était à la fois une bonne idée parce que ces nouvelles m’ont fait passer un super moment, et à la fois pas tant que ça parce que je ne vous dis pas le nombre de fois où j’ai dû me retenir de rire.

Car ces nouvelles sont super drôles. Toutes racontées à la première personne, elles laissent supposer que ces histoires sont vraiment arriver à Kenneth Cook. Et parfois c’est tellement improbable qu’on en doute, mais à la réflexion… pourquoi pas après tout ? Pourquoi ne serait-il pas fait mordre les boulettes par un koala ? Pourquoi ne se serait-il pas retrouvé confronté à deux gars prêts à découper la peau d’un crocodile qui avait mangé leur copain ? Pourquoi n’aurait-il pas administré un lavement à un éléphant ? Il raconte tout ça en se rendant lui-même compte qu’on risque de ne pas le croire. Alors on a envie de le croire !

Ces histoires du bush sont dépaysantes, avec des serpents mortels, des aborigènes, le désert, des pubs au milieu de nulle part, une chaleur accablante, des crocodiles, des koalas évidemment… On voit plein de choses qui nous sortent de notre quotidien !

Et le meilleur, c’est l’écriture. Kenneth Cook fait preuve d’autodérision et d’un humour corrosif à-propos. Il n’en fait jamais trop, c’est dosé pile-poil, on se régale. Il se moque de son embonpoint, de sa frousse, de sa crédulité. Et il y a un comique de situation qui semble naturel, pas forcément travaillé, qui fait mouche à tous les coups. Quand j’ai vu mon homme rire à son tour après que je lui ai conseillé de le lire, j’étais contente de ne pas avoir survendu l’affaire : c’est vraiment super drôle. Et les chutes (le sine qua non d’une nouvelle réussie) sont extras.

Moi qui pensais le lire vite fait et le déposer dans une boîte à livres, c’est raté. Je vais le garder précieusement ce recueil, il est extraordinaire. L’auteur, décédé depuis de nombreuses années, a publié d’autres ouvrages que je ne vais pas tarder à me procurer.

Le Livre de Poche, 2011, 978-2-253-13310-0, 224 pages, 6,10€

 

 

 

« Facteur pour femmes » de Didier Quella-Guyot & Sébastien Morice

9782818934135.jpgCa y est, c’est officiel. La guerre est là. Elle sera courte, ce n’est qu’un au revoir, mais les hommes doivent quitter leur île bretonne pour rentrer dans les rangs de l’armée. Les femmes sont désormais livrées à elle-même. En plus de s’occuper des enfants et de la maison, elles doivent prendre la relève de leurs maris pour les travaux des champs et tout ce qui s’ensuit.

Maël est le seul jeune gars du village à échapper à la mobilisation, à cause de son pied bot. Il vit seul avec son père, qui le méprise car sa femme est morte en couches, donc à cause de lui. Ce père le traite comme un moins-que-rien et n’a de cesse de le rabaisser devant les autres.

Mais avec la guerre, tout va changer. Maël se voit confier la difficile mission de facteur et doit parcourir plusieurs fois par semaine toute l’île pour distribuer le courrier. C’est le seul homme jeune que les femmes voient. Et cette courte guerre n’en finissant pas, elles commencent à être émoustillées par la présence de cette chair fraîche et masculine à portée de main. Maël, qui a toujours été méprisé par son père ou moqué par d’autres, reprend alors confiance en lui alors que les femmes lui ouvrent leur coeur (pour rester polie).

Et elles le lui ouvrent d’autant plus facilement que Maël, gardien des messages des fiancés et maris, profite de sa situation pour lire les courriers, cacher les mots d’amour des uns et découvrir les secrets des autres. C’est un malin, ce Maël ! Peu scrupuleux, malhonnête, mais malin.

Dans cette BD, nous avons donc un facteur qui butine auprès de femmes rendues volages par les circonstances. Les journées sont difficiles, le moral bas, les nouvelles des hommes terribles. Et puis il y a justement cette opposition entre cette parenthèse de désir et de luxure d’un côté pendant que de l’autre les maris participent à une horreur dont jamais ils ne se remettront, s’ils reviennent un jour.

Si c’est justement ce contraste qui m’a mise mal à l’aise, cela n’a duré qu’un temps. En réalité je suis tombée sous le charme de cet album, touchant, qui pour commencer est d’un esthétisme sublime. Et j’ai finalement beaucoup d’affection pour Maël qui a pris sa revanche sur la vie, pas de la façon la plus loyale qui soit, mais il aura fait du bien au moral de nombreuses femmes. Chacune s’est sentie unique et a pu s’échapper de son quotidien.

Sans compter que cette histoire s’inscrit dans une autre, plus contemporaine, qui n’est pas dénuée de sel ni de charme.

Donc je remercie les copains du mercredi pour m’avoir fait découvrir cette BD et mon Amoureux pour me l’avoir offerte à Noël ❤

 

 

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Grand Angle, 2015, ISBN 978-2-8189-3413-5, 111 pages

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« Vazahabe » de Denis Vierge

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Quand un dessinateur voyage, ça peut donner des carnets de voyage, mais ça peut aussi donner une histoire.

Celle-ci se passe à Madagascar. Monsieur Camier arrive de France pour chercher sa femme, malgache, qui est revenue au pays visiter sa famille mais n’est jamais revenue. Il se trouve que les deux tourtereaux ne sont pas tombés amoureux l’un de l’autre dans la minute, il s’agit plutôt d’un échange de bons procédés. Je t’offre un cadre de vie confortable en échange d’une vie maritale paisible et affectueuse. De là à penser que la belle s’est fait la malle la première occasion venue, il n’y a qu’un pas. Mais Guy connait Marie-Belle, il est sûr qu’elle ne lui aurait pas fait un coup pareil. Alors aidé d’un ancien légionnaire et d’un chauffeur du crû, il part en quête de sa douce.

Et c’est ainsi qu’on est trimballés dans un village puis dans un autre. Il court il court le furet… C’est très sympathique à suivre et de plus en plus intrigant. Mais où est donc passé Marie-Belle ? Il nous fait de la peine ce pauvre Camier, tout vieux et bedonnant, qui s’accroche à sa femme malgré ce qu’il apprend au fur et à mesure.

Cette lecture dépaysante m’a bien plu. A la fin de ma lecture j’ai trouvé le comportement des malgaches caricatural, avec tous ces profiteurs qui abusent de la peine et de la générosité de Camier. Mais finalement, avec les croquis et notes de voyage en fin d’ouvrage, je me dis que Denis Vierge a rapporté ce qu’il a vu sur place. Et puis l’honnêteté c’est bien joli mais quand on a faim, ça ne nourrit pas son homme.

Je ne suis pas trop fan des dessins mais ça ne m’a pas dérangé. J’ai été séduite par le scénario et l’immersion culturelle, notamment avec le dialecte local.

Un bémol ceci dit : c’est agaçant de s’apercevoir une fois l’histoire finie qu’il y avait un gloassaire en fin d’ouvrage pour comprendre certaines expressions et certaines scènes nécessitant une explication contextuelle. Personnellement, quand c’est fini c’est fini, je ne vais pas aller chercher à telle ou telle page davantage d’explications. Cela aurait été sympa de préciser en première page que ce glossaire existait…

Mais sinon c’était bien 😉

Editions Paquet, 2010, ISBN 978-2-88890-347-5, 128 pages

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« L’adoption T1 & T2 » de Zidrou & Arno Monin

 

Ca y est, j’ai lu mon premier Zidrou ! Enfin, à ma connaissance. Depuis le temps que j’en entends parler. Et ce diptyque, pareil, je l’ai pas mal vu sur la blogo ! Donc voilà, c’est fait, je suis contente.

Mais venons-en aux faits.

Dans le premier volet, un séisme a ravagé la ville d’Arequipa, au Pérou. Bilan : des milliers de morts. Quelques temps plus tard, Lynette et Alain, le fils de Gabriel et « mamie Rysette », rentrent du Pérou où ils ont adopté la petite Qinaya, 4 ans. Elle n’a plus de parents. Le couple n’a jamais pu avoir d’enfants et a profité de la catastrophe pour combler un vide tout en permettant à une orpheline de retrouver l’amour d’une famille.

Gabriel est au centre du récit. Ce grincheux, ancien boucher qui n’a pas vu ses enfants grandir, était contre cette adoption jusqu’à ce qu’il accepte de rompre cette froideur dont personne n’était dupe. Il a un coeur en caramel mou et s’attache énormément à la petite.

J’ai beaucoup aimé l’esprit caustique de Gabriel et ses réparties, qui m’ont fait penser aux Vieux fourneaux, car lui aussi a sa bande de copains (un trio également) et on retrouve des similitudes dans leur camaraderie. La petite Qinaya est attachante comme tout, toute mignonne, fragile et rigolote. Elle fait le bonheur de sa nouvelle famille.

Et puis il se passe un drame, un drame qui m’a donné envie de chouiner et heureusement que j’avais le deuxième tome sous la main, sinon j’aurais fait un sort à mon Toblerone.

Alors, ce deuxième tome… bien, je suis déçue. Peut-être justement parce que j’étais encore sous le coup de l’émotion et que j’aurais aimé une belle histoire pour que Zidrou me mette un pansement dessus. Et en toute franchise, il y a une belle histoire, simplement ce n’était pas celle que je voulais. Mais je ne veux pas expliciter car si je raconte, je vous gâche la surprise du drame, tellement inattendu qu’il ne faut surtout pas le savoir en avance.

Disons simplement que le deuxième tome est encore centré sur Gabriel mais qu’il part en voyage au Pérou, où il rencontre Marco, un Belge à la recherche du corps de sa fille depuis le séisme. Les deux comparses font se faire du bien à l’âme et Gabriel va comprendre où sont les vraies valeurs et qu’il faut dire aux gens qu’on aime qu’on les aime.

En définitive, j’ai énormément aimé le personnage de Gabriel, parce que j’adore les bougons (dans les fictions, je précise). J’ai été attendrie par la jolie relation qu’il tisse avec Qinaya. L’humour de Zidrou m’a enthousiasmée. Les planches d’Arno Monin m’ont enchantée. Tout cela enjolive et fait passer la pilule de cette histoire qui au final, est quand même assez triste.

Grand Angle, 2016 et 2017, 70 et 67 pages, 14,90€

 

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