« Le cri » de Nicolas Beuglet

le-cri.jpgPar une nuit glaciale, à Oslo, un patient se « suicide » dans un hôpital psychiatrique. Le gardien l’a vu s’étrangler sur une vidéo de surveillance. Sarah Geringën, inpectrice, est dépêchée sur les lieux et trouve aussitôt que des choses ne collent pas : les témoignages des surveillants, le comportement du directeur, le dénuement de la chambre du patient… Le médecin légiste qui l’accompagne note aussi des faits étranges. Bizarre aussi, la cicatrice ancienne 488 visible sur le front du mort.

Pour tout vous dire, en lisant le résumé qui commençait ainsi, je m’attendais à un huis clos. Et j’adore les huis clos. Mais c’était une interprétation de ma part, car rapidement, Sarah part sur la piste d’un laboratoire français et… C’est là que nous comprenons que le mystère de la chambre vide est en fait mystère d’une dimension bien supérieure et orchestré à une échelle presque gouvernementale.

Ce roman est finalement un thriller scientifique, mettant en scène la taciturne Sarah, une femme impassible et peu loquace qui dissimule des blessures profondes, et un journaliste d’investigation qui va devoir jouer un rôle très important malgré lui. Tous deux vont remonter la piste de ce patient 488 et aller de découverte en découverte.

Le coeur du projet ne sera révélé qu’après de nombreuses péripéties, apparemment étayé par des découvertes scientifiques réelles. Le vrai ou le faux, je m’en fiche un peu. J’ai trouvé cette histoire bigrement bien fichue et palpitante. Sarah et Christophe sont attachants, chacun à leur manière, et on tremble avec eux et pour eux.

Ce n’est donc pas le huis clos que j’attendais mais je ne suis pas du tout mécontente de ma lecture !

France Loisirs, 2017, 496 pages, 19,90€

 

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« La fille sous la glace » de Robert Bryndza

la-fille-sous-la-glace.jpgUn ancien comédien qui a écrit des comédies romantiques ? Et qui écrit avec La fille sous la glace son premier thriller ? Etonnant, mais pourquoi pas ? On n’est pas à l’abri d’une bonne surprise.

Résumé (emprunté à l’éditeur) : Encore marquée par la mort en service de son mari, l’inspectrice en chef Erika Foster découvre son nouveau poste dans un commissariat de Londres. Premier jour, première affaire et non des moindres : le corps d’Andrea Douglas-Brown, fille d’un riche industriel, a été retrouvé dans le lac gelé du Horniman Museum de Forest Hill. Que faisait la jeune femme mondaine dans ce quartier mal famé ?
Effondrée par la disparition d’Andrea, sa famille semble pourtant redouter ce que l’enquête pourrait dévoiler d’eux. Hasard ? Vengeance ? Crime passionnel ? Pour faire éclater la vérité, Erika Foster devra faire la lumière entre règne des apparences et sombres secrets.

Mon avis : très très bien !

Tout y est dans ce polar glaçant. Un crime, plusieurs suspects qui changent à tour de rôle, une enquêtrice charismatique qui reste le gros point fort de ce roman. Elle est dans une position très délicate, encore traumatisée par le rôle qu’elle a joué dans la mort de son mari. Son leitmotiv ? La justice. Et quand le père d’Andrea harcèle son patron pour orienter l’enquête dans un sens ou dans l’autre, elle rentre dans le tas quitte à se faire mal pour démasquer le coupable.

J’ai beaucoup aimé l’ambiance londonienne, le brouillard, la différence de traitement entre les riches et les pauvres.

Mon Amoureux et moi on l’a tous les deux lus en trois jours parce que le rythme y est et que c’est un page-turner, construit comme tel. Pour un premier polar c’est un sans-faute pour Robert Bryndza.

France Loisirs, 2017, 512 pages, 18,99€

 

Magazine Happinez n°27

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On m’a fait une proposition originale cet été : recevoir un magazine. Cela reste de la lecture, mais on est loin du roman. Pour être honnête, le seul magazine que je lis c’est le Lire que je reçois dans ma boite aux lettres. Je ne vais jamais dans les maisons de la presse et assimilés et je ne sais absolument pas ce qui se fait aujourd’hui.

La présentation du magazine Happinez m’a alléchée, car il s’agit d’articles en lien avec le développement personnel, le bien-être, le bio… Des thèmes que j’affectionne même si j’en parle peu ici.

Le magazine s’ouvre avec des images magnifiques, très colorées, venues du Guatemala. Ca met déjà de bonne humeur 🙂

DSC_0348.JPGViennent ensuite différents articles, tels que la joie de vivre et comment la trouver, ce que votre bucket list dit de vous et quel rôle peuvent jouer les listes dans nos vies, la créativité de l’amour charnel… Ce qui ressort souvent c’est le bienfait de la pleine conscience, qui consiste à faire les choses en se concentrant sur le moment présent. Apprécier le chant des oiseaux, le souffle du vent, le rire d’un enfant, une posture de yoga… Il y a aussi évidemment le recours à la nature pour se ressourcer et puiser une énergie postivie.

On trouve aussi des inteviews de personnes qui d’une manière ou d’une autre vont dans le sens du bonheur. Jane Goodall qui s’est épanouie en étudiant les chimpanzés et vante l’observation des animaux pour atteindre la sagesse ; un journaliste qui fait un stage de pleine conscience dans un cadre paradisiaque, isolé dans un bateau avec un groupe de participants ; Claire Eggermont, cofondatrice du mouvent Colibris (Pierre Rabhi), qui parle du besoin de trouver son chemin intérieur et du courage qu’il faut pour le suivre.

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Il y aussi plein de petits articles sur des actualités : événements, parutions de livres, mouvements associatifs… De quoi prendre des notes et aller voir de plus près ce qui se passe près de chez nous ou dans nos librairies.

Il n’y a guère que l’article sur les rituels d’été qui ne m’a pas plu, trop mystique à mon goût. Et côté shopping, il y a des idées intéressantes, mais d’autres qui sont plutôt adaptées aux bobos (entendez par là qu’il faut avoir les moyens).

La lecture de ce numéro de Happinez était donc une bonne expérience. J’y ai retrouvé ce que j’en attendais : des articles bien écrits, des photos magnifiques, des idées pertinentes. Il s’en dégage de la sérénité et de la bonne humeur, et ça ne peut pas faire de mal 🙂

Merci à Pauline pour l’envoi de cet exemplaire !

 

 

 

« Petit jardin de poésie » de Robert Louis Stevenson & Ilya Green

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Nous connaissons tous Robert Louis Stevenson pour L’île au trésor ou L’Étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde. Mais qui sait qu’il a aussi publié un recueil de poèmes dédié à l’enfance ? Ce magnifique ouvrage nous donne l’occasion d’aller à la rencontre de certains de ces textes, soigneusement choisis et magistralement traduits par Christian Demilly aux côtés d’autres titres de la collection simplement nommée La collection.

La collection a pour ambition d’aller piocher des textes du patrimoine littéraire et de leur offrir un regard contemporain grâce à un illustrateur et de les mettre à la portée des enfants. Pour leur montrer délicatement le chemin de la littérature.
C’est aussi un jeu et un défi pour l’illustrateur, qui a une contrainte de temps (une semaine) et de couleurs (jusqu’à 4 seulement) pour livrer ce que les textes lui ont inspiré. Le but étant d’aller puiser dans ses ressources pour trouver rapidement la bonne idée qui fera mouche.

Le pari est réussi pour Ilya Green, dont les illustrations très douces, délicates, harmonieuses, toutes en rondeur font parfaitement écho aux poèmes de Robert Louis Stevenson. C’est la porte d’entrée d’un monde enfantin et bienveillant. Les textes de Robert Louis Stevenson réveillent des sensations oubliées pour les adultes et font appel à l’imagination folle dont les enfants savent faire preuve au quotidien. Un bateau fait de chaises empilées et de coussins, l’ombre qui nous suit, le jardin qui devient un royaume… Pour tous ces poèmes, l’auteur s’est simplement inspiré de l’environnement d’un enfant et y a distillé un regard féérique.
C’est un ouvrage court mais intense, qui laissera une forte impression à qui aura la chance de le lire. Les adultes y trouveront certainement de la nostalgie et les enfants y retrouveront leurs jeux.
Bravo aux éditions Grasset Jeunesse pour cet album magnifique !
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Photo empruntée à Mya’s Books (http://mya.books.over-blog.com/2017/08/petit-jardin-de-poesie.html)

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Grasset jeunesse, 2017, ISBN 978-2-24686053-2, 32pages, 19,90€

« Baad » de Cédric Bannel

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41+48bMHe3L._SX195_joli-coeurNouveau roman reçu dans le cadre de ma participation au Prix Meilleur Polar Points, nous embarquons cette fois pour l’Afghanistan. Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais j’ai du mal à me figurer l’Afghanistan avec un service de police compétent, intègre et juste. A en croire Cédric Bannel, je n’ai pas franchement tort.

Cet auteur est un énarque touche-à-tout : politique, business, voyages…

« Un article dans Libération sur l’Afghanistan m’a donné l’idée de ce personnage. J’ai découvert le pays il y a huit ans, un vrai coup de foudre, et j’y retourne régulièrement. » (L’Express, 5 juin 2016). On peut donc faire confiance à Cédric Bannel pour savoir de quoi il parle quand il écrit ses enquêtes à Kaboul.

Sauf erreur, Baad est le quatrième roman mettant en scène le Qomaandaan Oussama Kandar, chef de la brigade criminelle de Kaboul, et son équipe. Un crime horrible a eu lieu : une jeune fille est retrouvée nue, le pubis rasé, le coeur perforé avec un outil tranchant. Bientôt, c’est une autre fille qui est découverte. Et alors qu’Oussama mène son enquête, nous savons qu’une autre fille, Badria, risque elle aussi la mort chaque jour qui passe.

Si on s’attarde sur l’enquête, rien à redire. C’est bien construit, inquiétant, répugnant même quand on sait qu’il y a viol. C’est un polar très efficace que j’ai pris grand plaisir à retrouver dès que je rouvrais mon livre. L’histoire est dense car nous suivons aussi un ex-agent des services secrets contrainte (sous peine de voir sa famille mourir) de débusquer un des ennemis de la mafia italienne. Oui, je sais : qu’est-ce que ça vient faire là-dedans ? Ha ha, quand vous verrez la tournure que prend le récit, vous serez tout aussi ravis que moi. L’histoire est géniale.

Si on parle de ce que ça dit de l’Afghanistan, waouh ! On passe au cran supérieur. J’ai été absolument happée par ce que Cédric Bannel nous livre. Il adore ce pays, d’accord. Mais pour le coup il ne fait aucune concession. Et pourtant, il ouvre son roman avec une courte introduction nous avertissant que la vision du pays « ravagé par les guerres, la pauvreté et le fondamentalisme religieux » est « relativement simpliste ». Que les Afghans ‘incarnent le courage et l’espoir ».
Très sincèrement, ce n’est pas ce que j’ai retrouvé dans ce roman. Je pense qu’amoureux de ce pays il en a une vision idéalisée mais qu’heureusement, le naturel revient au galop dans son écriture et qu’il nous étale les travers de l’Afghanistan.
Tout d’abord, la police et la politique sont corrompues jusqu’au trognon. Il y a quand même des hommes droits comme Oussama qui malheureusement doivent aussi composer avec cet état de fait et fermer les yeux sur certaines choses pour pouvoir continuer à exercer.
Le statut de la femme ? C’est indescriptible. Comment peut-on concevoir que les femmes n’existent que dans l’appartenance à quelqu’un d’autre ? Qu’on les tue impunément pour « l’honneur » et que la justice laisse faire ? Ce sont des esclaves qui ne servent qu’à faire à manger, le ménage et à contenter les hommes.
A côté de cela, la femme d’Oussama est une féministe engagée qui doit agir aussi clandestinement que possible.
La religion est omniprésente, et tiens donc, elle n’est pas que paix et amour. Cette éternelle contradiction est encore plus meurtrière dans les pays gouvernés par des religieux.
Et il y a aussi une autre réalité de l’Afghanistan, qui est un pays multi-ethnique où là encore, on a du mal à respecter celui qui n’est pas de la même ethnie. Ceci aussi est très frappant dans le roman.

Pour résumer, j’ai adoré cette lecture, pour tout : l’écriture, la structure, l’enquête à proprement parler, et surtout le contexte culturel et géo-politique passionnant. Pour l’instant c’est mon préféré de la sélection.

Points, 2017, 978-2-7578-6364-0, 490 pages, 8,10€