« Le fleuve des brumes » de Valerio Varesi

imagesLe-fleuve-des-brumesNouveau polar reçu pour la sélection du Prix du Meilleur Polar Points. J’ai commencé à le lire à reculons, toujours déçue par les polars italiens de cet éditeur. Même si les événements prennent place dans le monde moderne, je leur trouve toujours un côté vieillot, avec des vieux messieurs qui jouent aux cartes dans les cafés, un temps maussade alors qu’en Italie il est censé faire un minimum beau quand même et des gens tristes avec des vies tristes.

Et puis voilà, ça n’a pas loupé. Le Pô est en crue, il pleut depuis des jours et des jours, les marins du centre nautique passent leur temps à jouer aux cartes en buvant un coup, les gens sont taciturnes, l’ambiance comme à l’après-guerre. Mes clichés ont la vie dure mais à juste titre.

Donc : les marins du centre nautique sont à l’abri pendant que la tempête fait rage et que les eaux montent dangereusement. Ils aperçoivent de la lumière et une silhouette sur le bateau d’un des leurs, Tonna, un marin aguerri qui sait forcément qu’il se met en danger, surtout quand les autres le voient partir dans les flots. Le lendemain, on retrouve la péniche de Tonna mais lui reste introuvable. La même nuit, son frère s’est defenestré. ou peut-être l’y a-t-on aidé, l’enquête le dira.

Et pour l’enquête, c’est le commissaire Soneri qui s’y colle. Un homme banal, taciturne aussi, qui a pour compagne une nymphomane qui ne pense qu’à faire l’amour dans les endroits les plus insolites possible. Lui et les autres membres de la police ne m’ont pas marquée du tout.

En fait, il n’y a guère que l’enquête qui est sympa, et plus tortueuse qu’à première vue, évoquant des faits de l’histoire italienne très intéressants. C’est ce qui m’a vraiment plu. Pour le reste : l’atmosphère, les personnages et le style, j’ai trouvé que c’était assez fade. Dommage.

Points, 2017, 978-2-7578-6432-6, 284 pages, 7,20€

 

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« Sur cette terre comme au ciel » de Davide Enia

cvt_sur-cette-terre-comme-au-ciel_3255joli-coeurCette année, pour une fois, je ne voulais pas succomber aux nouveautés de la rentrée littéraire 2016. Mais comme aller en librairie à cette époque c’est tenter le diable, je suis repartie ce roman en poche. Je ne le connaissais pas et je me suis donc laissée guider par la couverture, le résumé, et mon intuition.

L’histoire se passe à Palerme, dans les années 80. Davidù est un jeune garçon, qui vit avec sa mère infirmière, est entraîné à la boxe par son oncle, et va souvent voir ses grands-parents. Il traîne avec sa bande de copains. Ca fûme, ça parle filles, ça martyrise le pauvre Gerruso…

L’un des thèmes principaux de ce roman, c’est la boxe. Davidù est neveu d’un boxeur, fils d’un boxeur, qu’il n’a d’ailleurs pas eu l’occasion de connaître. Il porte sur ses épaules le passé de sa famille et compte bien se donner les moyens de leur faire honneur.

On suit ainsi les générations en passant d’une époque à une autre, faisant connaissance avec le grand-père qui a connu les atrocités de la guerre. C’est un peu l’histoire de la Sicile qui nous est contée à travers ces destins. La guerre, les décombres, les destins contrariés, la mafia, la pauvreté. Le contexte dans lequel les personnages évolue est immersif et enrichissant pour le lecteur.

D’autant plus que les personnages ont vraiment des gueules, des Lino Ventura en puissance. Ils ont de l’esprit, de la répartie, le sang bouillonne, c’est brut et rugueux. Le genre de personnalités qu’on adore trouver dans un roman.

Le petit Davidù grandit dans cette ambiance, avec ces figures masculines au-dessus de lui. Ce sont elles qui vont le construire. C’est donc un roman d’initiation dans lequel ont leur place l’amitié et les relations avec les filles. J’ai beaucoup apprécié notamment la relation qui le lie à Gerruso, ce petit gamin souffre-douleur qui finalement sera le seul véritable ami de Davidù.

Bien que ce roman d’initiation m’ait immensément plu, je dois souligner qu’il faut bien suivre car on passe d’une époque à une autre et d’un personnage à un autre sans que cela ne soit toujours flagrant. J’ai pu lire que cela avait gêné certains.

En tout cas pour un roman choisi au pif, je suis très contente de mon choix. Je me suis régalée !

Albin Michel, 2016, ISBN 978-2-226-32881-6, 398 pages, 22€ 

« L’enfant » de Maria Montessori

1507-1.jpgFaut-il encore rappeler qui est Maria Montessori ? Célèbre médecin italien, sa pédagogie, qu’on appelle « méthode Montessori » est connue dans le monde entier.

Maria Montessori fut une des premières à reconnaître l’enfant comme une personne à part entière, avec un caractère propre et des besoins. Chaque enfant est unique et même s’il existe des règles génériques applicables à tous, il faut savoir respecter cette unicité et s’adapter à l’enfant.

Le livre présenté ici a été d’abord publié dans les années 30, époque où le bien-être de l’enfant commençait à rentrer dans les habitudes des adultes mais n’était pas encore bien installé. Comme je l’ai entendu encore il y a peu, il n’est pas si loin le temps où on manipulait le nouveau-né en pensant que ses terminaisons nerveuses n’étaient pas encore formées et qu’il ne souffrait donc pas…

Ce livre est LA grande introduction à la pensée Montessori. Elle traite des thématiques précises sous forme théorique avec des exemples concrets pour appuyer ses explications. Sa grande idée, son fil conducteur dirons-nous, est que l’enfant est un « embryon spirituel » dejà doté des germes de son propre développement et que l’adulte doit agir comme un tuteur pour l’aider à se développer et à grandir en fonction de ce qu’il est, et à créer un environnement favorable pour permettre ce développement.

Pour le profane, même le parent ou futur parent, certains théories peuvent sembler opaques, jusqu’à ce qu’elles les mettent en siuation. Et grâce à ses explications, certaines attitudes sur lesquelles nous ne réfléchissons pas plus que ça prennent une importance particulière. Je pense à cette manie que certains peuvent avoir d’aider un enfant dans une tâche qu’il peine à effectuer seul. Alors qu’en réalité il faut le laisser faire sa propre expérience, se tromper, se corriger, se débrouiller et n’intervenir que s’il le demande.

Il existe de nombreux ouvrages sur la méthode Montessori, qui abordent des points précis et sont des manuels pratiques dans la vie de tous les jours. Mais pour connaître la génèse de cette pédagogie, ce livre republié aujourd’hui est indispensable. C’est la pierre fondatrice de l’édifice, qu’il faut connaître si l’on veut bien comprendre ce qui s’ensuit.

Un ouvrage à avoir dans sa bibliothèque de parents, même si on ne peut pas tout suivre au pied de la lettre.

Merci à Babelio et aux éditions Desclée de Brouwer pour m’avoir permis d’enfin comprendre ce qu’était cette fameuse pédagogie Montessori dont j’avais tant entendu parler !

Editions Desclée de Brouwer, 2016, ISBN 978-2-220-08023-9, 208 pages, 17,90€

« Les braises » de Sándor Márai

41sUj2+D8oL._SX302_BO1,204,203,200_Livre pioché dernièrement dans ma PAL (si on peut encore parler d’une PAL quand on atteint plus de 200 livres), je me suis régalée avec cette histoire d’un auteur hongrois que je ne connaissais pas du tout.

Cela se passe après la deuxième guerre mondiale, dans un village d’Autriche, et plus précisément dans la demeure d’un veuf qui a déjà un pied dans la tombe. Mais la mort ne vient pas, et pour cause ! Il attend quelqu’un. Et un jour, ce quelqu’un s’annonce. Car lui aussi sait qu’il ne pourra jamais quitter ce monde sans cette ultime confrontation.

Il s’agit donc d’un huis-clos, genre que j’aime particulièrement. Il faut une belle maitrise de l’ambiance, du suspense, des dialogues. Et ici c’est une réussite.

L’écriture est riche et belle, l’ambiance oppressante car on comprend peu à peu ce qui se joue entre les deux hommes. Et plus on avance, plus savoureux c’est.

Quel est l’objet de cette confrontation ? Je ne vous dirai rien. Sándor Márai mène trop bien la danse pour que je gâche ses effets.

En tout cas si vous aimez les belles lettres, les huis clos et les atmosphères un peu surannées, je suis sûre que ce roman vous plaira.

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« Le livre des Baltimore » de Joël Dicker

51+p4SqZ+bL._SX343_BO1,204,203,200_joli-coeurAprès avoir découvert Joël Dicker avec La vérité sur l’affaire Harry Québert, je me suis lancée avec confiance dans le dernier roman du jeune écrivain. On y retrouve Marcus Goldman, le personnage principal du premier roman. Ceci dit, nul besoin de l’avoir lu pour découvrir les Baltimore, les deux histoires n’ont rien à voir.

Marcus a entrepris de raconter l’histoire de sa famille. Il y a le grand-père Goldman tout d’abord, qui a eu deux fils. L’un est allé vivre avec sa famille à Montcalm, l’autre à Baltimore. Les Goldman de Baltimore symbolisent la réussite : le succès, l’argent, la belle maison dans un beau quartier, la belle voiture, les super vacances… Les Goldman de Montcalm sont l’inverse, d’où une rivalité au sein de la famille, dans laquelle on se parle peu, ou alors avec des échanges vifs. Le lien entre les deux familles se refera avec les cousins. Marcus est un Montcalm et il adore ses cousins de Baltimore, avec qui il partage de nombreux moments mémorables. Ils sont comme des frères.

Pourtant, on sait dès le début que quelque chose de grave s’est passé dans cette famille. Un drame. Le Drame.

A mesure que Marcus raconte leur histoire, il bascule d’une époque à une autre. Quand son père et son oncle étaient jeunes, quand Marcus était enfant, puis adulte, sans suivre la chronologie des faits mais une logique dont lui seul à la clef puisqu’elle va conduire au Drame et à tout ce qui permet de le comprendre.

Leur histoire est dense, passionnante. Marcus fouille et le vernis se craquelle, révélant une peinture bien moins lisse que ce que laissent croire les apparences.

Ce roman est merveilleusement construit, parce qu’on commence avec une histoire et au bout du compte, la vision qu’on en avait est bouleversée. C’est d’une précision sans faille. Et les personnages sont vivants sous nos yeux, en refermant le livre j’ai le sentiment d’avoir accompagé cette famille durant des années, de les connaître comme si j’avais eu l’occasion de vivre tous les évènements avec eux.

Et on retrouve un ingrédient clé du premier roman : l’effet de surprise. Joël Dicker a le chic pour vous emmener là où on ne l’attend pas.

J’ai adoré, bien plus que La vérité sur l’affaire Harry Québert. Tant et si bien que j’ai déjà envie de le relire.

Editions de Fallois, 2015, ISBN 978-2877069472, 480 pages, 22€

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