« Il était une fois l’inspecteur Chen » de Qiu Xiaolong

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La série consacrée à l’inspecteur Chen compte déjà 9 autres tomes. S’il n’est pas toujours évident de prendre une série en cours de route, dont le personnage et ses péripéties sont déjà censées être connues, cela l’est encore moins lorsqu’un des tomes est un aparté qui revient sur les débuts de ce personnage.

On fait d’abord connaissance avec Chen Cao, qui revient sur ses années d’étudiant, alors qu’il passait ses journées à la bibliothèque de Pékin et qu’il est tombé amoureux d’une des bibliothécaires. Il y évoque la Révolution culturelle, l’éradication des élites intellectuelles en faveur du peuple. Il parle notamment d’un excellent médecin contraint d’abandonner ses patients pour faire le ménage pendant qu’un profane donnait des prescriptions en s’appuyant sur un livre de médecine de campagne.

Vient ensuite cette fameuse première enquête. A la base, rien ne prédestinait Chen à devenir policier. Il a fait des études de lettres, appris l’anglais, et fait des traductions dans le bureau du commissariat. Avec la révolution culturelle, les postes étaient attribués. Il a gagné le droit d’être policier, sans en avoir envie. Mais un crime lui donne envie d’aller voir de plus près ce qui se passe. Un vieil homme a été assassiné alors qu’il sortait d’un copieux et coûteux repas. Les suspects ? La jeune femme qui vivait chez lui et l’aidait au quotidien ; son fils ; sa fille. Chen Cao montre d’emblée des prédispositions pour aller voir les bonnes personnes, poser les bonnes questions, adopter la bonne attitude. Et cette enquête est vraiment sympa à suivre.

Mais ensuite l’auteur raconte comment il a connu dans sa jeunesse un ami qu’il a fini par perdre de vue. Ce n’est pas que c’est inintéressant (quoi que) mais je ne vois vraiment pas le rapport avec le reste. L’enquête de Chen m’ayant particulièrement interessée, le contraste avec cette histoire personnelle est d’autant plus flagrant et malgré mes efforts, je n’ai pas réussi à m’y intéresser.

Etant donné que nous échangeons sur nos lectures de la sélection du Prix Meilleur Polar Points dans le groupe Facebook dédié, j’ai pu noter que ceux qui connaissaient déjà l’inspecteur Chen avaient été sensibles à cet épisode. Et je pense qu’effectivement c’est un prérequis pour pouvoir apprécier l’histoire.

Je garde en tout cas un bon souvenir de l’écriture, fluide et agréable. Je ne me précipiterais pas dessus mais si l’occasion se représente de lire une aventure de l’inspecteur Chen, je retenterais le coup.

Points, 2017, ISBN 978-2-7578-6907-9, 230 pages, 6,80€

 

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« Le fleuve des brumes » de Valerio Varesi

imagesLe-fleuve-des-brumesNouveau polar reçu pour la sélection du Prix du Meilleur Polar Points. J’ai commencé à le lire à reculons, toujours déçue par les polars italiens de cet éditeur. Même si les événements prennent place dans le monde moderne, je leur trouve toujours un côté vieillot, avec des vieux messieurs qui jouent aux cartes dans les cafés, un temps maussade alors qu’en Italie il est censé faire un minimum beau quand même et des gens tristes avec des vies tristes.

Et puis voilà, ça n’a pas loupé. Le Pô est en crue, il pleut depuis des jours et des jours, les marins du centre nautique passent leur temps à jouer aux cartes en buvant un coup, les gens sont taciturnes, l’ambiance comme à l’après-guerre. Mes clichés ont la vie dure mais à juste titre.

Donc : les marins du centre nautique sont à l’abri pendant que la tempête fait rage et que les eaux montent dangereusement. Ils aperçoivent de la lumière et une silhouette sur le bateau d’un des leurs, Tonna, un marin aguerri qui sait forcément qu’il se met en danger, surtout quand les autres le voient partir dans les flots. Le lendemain, on retrouve la péniche de Tonna mais lui reste introuvable. La même nuit, son frère s’est defenestré. ou peut-être l’y a-t-on aidé, l’enquête le dira.

Et pour l’enquête, c’est le commissaire Soneri qui s’y colle. Un homme banal, taciturne aussi, qui a pour compagne une nymphomane qui ne pense qu’à faire l’amour dans les endroits les plus insolites possible. Lui et les autres membres de la police ne m’ont pas marquée du tout.

En fait, il n’y a guère que l’enquête qui est sympa, et plus tortueuse qu’à première vue, évoquant des faits de l’histoire italienne très intéressants. C’est ce qui m’a vraiment plu. Pour le reste : l’atmosphère, les personnages et le style, j’ai trouvé que c’était assez fade. Dommage.

Points, 2017, 978-2-7578-6432-6, 284 pages, 7,20€

 

« Lagos Lady » de Leye Adenle

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51MocXGUWDL._SX195_De retour sur le blog après de gros soucis de connexion Internet (que je soupçonne de ne pas être tout à fait résolus) pour vous parler d’un nouveau titre de la sélection pour le Prix Meilleur polar Points.

Cette fois, la sélection nous emmène au Nigeria. Guy Collins, un journaliste londonien peu aguerri se rend sur place pour couvrir les élections. Plus par bravade que par conviction. Dès le premier soir, il voit le cadavre d’une victime de crime rituel et se fait arrêter en compagnie de nombreux autres badauds. C’est une femme qui va le tirer d’affaire, énigmatique et influente, qui s’est créée un réseau puissant et secret.

Guy n’ose pas dire qu’il n’est qu’un journaliste de seconde zone pour un média très peu connu et fait croire qu’il travaille pour la BBC. La belle Amaka veut donc coopérer avec lui pour révéler au monde ce qu’il se passe au Nigéria, où des prostituées disparaissent du jour au lendemain vraisemblablement pour servir aux crimes rituels.

Je ne sais pas trop quoi dire de ce roman. Ou plutôt, je ne sais pas comment expliquer pourquoi je n’ai pas franchement aimé alors qu’il est plutôt pas mal. J’ai trouvé que ça partait trop dans plusieurs directions sans qu’on comprenne pourquoi, et surtout, la relation entre Amaka et Guy est assez risible (digne d’une romance de gare). Mais j’ai trouvé que le fin mot de l’histoire éclairait d’emblée l’ensemble du roman et que finalement, tout se tenait bien. Mais du coup le plaisir de la lecture est arrivé trop tardivement pour que j’aie envie de le conseiller.

Première déception dans cette sélection, mais tant mieux, cela m’aidera dans mon choix final.

Points, 2017, ISBN 978-2-7578-6404-3, 396 pages, 7,80€

« La fille sous la glace » de Robert Bryndza

la-fille-sous-la-glace.jpgUn ancien comédien qui a écrit des comédies romantiques ? Et qui écrit avec La fille sous la glace son premier thriller ? Etonnant, mais pourquoi pas ? On n’est pas à l’abri d’une bonne surprise.

Résumé (emprunté à l’éditeur) : Encore marquée par la mort en service de son mari, l’inspectrice en chef Erika Foster découvre son nouveau poste dans un commissariat de Londres. Premier jour, première affaire et non des moindres : le corps d’Andrea Douglas-Brown, fille d’un riche industriel, a été retrouvé dans le lac gelé du Horniman Museum de Forest Hill. Que faisait la jeune femme mondaine dans ce quartier mal famé ?
Effondrée par la disparition d’Andrea, sa famille semble pourtant redouter ce que l’enquête pourrait dévoiler d’eux. Hasard ? Vengeance ? Crime passionnel ? Pour faire éclater la vérité, Erika Foster devra faire la lumière entre règne des apparences et sombres secrets.

Mon avis : très très bien !

Tout y est dans ce polar glaçant. Un crime, plusieurs suspects qui changent à tour de rôle, une enquêtrice charismatique qui reste le gros point fort de ce roman. Elle est dans une position très délicate, encore traumatisée par le rôle qu’elle a joué dans la mort de son mari. Son leitmotiv ? La justice. Et quand le père d’Andrea harcèle son patron pour orienter l’enquête dans un sens ou dans l’autre, elle rentre dans le tas quitte à se faire mal pour démasquer le coupable.

J’ai beaucoup aimé l’ambiance londonienne, le brouillard, la différence de traitement entre les riches et les pauvres.

Mon Amoureux et moi on l’a tous les deux lus en trois jours parce que le rythme y est et que c’est un page-turner, construit comme tel. Pour un premier polar c’est un sans-faute pour Robert Bryndza.

France Loisirs, 2017, 512 pages, 18,99€

 

« Baad » de Cédric Bannel

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41+48bMHe3L._SX195_joli-coeurNouveau roman reçu dans le cadre de ma participation au Prix Meilleur Polar Points, nous embarquons cette fois pour l’Afghanistan. Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais j’ai du mal à me figurer l’Afghanistan avec un service de police compétent, intègre et juste. A en croire Cédric Bannel, je n’ai pas franchement tort.

Cet auteur est un énarque touche-à-tout : politique, business, voyages…

« Un article dans Libération sur l’Afghanistan m’a donné l’idée de ce personnage. J’ai découvert le pays il y a huit ans, un vrai coup de foudre, et j’y retourne régulièrement. » (L’Express, 5 juin 2016). On peut donc faire confiance à Cédric Bannel pour savoir de quoi il parle quand il écrit ses enquêtes à Kaboul.

Sauf erreur, Baad est le quatrième roman mettant en scène le Qomaandaan Oussama Kandar, chef de la brigade criminelle de Kaboul, et son équipe. Un crime horrible a eu lieu : une jeune fille est retrouvée nue, le pubis rasé, le coeur perforé avec un outil tranchant. Bientôt, c’est une autre fille qui est découverte. Et alors qu’Oussama mène son enquête, nous savons qu’une autre fille, Badria, risque elle aussi la mort chaque jour qui passe.

Si on s’attarde sur l’enquête, rien à redire. C’est bien construit, inquiétant, répugnant même quand on sait qu’il y a viol. C’est un polar très efficace que j’ai pris grand plaisir à retrouver dès que je rouvrais mon livre. L’histoire est dense car nous suivons aussi un ex-agent des services secrets contrainte (sous peine de voir sa famille mourir) de débusquer un des ennemis de la mafia italienne. Oui, je sais : qu’est-ce que ça vient faire là-dedans ? Ha ha, quand vous verrez la tournure que prend le récit, vous serez tout aussi ravis que moi. L’histoire est géniale.

Si on parle de ce que ça dit de l’Afghanistan, waouh ! On passe au cran supérieur. J’ai été absolument happée par ce que Cédric Bannel nous livre. Il adore ce pays, d’accord. Mais pour le coup il ne fait aucune concession. Et pourtant, il ouvre son roman avec une courte introduction nous avertissant que la vision du pays « ravagé par les guerres, la pauvreté et le fondamentalisme religieux » est « relativement simpliste ». Que les Afghans ‘incarnent le courage et l’espoir ».
Très sincèrement, ce n’est pas ce que j’ai retrouvé dans ce roman. Je pense qu’amoureux de ce pays il en a une vision idéalisée mais qu’heureusement, le naturel revient au galop dans son écriture et qu’il nous étale les travers de l’Afghanistan.
Tout d’abord, la police et la politique sont corrompues jusqu’au trognon. Il y a quand même des hommes droits comme Oussama qui malheureusement doivent aussi composer avec cet état de fait et fermer les yeux sur certaines choses pour pouvoir continuer à exercer.
Le statut de la femme ? C’est indescriptible. Comment peut-on concevoir que les femmes n’existent que dans l’appartenance à quelqu’un d’autre ? Qu’on les tue impunément pour « l’honneur » et que la justice laisse faire ? Ce sont des esclaves qui ne servent qu’à faire à manger, le ménage et à contenter les hommes.
A côté de cela, la femme d’Oussama est une féministe engagée qui doit agir aussi clandestinement que possible.
La religion est omniprésente, et tiens donc, elle n’est pas que paix et amour. Cette éternelle contradiction est encore plus meurtrière dans les pays gouvernés par des religieux.
Et il y a aussi une autre réalité de l’Afghanistan, qui est un pays multi-ethnique où là encore, on a du mal à respecter celui qui n’est pas de la même ethnie. Ceci aussi est très frappant dans le roman.

Pour résumer, j’ai adoré cette lecture, pour tout : l’écriture, la structure, l’enquête à proprement parler, et surtout le contexte culturel et géo-politique passionnant. Pour l’instant c’est mon préféré de la sélection.

Points, 2017, 978-2-7578-6364-0, 490 pages, 8,10€