« Je te vois » de Clare Mackintosh

je-te-vois.jpgAprès avoir lu Te laisser partir qui m’avait énormément plu, j’avais très envie de retrouver Clare Mackintosh avec son deuxième roman : Je te vois.

Zoe Walker emprunte tous les jours le métro londonien pour se rendre à son travail. Toujours le même trajet, la même routine matin et soir. Alors qu’elle rentre chez elle, elle prend le temps de parcourir le journal gratuit London Gazette. C’est là qu’elle tombe sur les petites annonces, notamment coquines, et ce qu’elle voit la stupéfie : c’est sa photo qui illustre un site de rencontres.
Dès lors, Zoe se sent menacée. Elle est persuadée que quelqu’un la suit et lui veut du mal. D’autant plus qu’elle pense avoir reconnu dans l’annonce d’un autre jour une femme qui a été victime d’un vol dans le métro.

Lorsqu’elle appelle la police, c’est Kelly qui prend en charge l’affaire. Elle n’est plus à la criminelle depuis qu’elle a été rétrogradée à cause d’une agression sur un suspect, et ce cas étrange ravive son instinct d’enquêtrice. Elle mène une investigation en solo qui lui permettra d’être intégrée à l’équipe mise sur la piste d’un criminel en série. En effet, il semble que d’autres femmes aient subi une agression liée à leur trajet de travail.

Qui est derrière tout ça ? Dans quel but ? Zoe est-elle vraiment en danger ?

Comme tout bon thriller qui se respecte, il y a plusieurs coupables potentiels, auxquels on pense évidemment. Le compagnon de Zoe, son patron, le nouveau petit-ami de sa fille… Et c’est tellement évident qu’on les soupçonne, en fait, qu’on n’a pas besoin des fausses pistes qui se voient comme le nez au milieu de la figure laissées par Clare Mackintosh. C’est ce qui m’a empêché d’apprécier complètement ce roman pourtant bien mené et intrigant. Elle nous prend un peu pour des bleus parfois.

Autre chose qui m’a déplu, c’est un certain manque de crédibilité à certaines occasions. Comme l’agent Kelly qui donne des infos confidentielles et inopinées à Zoe. Qu’elle veuille la mette en garde, certes, mais il y a des détails qui sont artificiellement placés pour le développement de l’histoire. C’est difficile à expliquer sans spoiler. Alors par exemple, c’est comme si je vous disais « je bois un café Nespresso et j’arrive ». La précision du Nespresso tombe comme un cheveu dans la soupe. Mais pour pouvoir servir la soupe, il faut que le cheveu soit là, même si à première vue il n’a pas sa place. C’est clair ? ^-^-^-^

Malgré ces cafouillages, j’ai bien aimé l’intrigue, originale et bien construite. C’est plein de rebondissements, plein de suspects potentiels, et ça me plait d’essayer de déjouer les intentions de l’auteur. Surtout quand je me fais bien avoir sur la fin, que je n’ai pas vue venir. Et encore moins la toute toute fin (la cerise sur le gâteau), qui m’a fait terminer ce roman avec  un grand sourire aux lèvres qui voulait dire « Bien joué, Madame Clare Mackintosh » 😉

Au final, j’ai préféré Te laisser partir, mais Je te vois vaut aussi le détour.

France Loisirs, 2017, ISBN 978-2-298-13807-8, 537 pages, 17,50€

Publicités

« Ubac » de Elisa Vix

ubac.jpgMoi qui adore les récits glaçants, angoissants, voire même malsains, j’ai été servie avec ce court roman très efficace.

Prenez un couple. Ils sont jeunes, heureux parents d’une adorable petite fille de six mois. Ils vivent dans un village de montagne. Possèdent un bowling qui marche plutôt pas mal. Sont sans attache puisqu’ils n’ont pas de famille autre que celle qu’ils forment aujourd’hui.

Maintenant, prenez une soeur jumelle. Celle du mari, dont il n’a jamais parlé à sa femme. Une soeur qui débarque tout droit de New York où elle a passé 4 ans. Une soeur magnifique, froide, mutique, qui adore son frère et ne manque pas une occasion de le coller. Une soeur qui manifestement, n’aime pas partager.

Vous voyez où je veux en venir ? La soeur ne va pas seulement essayer de se mettre entre les deux époux, on comprend rapidement qu’elle va essayer d’éliminer les données gênantes. Et tous les moyens sont bons !

Je frémis encore en repensant à certaines scènes, la tension à son maximum. Il n’y a rien de manifeste, tout est dans les sous-entendus et le suggéré. On ne sait pas avec certitude ce que cette Nadia a fait ou pas, mais on suppose fortement. C’est vraiment machiavélique et moi je suis très très bonne cliente. J’ai dévoré ce roman, court certes, mais particulièrement intense et visuel. Je me suis régalée !

France Loisirs, 2017, 180 pages, 13,99€

« Aurore de sang » de Alexis Aubenque

71VqF+5KCHL.jpgAurore de sang fait directement suite à Tout le monde te haïra, roman dans lequel nous faisions la connaissance de Tracy Bradshaw et Nimrod Russell. Bien que français, Alexis Aubenque situe cette série dans le décor froid et majestueux du bord de mer de l’Alaska, dans une petite ville nommée White Forest. Tracy est une trentenaire avec un mari et des enfants extras, passionnée par son métier et heureuse que son ancien partenaire Nimrod reprenne du service dans la police après avoir été trois ans détective privé. Lui n’a pas une vie si rangée. Il a eu une enfance très difficile avec un père odieux. Il est en couple avec Holly, qui travaille dans un bar et ne veut pas qu’ils vivent ensemble. Et pour l’instant elle ne veut pas entendre parler d’enfants.

Voilà pour nos personnages. En ce qui concerne l’intrigue, elle démarre avec chacun de nos personnages principaux. Tracy enquête sur un cadavre retrouvé dans la forêt, méconnaissable après que les animaux sauvages et rongeurs l’ont dévoré. Quant à Nimrod, c’est son ex qui vient le voir pour lui signaler l’enlèvement de son fils par son père. Elle lui demande de l’aider à le retrouver. En examinant les photos de famille, le détective se rend compte qu’il pourrait bien y avoir une histoire de secte là-dessous.

Dans ce coin d’Alaska où les écologistes actifs se sont donné rendez-vous sous les aurores boréales, la tension monte. Un meurtre, une disparition, le FBI qui semble en savoir plus long qu’il ne le laisse paraître… L’enquête porte à croire que les ramifications peuvent aller du côté des écologistes, mais aussi du côté de la secte, ou encore celui des trafiquants de drogue ? Tracy et Nimrod ont du pain sur la planche, d’autant plus qu’on la leur savonne régulièrement. A qui faire confiance ? Vers qui porter ses soupçons ?

Ce thriller mené tambour battant nous bluffe jusqu’au bout, tant la vérité est insaisissable. Tracy s’avère une enquêtrice coriace qui ne se laisse pas démonter par les grands airs du FBI et mène ses missions à bien quoi qu’il lui en coûte. Quant à Nimrod, son coeur d’artichaut encore attendri par son ex lui jouera des tours, mais ce sont d’abord son habileté et son intelligence qui mènent la danse.

Très réussi, ce roman vous fera passer un très bon moment de lecture. Le seul reproche que j’ai à lui faire, c’est de trop rappeler ce qu’il s’est passé six mois auparavant, dans le premier volet de la série. Pour qui n’a pas encore eu l’occasion de le lire, c’est dissuasif, trop de réponses sont données qui gâchent un peu le suspense. En revanche, la fin de ce deuxième opus révèle un élément très alléchant pour la suite. Vivement !

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

J’ai Lu, 2017, ISBN 978-2-290-13458-0, 414 page,s 7,80€

« Dompteur d’anges » de Claire Favan

9782221198100.jpgjoli-coeurJ’aime beaucoup Claire Favan depuis que je l’ai découverte avec Le tueur intime et Le tueur de l’ombreDerrière son sourire franc et chaleureux il y a un esprit bien tordu comme je les aime et une bonne maîtrise de l’intrigue. Elle ne se contente pas de raconter une histoire, elle lui donne de l’épaisseur et de la densité avec des personnages très travaillés.

C’est donc sans même savoir de quoi le roman parlait que j’ai acheté Dompteur d’anges au Salon Livre Paris 2017. Pour l’anecdote, ça n’a pas été facile de me le faire dédicacer car elle était juste à côté de Benoit Hamon, il avait une foule immense pour lui (je ne comprendrai jamais pourquoi les gens sont prêts à poireauter des heures pour un politique qui n’a même pas écrit son livre), et un service de sécurité à qui j’ai dû demander l’autorisation de passer…

Dompteur d’anges commence par la vie de Max (un américain) en accéléré. Depuis sa naissance jusqu’à ses années de jeune adulte, alors qu’il vivote de petits boulots chez les particuliers grâce à ses doigts d’or qui savent tout réparer. Il se lie d’amitié avec le fils d’un couple de clients très affairé, qui ne prend pas le temps de s’occuper de sa progéniture. Malheureusement, le petit est retrouvé assassiné et violé, et Max est condamné. A tort. Quand il sortira de prison des années plus tard, il n’aura qu’une seule envie : se venger de tous ceux qui lui ont fait du tort dans cette affaire. Et pour cela, il va élaborer un plan sur le long terme, qui lui prendra des années de préparation mais aboutira à une vengeance grandiose. La quatrième de couverture donne plus de détails mais je n’ai pas envie d’en dire plus, la surprise vaut vraiment le coup.

C’est un roman qui se déroule sur plusieurs années et qui va déboucher sur une deuxième partie, là où un des éléments de la vengeance initiale a choisi de quitter le navire et de mener sa propre barque. Jusqu’au jour où le passé le rattrape. Je sais que c’est très sybillin comme info, mais vous ferez avec :p

Ici encore, le thème cher à Claire Favan qui l’a poussée a écrire son premier roman est évident : comment devient-on tueur en série ? Pourquoi Max, un jeune homme tout à fait normal, a-t-il basculé ? Avec Claire, personne n’est intrinsèquement un assassin en puissance. Ce sont des éléments extérieurs qui en sont la cause. L’entourage, la société, l’isolement… Rien n’arrive comme ça, sur un coup de tête.

J’ai adoré cette histoire, et plus particulièrement sa consctruction riche en rebondissements. Les personnages sont encore une fois fouillés, palpables. Et le début malsain et sans états d’âmes m’a ravie malgré les passages très durs qui m’ont remuée. Mais j’aime aussi les polars qui secouent, et j’y ai trouvé mon compte.

C’est un coup de coeur et si vous aimez les thrillers, je vous engage fortement à découvrir cette auteure.

Je partage avec vous ce souvenir de ma rencontre avec Claire Favan.

17362527_10212148882854473_317187912858362926_n

La Bête Noire, 2017, ISBN 978-2-221-19734-9, 416 pages, 20€

« La route de Redemption – T1 Solomon Creed » de Simon Toyne

41oaKKgT5QLLe roman s’ouvre avec un homme pieds nus, qui marche sur une route sans savoir pourquoi. Il ne sait pas qui il est, ni ce qu’il fait là. Mais il sent qu’il fuit quelque chose qui se trouve derrière lui. Et lorsqu’il voit la fumée et les flammes, il sait qu’il fuit un brasier mais toujours sans comprendre de quoi il s’agit. Il a la peau très pâle, les cheveux ternes. Le contenu de ses poches lui donne un nom : Solomon Creed.

Solomon Creed arrive dans une ville perdue dans le désert. Elle subsiste grâce au dévouement et aussi aux manigances de ceux qui la dirigent : le maire et le chef de la police. On vient juste d’enterrer le jeune James Coronado qui faisait partie du conseil municipal. James Coronado… justement le seul nom qui se rappelle à la mémoire de Solomon. Il sait qu’il doit le sauver.

C’est donc une affaire bien mystérieuse qui commence. Un albinos qui débarque de nulle part et qu’il sait seulement qu’il doit sauver un mort. Une ville qui vit presque en autarcie avec à sa tête deux individus qu’on devine vite peu scrupuleux. Et à cela vient s’ajouter un ex-flic contraint d’obéir à un trafiquant mexicain sous peine de voir son père mourir. Le trafiquant ayant perdu son fils dans l’avion qui s’est crashé aux portes de la ville et qui est la cause du fameux brasier que fuyait Solomon Creed.

Visiblement, tout est lié. Mais comment ? Telle est la ficelle que nous allons tirer tout au long de ce roman, avec pour nous accompagner les mémoires de Jack Cassidy, aïeul de l’actuel maire, qui a fondé la ville et y conservait un trésor encore jamais trouvé.

Ce premier volet de la série Solomon Creed est très réussi. Tout d’abord pour le personnage éponyme, captivant et attachant. Il possède des connaissances pointues sur plein de sujets mais ne sait rien de lui. Il aide d’emblée la veuve de James Coronado à essayer de comprendre comment et pourquoi son mari est mort, car lui doute qu’il s’agisse d’une simple sortie de route. Cette quête va nous permettre de mieux comprendre comment fonctionne la ville, comment elle est née et comment elle peut perdurer au milieu du désert. C’est aussi cette ambiance de huis clos qui est intéressante. On rencontre très peu d’habitants au final, tout semble reposer sur les mêmes personnages et chacun semble détenir un secret. Est-ce un même secret qui les lie tous ou chacun a-t-il quelque chose à dissimuler ? Mystère, et c’est ce qui rend l’atmosphère si tendue et oppressante. Quant à la partie avec l’ex-policier entre les mains du trafiquant, on se demande ce qu’elle vient faire dans cette histoire jusqu’à ce que tout prenne sens et que l’intrigue s’en trouve encore enrichie.

Le rythme, sans être lent, n’est pas celui du page-turner. Simon Toyne prend le temps de poser le décor, les personnages et l’ambiance. On prend le pouls de la ville petit à petit. Un pouls qui s’accélère malgré l’apparente nonchalance des lieux.

Tout cela donne envie de poursuivre l’aventure avec Solomon Creed, qui malgré les révélations finales reste encore un personnage bien mystérieux..

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Presses de la Cité, 2017, ISBN 978-2-258-13690-8, 496 pages, 22.50€