« Les roses fauves » de Carole Martinez

Généralement, mes lectures de rentrée littéraire sont des rendez-vous manqués. Ce n’est pas faute de sélectionner soigneusement. Peut-être que j’en attends trop. En tout cas j’en ressors souvent déçue.
C’est pourquoi pour cette rentrée d’automne, j’ai choisi de commencer avec une valeur sûre : le dernier roman de Carole Martinez. Le coeur cousu est un de mes romans préférés ; je le recommande dès que je peux. J’ai beaucoup aimé Du domaine des murmures et La Terre qui penche. Je me suis donc plongée dans Les roses fauves sereine et confiante, excitée à l’idée de ces retrouvailles.

Dès le début, j’ai trouvé mes repères. Une histoire de femmes d’une même famille. De mère en fille, chacune transmet un coussin en forme de coeur, qu’elle aura cousu elle-même et dans lequel elle aura enfoui tous ses secrets, rédigés sur des petits bouts de papier. Ces coussins ne seront jamais ouverts, c’est interdit. C’était sans compter l’arrivée de Carole Martinez dans la vie de Lola, l’héritière des coussins familiaux.

Carole Martinez avait pour projet d’écrire en 2009 son deuxième roman autour du conte de Barbe-Bleue. Elle a pour ce projet loué une petite maison en Bretagne. L’inspiration ne venait pas, mais elle a fait la connaissance de Lola Cam, la dame qui tient le bureau de poste du village, qui fait office de point de ralliement des aînées. Les deux femmes sympathisent et après un dîner un peu arrosé, décident d’aider l’un des cinq coeurs cousus, celui qui est déjà éventré par l’usure, à délivrer ses secrets.

J’ai adoré cette incursion dans la vie de Lucia, Ines Dolores, Carmen Dolores, Rosa Dolores. En particulier Ines Dolores, le personnage principal. Cette femme a connu un destin hors normes. Elle vivait sa féminité avec intensité et défendait farouchement son indépendance. J’y ai retrouvé les thèmes de Carole Martinez qui me sont chers : le folklore, la féérie, la magie, l’extraordinaire impossible qu’elle sait rendre plausible.

Cette histoire est merveilleuse, et j’aurais tellement aimé que le roman ne soit que ça. Mais ce n’est qu’une mise en abyme, puisqu’il s’agit du récit de femmes à travers de vieux écrits découverts par deux femmes contemporaines.
Premièrement, il y a un procédé d’écriture qui me déroute systématiquement et qui casse plus souvent qu’il ne passe : l’autofiction. Carole Martinez est un personnage du roman, et par définition, on ne peut pas discerner le vrai du faux. Je manque peut-être d’imagination ou de lâcher-prise, mais cela me rend la lecture inconfortable.
Deuxièmement, j’ai eu beaucoup de mal à accrocher à l’histoire de Lola Cam. Cette Vénus sortie tout droit d’un tableau Renaissance au pouvoir de séduction très limité soudain révélé par la connaissance du passé familial ne m’a rien évoqué, ni antipathie, ni sympathie. Et son histoire d’amour loufoque a achevé de me perdre, même si elle rejoint la logique de l’histoire d’Ines Dolores.

Autrement dit, j’ai adoré l’histoire des femmes des coeurs ; je suis restée totalement en retrait de l’histoire de Carole et de Lola.

J’admire tellement la plume de Carole Martinez que j’ai mis beaucoup de temps à rédiger ce billet. Je me disais qu’avec le temps mon ressenti allait se décanter, évoluer. Mais je suis très déçue d’être encore déçue, un mois après. D’habitude il me reste des image, des sensations, belles, agréables, chaleureuses. Cette fois je n’en retiens pas grand chose. Et je suis encore plus dépitée car j’ai l’impression d’être la seule à être passée à coté…

Gallimard, 2020, ISBN 978-2-07-278891-8, 347 pages, 21€

4 réflexions au sujet de « « Les roses fauves » de Carole Martinez »

  1. Tu me mets l’eau à la bouche (enfin les mots sous les yeux) car c’est une de mes prochaines lectures… J’ai lu en biais ta chronique mais j’ai compris que cela risquait d’être un bon moment de lecture 😉

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