« La Terre qui penche » de Carole Martinez #MRL15 #Rentrée littéraire 2015

logo_rentreelitteraire003518071.jpgLe coeur cousu est à ce jour mon roman préféré. C’est d’ailleurs celui qui m’a donné envie de créer ce blog. Du domaine des murmures avait aussi été un coup de coeur. C’est donc à la fois avec hâte et appréhension que je me suis lancée dans La Terre qui penche, roman que j’ai eu la chance de recevoir grâce aux matchs de la rentrée littéraire de Priceminister. Ce titre faisait partie de la sélection de Leiloona, une des marraines de l’opération 2015 (merci Leiloona !).

Alors avant de vous parler du roman, je vais vous parler de l’univers de Carole Martinez. Ses histoires ressemblent à des contes. Il y a des choses tangibles : un contexte historique peu développé mais explicité avec des détails disséminés, des liens familiaux, une intrigue avec tenants et aboutissants. Et il y a une dimension surnaturelle qui vient envelopper le tout. Dans Le coeur cousu il s’agissait entre autres d’une boîte magique qui révélait à la jeune fille devenue fertile ce pour quoi elle était faite. Dans La Terre qui penche, il y a la Loue qui ne devrait être qu’une rivière mais qui sous le plume de l’écrivain est dotée d’une vie propre.

J’ai assisté à la rencontre organisée autour de ce dernier roman à La boîte à livres à Tours et Carole Martinez évoquait l’importance des souvenirs de son enfance dans son rapport à l’écriture. Elle y met beaucoup de chair et de sensualité. Avec la cuisine notamment, l’importance des odeurs et des saveurs. Le sang des menstrues, sujet sur lequel elle s’est lancée avec passion et qui a tenu l’assistance en haleine. Non parce qu’il faut bien le dire, cela a été un sujet tabou pendant des siècles alors qu’il fallait bien que ça coule pour autant. Et puis quand on lui parle et quand on la voit s’exprimer, avec ferveur et une réelle gentillesse, on sent bien qu’elle aime saupoudrer de la magie partout où elle passe, et en premier lieu dans ses écrits.

Le récit s’ouvre sur un étrange dialogue entre Blanche à 12 ans, l’âge auquel elle est morte, et Blanche vieille âme, qui a continué de grandir dans la mort. Les deux cohabitent dans la tombe et la veille âme s’aide de la jeune pour tenter de se souvenir comment était la vie, comment elle est morte.

Nous sommes en 1361, Blanche a perdu sa mère. Elle vit avec sa soeur jumelle (qui n’ont en commun que l’apparence), son père et les bâtardes de son père. Ce dernier ne s’occupe pas de Blanche, ou seulement pour la maltraiter. Un jour, elle doit quitter leur demeure sans savoir ce qui l’attend. En réalité, elle est promise au fils du seigneur du Domaine des Murmures (eh oui, il s’agit d’une trilogie). Le souci étant que personne n’avait jugé nécessaire de prévenir que le fils était un idiot. Un idiot très attachant dans sa naïveté, qui parle aux animaux et aux arbres, qui ressent la douleur des autres comme si lui-même était touché, qui fait le chien, joue de la flûte. Un imbécile heureux qui deviendra l’ami de Blanche.

C’est un grand changement pour elle que cette arrivée au Domaine des Murmures. Elle a enfin le droit d’apprendre à lire ! Elle qui volait les lettres pour les coudre sur sa chemise peut enfin déchiffrer les écrits. Elle n’est plus mise au rebut comme elle l’était chez son père et peut enfin laisser libre cours à sa personnalité. Dans la mesure du possible.

Dans le même temps, Blanche va apprendre à connaître le passé de ses parents. De cette mère qu’elle n’a pas connue, et de son père qui n’a pas toujours été un homme rude sans amour. C’est petit à petit qu’elle va découvrir les secrets, Carole Martinez lui a concocté un beau jeu de piste qui lui réservera bien des surprises.

7ecfe6f1-c826-4e75-bcf9-c74bb0827ef5Comme je vous le disais, il y a toujours une dimension surnaturelle très présente. Ici, c’est la Loue qui joue pleinement ce rôle de magie. La Loue est une femme, qu’on peut apercevoir avec sa chevelure verte et son médaillon. Elle est douée de parole et peut agiter les eaux à sa guise. Elle joue un rôle central dans le roman.
Il y aussi la cuisinière, qui  a enfanté pléthore de filles mais aucune n’a réussi à dépasser l’adolescence. Leurs esprits jouent encore dans les bois et accourent à la chaumière de leur mère lorsque sonne l’heure du repas.

Encore une fois, je suis complètement charmée par l’écriture de Carole Martinez, qui dégage une poésie et une beauté indescriptibles au service d’une intrigue enchanteresse. Ses destins de femme me passionnent et j’ose espérer que sa magie ne cessera jamais d’opérer sur moi.

Merci à Priceminister et aux éditions Gallimard !

Gallimard, 2015, ISBN 978-2-07-014992-6, 366pages, 20€

challenge2015

Publicités

19 réflexions au sujet de « « La Terre qui penche » de Carole Martinez #MRL15 #Rentrée littéraire 2015 »

  1. Je confirme que cette auteure captive son assemblée avec ses talents de conteuse. Parce qu’elle a cette magie, ce talent de conteuse et que l’on sent sa générosité, son plaisir à partager. Et réjouis toi, c’est un peu plus qu’une trilogie puisqu’il y aura en tout 4 romans dans ce cycle ( Du domaine des murmures, La Terre qui penche, le roman sur la femme du XVIe inspirèe par Jeanne de Balsac et le dernier roman sur la femme contemporaine)

    1. Tiens donc, 4 romans ! J’avais compris qu’il y aurait un nouveau roman dans ce cyle et un autre qui n’aurait rien à voir, j’ai compris de travers. Merci de cette précision Jostein 🙂

  2. J’ai également adoré ce dernier récit, après avoir été enchantée par Le coeur cousu. Et j’ai de la chance, Le domaine des murmures m’attend encore dans ma PAL… J’ai hâte de retrouver l’univers de Carole Martinez.

    1. J’ai trouvé les deux univers assez proches (ils font partie du même cycle donc ça se tient) alors que Le coeur cousu se démarque davantage. C’est peut-être celui-là qui a le plus de chances de te plaire.

  3. Un roman que j’ai très envie de lire…J’avais adoré Du domaine des murmures et le Coeur cousu est dans ma PAL. Il faut absolument que je m’y mette. Ainsi qu’à mon roman de la rentrée littéraire de PM d’ailleurs…

    1. Moi qui pensais être en retard pour mon livre PM ^^ Lequel as-tu choisi ? Je suis contente que tu aies aimé ta découverte de Carole Martinez, j’espère que ses autres romans te plairont tout autant.

      1. J’avais choisi le roman de Jon Kalman Stefansson « D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds ». Je l’ai commencé suite à ton article (mauvaise conscience…) et il est très bien ! (après, je n’en doutais pas…)

  4. Très beau billet, je ne l’ai toujours pas découverte Martinez mais vraiment la manière dont tu en parles est formidable, et me donne envie de plonger dans son univers. On ressent aussi dans les différents billets, dont le tien, une vraie dimension féministe dans l’oeuvre de Martinez 😉

    1. C’est gentil Galéa, j’avais le sentiment de ne pas bien en parler, comme souvent quand j’ai beaucoup aimé, je n’arrive pas à traduire en mots mon émotion. Si j’ai quand même réussi à te donner envie de lire ses romans c’est tout ce qui importe après tout. Et tu as tout à fait raison pour la dimension féministe 🙂

A vous les micros !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s