« Le coeur cousu », de Carole Martinez

Je ne connaissais pas du tout Carole Martinez avant son passage dans l’émission La grande Librairie (sur France 5), à l’occasion de la sortie de son dernier livre, Du domaine des murmures (Editions Gallimard). En écoutant l’auteure en parler  j’ai eu très envie de me pencher sur son oeuvre, et l’évocation de son roman Le coeur cousu a achevé de me convaincre.

Avant de devenir l’écrivain reconnue qu’elle est aujourd’hui, Carole Martinez a d’abord été comédienne, puis enseignante. C’est assez tardivement qu’elle se met à l’écriture, puisque Le coeur cousu est son premier roman et parait en 2007. Le succès est au rendez-vous : le roman ne reçoit pas moins de huit prix littéraires, dont le Prix Renaudot des Lycéens 2007, le Prix Ouest France Etonnants Voyageurs 2007 et le Prix Ulysse de la première oeuvre 2007.

L’auteure souhaitait écrire « quelque chose qui soit entre le conte et le roman », et je pense qu’on ne pourrait pas mieux définir ce récit. Cela commence par Soledad, qui raconte sa naissance. Comment sa mère l’a portée longtemps, marchant sans cesse, avant qu’une vieille Mauresque ne l’arrête, plongeant les mains dans son ventre pour aller chercher le bébé. Dès qu’elles l’ont vu, la mère et la Mauresque ont eu la même pensée : la petite fille s’appellerait Soledad, solitude, à l’image du destin qui l’attendait. Adulte, Soledad ressent le besoin d’écrire sur sa mère, Frasquita, pour s’en libérer, et libérer le lourd fardeau qui pèse sur les femmes de la famille. Car les femmes de la famille Carasco ont chacune des dons surnaturels qui ne leur seront révélés que lors de la Semaine Sainte, après leur passage de l’état de jeune fille à celui de femme.

La mère de Frasquita l’a emmenée dans le cimetière où reposait leurs ancêtres, et lui a bandé les yeux. Là, elle a dû retenir des prières, des plus innocentes, comme celle pour guérir une plaie, aux plus exceptionnelles, invoquant l’aide des morts. Lors de ce rite le même objet est chaque fois utilisé : une petite boîte, à ne jamais ouvrir les neuf mois suivants, sinon le charme sera rompu. Lorsque Frasquita, couturière émérite, ouvre sa boîte, elle y trouve quantité de bobines aux couleurs chatoyantes, avec lesquelles elle coudra les plus belles robes de mariée à des kilomètres à la ronde. Ses talents de couturière donneront lieu à de nombreux évènements plus ou moins importants au long du roman.

Ce récit est en réalité un long chapelet d’anecdotes. La trame principale est là : Frasquita est initiée au secret, elle se marie, a des enfants, doit elle-même initier ses filles. Mais ce qui donne son croustillant et sa saveur au roman ce sont toutes les petites choses qui viennent se greffer autour, ancrées dans la tradition espagnole, où la légende et le surnaturel occupent une place essentielle : le mari qui devient un coq, les accouchements auréolés de sorcellerie… et évidemment le secret chaque fois différent que recèle la boîte. C’est un réel plaisir de suivre le parcours de la famille, d’autant plus que les chapitres sont relativement courts, et cela donne l’impression de picorer dans un paquet de bonbons. Certains sont très sucrés, et d’autres très acides. C’est un joli conte, mais certains passages sont de véritables crève-coeur. J’ai encore de la peine en repensant au mariage de Frasquita, à la méchanceté des gens et à  son innocence piétinée.

Pour finir je soulignerai l’exceptionnelle qualité d’écriture de ce roman. J’ai un rythme de lecture assez rapide, mais cette fois je n’ai pas pu. Les phrases de Carole Martinez sont autant de perles qu’on fait rouler sous la langue, pour mieux en apprécier le relief. La dimension du conte invite d’autant plus à prendre son temps, à s’imprégner des évènements, de l’atmosphère, des émotions…

Et après ce gros coup de coeur je n’ai qu’une envie, continuer sur la lancée avec Du domaine des murmures !

Editions Folio, ISBN 978-2-07-037949-1, 440 pages, 8.40 €

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20 réflexions au sujet de « « Le coeur cousu », de Carole Martinez »

  1. Je n’arrête pas d’entendre parler de cette auteur et, honte à moi, je ne l’ai toujours pas découverte. Pourtant, Du domaine des murmures est dans ma PAL. J’espère le lire assez rapidement !

    Merci pour ton commentaire sur mon annonce. C’est assez terrible de rater son semestre à peu de choses. Mais ça m’a vraiment fait plaisir de le lire.

    1. Ca m’a fait mal au coeur de te savoir dans cet état là, et je me doute comme tu dois être déçue. C’est rageant de voir comme ça tient à peu de choses. Mais courage, tu vas rattraper ça, je suis sûre !!

      Quant à Carole Martinez il n’y a aucune honte à ne pas l’avoir lue, elle est encore toute fraîche dans le monde des auteurs. Dès que j’en aurai l’occasion je lirai Du domaine des murmures 🙂

      1. Surtout que c’est redondant. Ma première année de Droit a été redoublé pour 0.4 et un échange de notes avec une personne qui avait une bien plus mauvaise note. Il faut vraiment que je me rattrape avec la compensation.

    1. Je n’ai entendu que de bons échos sur ce livre, je pense qu’au minimum il te plaira. Et s’il t’enchante autant que moi tu vas être comblée 🙂

    1. Ce billet date un peu, et pourtant, quand on me demande mes coups de coeur, c’est ce roman qui me vient immédiatement à l’esprit. J’en garde un souvenir très fort, et très beau.

A vous les micros !

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