« Les heures silencieuses » de Gaëlle Josse

Résumé : Delft, novembre 1667. Magdalena Van Beyeren se confie à son journal intime. Mariée très jeune, elle a dû renoncer à ses rêves d’aventure sur les bateaux de son père, administrateur de la Compagnie des Indes orientales. Là n’est pas la place d’une femme…

Mon avis : Tout commence avec la toile de la couverture, intitulé Intérieur avec femme à l’épinette, une oeuvre du peintre Emmanuel De Witte. C’est cette femme qui va nous raconter, à travers son journal intime, quelques bribes de son histoire.

Le roman prend place aux Pays-Bas, en 1667. Delft est alors une ville marchande importante, qui vit du commerce maritime. Les navires partent pour de longs mois de traversées sur les mers du monde, en quête d’épices et espèces exotiques.

C’est dans cet univers qu’a grandi Magdalena, et qu’elle a appris le métier auprès de son père armateur. Elle s’est ensuite mariée à Pieter et tous deux ont repris les affaires. Malgré son statut de femme, elle ne s’est jamais souciée plus que cela de la toilette, de la tenue de la maison, et toutes ces préoccupations de son sexe. Ce qui la passionnait, c’était la vie à bord et le commerce. Elle a toujours été une précieuse conseillère aux côtés de Pieter.

Dans son journal intime, qu’elle commence à l’âge de 36 ans et qui s’étend sur trois mois pour ce qu’on en sait, Magdalena revient sur son passé. Elle parle de ses jeunes années auprès de son père, et d’un évènement traumatisant qu’elle a vécu toute petite et pour lequel elle ne cessera jamais de s’en vouloir, en raison de son silence. Elle y parle aussi de ses filles et fils, aux caractères très différents. Leurs envies, leurs querelles… Elle raconte aussi sa relation avec son mari, qui n’est plus ce qu’elle était quand ils se sont connus.

C’est un roman très bien écrit, et on s’identifie d’emblée à cette femme déjà presque trop vieille pour l’époque. Elle parle comme si sa vie était derrière elle. Aucun mot sur ses espoirs, ses projets. Même si certains passages ont un goût de regret cela ressemble déjà à un bilan, comme les mémoires d’un nonagénaire. Du coup l’empathie ne passe pas autant que je l’aurais souhaité.

Même si j’ai beaucoup aimé l’écriture et l’histoire, car je suis férue de romans ancrés dans l’Histoire, il y a un goût de trop peu. J’aurais aimé un roman plus long, ces 89 racontent quelques moments de sa vie pertinemment choisis, mais sur lesquels j’aurais aimé avoir plus de précisions. Je me serais régalée avec un roman plus fouillé, car le style de Gaëlle Josse m’a énormément plu. Elle utilise un registre soutenu et une prose mélodieuse qui coule sans effort. C’est pour cette raison que je suis bien décidée à lire une autre de ses oeuvres. Car même si j’aurais aimé en savoir davantage sur la vie de Magdalena, ces 89 pages ont tout de même su m’emporter.

J’ai Lu, 2012, ISBN 978-2-290-03901-4, 89 pages, 4,50 €

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18 réflexions au sujet de « « Les heures silencieuses » de Gaëlle Josse »

  1. Personnellement, je n’ai pas vraiment ressenti de « trop peu » au moment de ma lecture, mais plutôt après, en rédigeant mon billet : j’ai été emportée par la très belle écriture de l’auteure et par cette légèreté que j’aurais pu lui reprocher.

    Pour le moment, elle n’a écrit qu’un second roman, je crois : Nos vies désaccordées. Plusieurs ont été un peu déçu après ce très beau premier roman, mais pas moi : c’est une intrigue assez différente, mais toujours en lien avec l’art (la musique), et Gaëlle Josse a encore réussi à m’y emporter.

    Très beau billet de lecture !

    1. Merci Minou 🙂
      A vrai dire, c’est plutôt un compliment de ma part pour l’auteur, n’est-ce pas ? J’ai lu ce roman d’une traite et arrivée à la dernière page je n’avais pas envie de quitter Magdalena.
      C’est Jostein qui m’avait donné envie de me lancer avec son billet sur Nos vies désaccordées 🙂 Effectivement elle l’a moins aimé que le premier roman mais son billet reste très positif.
      http://surlaroutedejostein.over-blog.com/article-nos-vies-desaccordees-gaelle-josse-106921086.html

  2. Je l’ai terminé il y a peu et j’ai ressenti ce goût de trop peu également. J’ai été moins transportée par celui-ci que par Nos vies désaccordées, son second roman.

A vous les micros !

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