« 1984 » de Fido Nesti d’après George Orwell

Avec pour thème « Big Brother is watching you », je ne pouvais pas passer à côté de 1984 pour notre rendez-vous mensuel Les classiques c’est fantastique.

Ayant déjà lu le roman et bien que cette lecture m’ait marquée, je n’avais pas envie de le relire. Par chance, mon Papa Noël perso m’a offert ce roman graphique. L’occasion de me replonger dans cette histoire effrayante et par quelques aspects prémonitoires. C’est après des décennies qu’on peut voir quel auteur de roman d’anticipation avait tout compris et qui était à côté de la plaque. George Orwell, mort en 1950, était d’une lucidité impressionnante.

L’histoire se passe en 1984. Winston travaille pour le département de la Vérité, au service des archives. Son travail consiste à faire coller la réalité jour J aux anciens documents. Par exemple, dans son monde divisé en trois grands blocs (l’Océanie, l’Eurasie et l’Estasie), si deux blocs se sont faits la guerre mais que ce n’est plus le cas, il faut falsifier les documents pour que rien ne permette de croire que ces deux blocs se sont un jour fait la guerre.

Qui contrôle le passé, contrôle le futur ; qui contrôle le présent, contrôle le passé.

Et c’est comme ça pour tout. Les personnes ennemies du parti sont évaporées, elles disparaissent de toute archive. Comme si elles n’avaient jamais existé.
La liberté n’existe plus. Il y a des écrans partout, des micros partout, toutes les attitudes sont épluchées, contrôlées, même penser est dangereux.

Comme tous les employés des ministères, Winston assiste aux 2mn de haine, qui sont un déversement de huées et d’injures à l’encontre des ennemis du parti. Il fait pareil, du mieux qu’il peut, pour ne pas être démasqué. Il se doute que parmi tous ces gens, certains sont comme lui, pas à leur place, atterrés par cette société grotesque soumise à la loi de Big Brother, celui qui dirige tout sans que personne ne le voie.

Et puis un jour, il y a cette femme. Discrètement, autant que possible, ils nouent une relation. S’aiment. Se disent enfin tout haut ce qu’ils pensaient tout bas depuis longtemps. Ils enfreignent les règles et se brûlent les ailes.

Ce roman graphique restitue parfaitement l’histoire de George Orwell, du moins dans le souvenir que j’en ai. Le système totalitaire effrayant, qui s’immisce dans la plus petite brèche d’intimité et monte les gens les uns contre les autres. Il y a cette histoire d’amour qui ne parvient pas à illuminer le récit tant elle est vouée à la tragédie. Il y a cette atmosphère pesante, oppressante, cette sensation d’aller droit dans le mur parce qu’il n’y a aucune échappatoire.

Les dessins de Fido Nesti, dans les tons gris et bruns, accentuent cette sensation d’étouffement et de poisse qui colle à la peau. J’ai eu un peu de mal avec les visages, notamment celui de Winston que je ne voyais pas du tout aussi moche. Pareil pour Julia. Mais cela respecte certainement davantage l’idée que c’est une vie qui enlaidit tout le monde.

J’ai aussi trouvé qu’il y avait trop de texte, surtout au début, car c’est la partie explicative qui met tout en place. Cela s’explique par le fait que les habitants ne peuvent pas parler entre eux, les dialogues sont rares. Il faut bien qu’un narrateur nous explique tout, comme dans le roman. Mais autant en roman c’est normal, autant pour l’album j’ai trouvé que c’était trop. Et pourtant, comment faire autrement ? A l’inverse, je pense que sans tout ce texte, le reproche aurait pu être fait de rendre opaque le message du roman. Au moins, en sortant de ce roman graphique, on a l’impression d’avoir lu le roman. C’est très complet et le message est parfaitement lisible.

Allez, un autre bémol, mais pas de la faute de l’auteur cette fois. J’ai été frappé de lire néoparler au lieu de novlangue, qui pour moi a la valeur d’un nom commun rentré dans le vocabulaire. J’ai été surprise que la traduction de 2018 remplace ce terme. Je connais la novlangue de 1984 et je ne changerai pas de vocabulaire, ce qui est un comble pour une histoire dans laquelle on cherche à remplacer les mots par d’autres plus faciles…

En définitive, ce roman graphique est fidèle au roman, immersif, dérangeant, perturbant et inquiétant. L’omniprésence des écrans qui contrôle nos vies me fait penser aux logarithmes… Serions-nous rattrapés par la science-fiction ? Cette histoire a-t-elle valeur d’avertissement ? Cela donne à réfléchir en tout cas…

Grasset, 2020, ISBN 978-2-246-82576-0, 223 pages, 22€

Retrouvons nous chez Moka pour partager nos BDs de la semaine !

20 réflexions au sujet de « « 1984 » de Fido Nesti d’après George Orwell »

  1. Ma lecture du roman avait été un peu laborieuse, malgré ces thèmes que j’aime et qui me restent.
    L’idée d’une adaptation me plaît. Reste à choisir laquelle!

  2. Moka avait l’air plus enthousiaste que toi pour son adaptation. Je lirai plutôt celle qu’elle a présenté.

  3. J’ai aimé retrouvé l’esprit du roman dans cette BD, mais je vais tout de même tester l’adaptation de Coste qui me séduit graphiquement déjà beaucoup plus aussi.

A vous les micros !

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