« Lagos Lady » de Leye Adenle

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51MocXGUWDL._SX195_De retour sur le blog après de gros soucis de connexion Internet (que je soupçonne de ne pas être tout à fait résolus) pour vous parler d’un nouveau titre de la sélection pour le Prix Meilleur polar Points.

Cette fois, la sélection nous emmène au Nigeria. Guy Collins, un journaliste londonien peu aguerri se rend sur place pour couvrir les élections. Plus par bravade que par conviction. Dès le premier soir, il voit le cadavre d’une victime de crime rituel et se fait arrêter en compagnie de nombreux autres badauds. C’est une femme qui va le tirer d’affaire, énigmatique et influente, qui s’est créée un réseau puissant et secret.

Guy n’ose pas dire qu’il n’est qu’un journaliste de seconde zone pour un média très peu connu et fait croire qu’il travaille pour la BBC. La belle Amaka veut donc coopérer avec lui pour révéler au monde ce qu’il se passe au Nigéria, où des prostituées disparaissent du jour au lendemain vraisemblablement pour servir aux crimes rituels.

Je ne sais pas trop quoi dire de ce roman. Ou plutôt, je ne sais pas comment expliquer pourquoi je n’ai pas franchement aimé alors qu’il est plutôt pas mal. J’ai trouvé que ça partait trop dans plusieurs directions sans qu’on comprenne pourquoi, et surtout, la relation entre Amaka et Guy est assez risible (digne d’une romance de gare). Mais j’ai trouvé que le fin mot de l’histoire éclairait d’emblée l’ensemble du roman et que finalement, tout se tenait bien. Mais du coup le plaisir de la lecture est arrivé trop tardivement pour que j’aie envie de le conseiller.

Première déception dans cette sélection, mais tant mieux, cela m’aidera dans mon choix final.

Points, 2017, ISBN 978-2-7578-6404-3, 396 pages, 7,80€

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« L’intérieur de la nuit » de Léonora Miano

miano-l-interieur-de-la-nuit-1L’histoire se passe dans un pays africain imaginaire. La jeune Ayané est partie en Europe pour ses études et revient au village, ayant appris que sa mère était gravement malade.

Ayané est la fille de la pariah du village. Une femme qui vivait en couple, car son mari n’avait pas besoin d’un harem, contrairement à la tradition polygame. Une femme qui était libre d’aller où elle voulait, et de dire et de faire ce qu’elle voulait. Jalousie de la part des autres ? Rejet car elle ne leur ressemblait pas ? Toujours est-il que les femmes ne la portaient pas dans leur coeur, et qu’elle donne à sa fille un prénom inventé qui ne veut rien dire n’a pas arrangé les choses.

En digne fille de sa mère, ayant aussi reçu une éducation européenne devenue jeune femme, Ayané revient au village en comprenant l’importance des traditions sans toutefois parvenir à se mettre sur la même longueur d’ondes que les autres.

Mais elle n’aura pas le temps de creuser davantage la question, car la situation politique chaotique aux confins de leur territoire, dont les villageois n’avaient plus le droit de sortir, vient jusqu’à leurs portes. S’ouvre alors une nuit en enfer, terrible et inhumaine, à l’image de ce qu’on peut encore entendre de nos jours lorsque des enfants soldats sont drogués pour mieux devenir des machines à tuer.

J’ai trouvé ce récit à la limite du conte horrifiant et à la fois fascinant. On y retrouve le mode de société tribale africain, avec ce qu’il a de bénéfique comme ce qu’il a de dangereux. Le tournant que prend le récit avec l’incursion des miliciens est particulièrement terrible, et les répercussions que cela aura sur la vie au village ne le seront pas moins.

Léonora Miano semble être une très belle voix de la littérature africaine, il y a là le talent de l’écriture et de l’imagination. Elle porte un regard à la fois tendre et consterné sur des traditions dont elle parle, je pense, en connaissance de cause. Où la cruauté peut aller loin.

Pocket, 2006, ISBN 978-2-266-16268-3, 214 pages

*Prix Révélation de la Forêt des Livres en 2005 & prix Louis Guilloux en 2006 

« Meyer et la catastrophe » de Steven Boykey Sidley

81q0EPSkdwL.jpgA la fois informaticien de génie et saxophoniste talentueux, la vie professionnelle de Meyer est à l’image de sa vie personnelle : chaotique. Il est en couple avec Krystal mais leur entente est plus que fragile. Il retombe amoureux de Grace, qui est sa première femme et mère de son fils. Il a aussi une fille, dont la mère est sa deuxième femme Bunny. Juif, il a pour meilleurs amis un psychanalyste iranien et un fils de riche qui n’assume pas sa fortune.
C’est simple, chez Meyer, tout est compliqué. Ce qui le plonge dans une profonde angoisse qu’il essaye de contenir tant bien que mal.

Et un jour, la loi des séries tombe sur lui. Un malheur arrive. Puis un autre. Et alors qu’on croit qu’il a eu son content de malchance, voilà que pire se produit.

Alors à première vue, on peut légitimement se dire que Meyer et la catastrophe est un roman fataliste, pessimiste, qui va démoraliser le lecteur. Pourtant c’est tout le contraire. C’est une histoire à la Woody Allen, avec un héros paumé et beaucoup d’humour. On rit énormément, même quand rien dans la situation ne s’y prête. Steven Boykey Sidley donne à ses personnages des répliques justes et hilarantes qui font oublier à quel point la vie peut être cynique. Lorsqu’on regarde les faits présentés dans le roman c’est d’un tragique extraordinaire. Mais sous le regard de l’auteur, le potentiel comique de cette succession de drames est révélé. Ce roman est un concentré d’humour caustique irrésistible qui vous fera passer un excellent moment.

Brillant !

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Belfond, , ISBN 978-2-7144-5905-3, 374 pages, 21€

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