« Petit jardin de poésie » de Robert Louis Stevenson & Ilya Green

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Nous connaissons tous Robert Louis Stevenson pour L’île au trésor ou L’Étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde. Mais qui sait qu’il a aussi publié un recueil de poèmes dédié à l’enfance ? Ce magnifique ouvrage nous donne l’occasion d’aller à la rencontre de certains de ces textes, soigneusement choisis et magistralement traduits par Christian Demilly aux côtés d’autres titres de la collection simplement nommée La collection.

La collection a pour ambition d’aller piocher des textes du patrimoine littéraire et de leur offrir un regard contemporain grâce à un illustrateur et de les mettre à la portée des enfants. Pour leur montrer délicatement le chemin de la littérature.
C’est aussi un jeu et un défi pour l’illustrateur, qui a une contrainte de temps (une semaine) et de couleurs (jusqu’à 4 seulement) pour livrer ce que les textes lui ont inspiré. Le but étant d’aller puiser dans ses ressources pour trouver rapidement la bonne idée qui fera mouche.

Le pari est réussi pour Ilya Green, dont les illustrations très douces, délicates, harmonieuses, toutes en rondeur font parfaitement écho aux poèmes de Robert Louis Stevenson. C’est la porte d’entrée d’un monde enfantin et bienveillant. Les textes de Robert Louis Stevenson réveillent des sensations oubliées pour les adultes et font appel à l’imagination folle dont les enfants savent faire preuve au quotidien. Un bateau fait de chaises empilées et de coussins, l’ombre qui nous suit, le jardin qui devient un royaume… Pour tous ces poèmes, l’auteur s’est simplement inspiré de l’environnement d’un enfant et y a distillé un regard féérique.
C’est un ouvrage court mais intense, qui laissera une forte impression à qui aura la chance de le lire. Les adultes y trouveront certainement de la nostalgie et les enfants y retrouveront leurs jeux.
Bravo aux éditions Grasset Jeunesse pour cet album magnifique !
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Photo empruntée à Mya’s Books (http://mya.books.over-blog.com/2017/08/petit-jardin-de-poesie.html)

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Grasset jeunesse, 2017, ISBN 978-2-24686053-2, 32pages, 19,90€

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« Les petites reines » de Clémentine Beauvais

les-petites-reines.jpgjoli-coeurMireille habite Bourg-en-Bresse, prononcez Bourkenbresse. C’est une ado comme les autres, sauf qu’elle est très moche, qu’elle n’a pas d’amis, qu’elle se fiche de ce que les autres pensent d’elle et qu’elle a un humour particulièrement caustique. En fait, elle n’est pas tant que ça comme les autres ados.

Dans son collège, il y a chaque année un concours dans lequel elle se place plutot bien : les boudins. Trois filles sont récompensées du titre de boudin d’or, d’argent ou de bronze grâce à leur laideur. Cette année, Mireille est détrônée de son titre de boudin d’or.

C’est Astrid, une nouvelle, grosse aux yeux chiassieux qui lui a ravi la place. En deuxième c’est Hakima, une timide maladive qui vit très mal son nouveau statut. Les trois filles ne se connaissaient pas mais les circonstances font que. Et toutes trois réalisent qu’elles ont une bonne raison de se rendre au même lieu au même moment : à la garden-party présidentielle du 14 juillet. Vous verrez vous-mêmes les raisons, qui n’ont rien à voir les unes les autres.

Et pour se rendre à la garden-party, les trois boudins organisent un périple à vélo au cours duquel elles vendront des boudins grâce à leur remorque aménagée.

J’ai eu un gros coup de coeur pour ce roman ! Ce que j’ai ri ! Clémentine Beauvais est très très drôle, elle a beaucoup d’esprit et des réparties incroyables. C’est ce qui rend les trois boudins si agréables à suivre. Je ne dirais pas attachantes parce que Mireille, qui s’est forgée une carapace de tricératops, a parfois un fichu caractère. Mais c’est justement aussi ce qui fait tout le sel de cette aventure.

Et puis il n’y a pas que les trois filles, il y a aussi Kader, le grand frère d’Hakima, le Soleil comme l’appelle Mireille. Il les accompagne en fauteuil roulant, des moignons à la place des jambes au bout de ce corps d’athlète qui fait se liquéfier la jeune fille. Ce personnage rapporté tient aussi une place importante !

En plus on voyage. On s’arrête à Sancerre, à la roche de Solutré, à Nevers etc.Pour les jeunes cela fait réviser sa géographie l’air de rien, avec le patrimoine bâti, gastronomique… Les boudins moquées par leurs camarades de classe vont devenir populaires grâce à une médiatisation inattendue, et pas forcément souhaitée mais il faudra bien faire avec.

J’ai dévoré cette histoire, que j’ai trouvée merveilleusement écrite, avec du joli vocabulaire et une belle syntaxe pour cultiver nos chères têtes blondes. Mais en même temps, il y a quelques allusions sexuelles et des gros mots bien gros qui me font dire qu’on mettra plutôt ça dans les mains des jeunes adultes.

Quoi qu’il en soit, c’est une auteure que je retiens pour une prochaine fois parce que je me suis vraiment régalée !

France Loisirs, 2017, 270 pages, 12,99€

« Nightfall » de Jake Halpern & Peter Kujawinski

515RF-MnGNLLes habitants de l’île de Bliss se préparent. D’ici peu, la Nuit reprendra ses droits après quatorze années de Jour. Et quand vient la Nuit, nul ne peut rester sur Bliss. Il faut préparer ses bagages, prendre la mer et retourner sur les terres quittées des années plus tôt.

Malgré l’enthousiasme de sa mère, ravie de retourner chez elle, Marine n’arrive pas à se réjouir de laisser derrière elle les lieux de son enfance. Elle n’a jamais rien connu d’autre que Bliss, tout comme Kana, son frère jumeau et Liam, son meilleur ami.

Alors que la Nuit approche et que les habitants finalisent leurs préparatifs, Liam part dans la forêt chercher un objet perdu qu’il ne veut pas abandonner sur l’île. Un objet qui appartenait à Marine et qu’il s’en veut énormément d’avoir égaré. La jeune fille, s’inquiétant de ne pas voir apparaître son ami, part à sa recherche, suivi de Liam. Et ce qui devait arriver arriva : les bateaux sont partis sans eux. Les voilà désormais seuls sur cette île qui restera dans l’obscurité pendant quatorze ans.

Très vite, ils vont comprendre que si les habitants ne restent pas sur Bliss, ce n’est pas juste parce qu’ils n’aiment pas vivre dans le noir. C’est qu’il se passe des choses dans le noir. Mais quoi exactement ? Nos héros vont l’apprendre à leurs dépens.

Nightfall est un super roman pour ados. Le schéma narratif linéaire rend la compréhension des événements facile à suivre et surtout, c’est addictif. On a toujours envie de tourner les pages pour savoir ce qu’il va se passer. D’autant plus qu’un autre mystère apparaît au fur et à mesure qui rend l’intrigue encore plus intéressante. Les deux auteurs ont bien ficelé leur affaire.

Au programme donc : du suspense, de belles frayeurs, des interrogations, une ambiance sombre et inquiétante, des personnages attachants. On n’en demande pas plus pour passer un bon moment !

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Pocket Jeunesse, 2017, ISBN 978-2-266-26615-4, 319 pages, 17,90€

« Plume » de Cao Wenxuan & Roger Mello [jeunesse]

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Une plume se trouve toute seule, chahutée par le vent. De quel oiseau peut-elle venir ?

Nous allons suivre ses pérégrinations, demandant tantôt au martin-pêcheur, tantôt à l’alouette « suis-je une de vos plumes ? ». Mais les oiseaux la regardent de travers, c’est à peine s’ils lui répondent. Quant au paon, il s’offusque : comment ose-t-elle lui demander si elle vient de son plumage ?!

A droite de chaque double-page apparait la moitié de notre plume. Et quand elle rencontre un nouvel oiseau, une autre moitié vient se coller à côté, prouvant ainsi qu’elles sont différentes. La plume va-t-elle finir par trouver sa moitié ? Suspense…

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Le chinois Cao Wenxuan a obtenu en 2016 le Prix Hans-Christian-Andersen (surnommé le petit Prix Nobel de littérature) pour sa contribution à la littérature jeunesse. Pour lui, un livre jeunesse doit être philosophique et amener à se poser des questions. Ici, les questions sont : « d’où venons nous ? Où allons-nous ? A qui appartenons-nous ? »

Roger Mello a lui aussi obtenu le Prix Hans-Christian-Andersen pour ses illustrations. Bien qu’il soit d’origine brésilienne, ses dessins pour Plume sont d’inspiration asiatique, avec des lignes épurées, des oiseaux structurés comme des origamis et des objets rappelant les céramiques chinoises. Cela renforce le sentiment de dureté qu’on peut avoir en lisant cet album, en voyant la plume rejetée par certains oiseaux et bousculée par le vent.

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Je trouve cet album esthétique, agréable à lire et à observer. J’ai aimé suivre le parcours de cette plume en quête de ses origines, qui cherche sans se lasser l’oiseau dont elle est issue. Même si son chemin est semé d’embûches, elle n’abandonne pas. Même si les oiseaux la regardent de haut, elle ne baisse pas les bras. Un enfant comprendra-t-il la portée philosophique du message ? Je n’en sais rien. Mais je pense qu’il aimera accompagner la plume là où le vent l’emmènera.

Les Editions Fei sont spécialisées dans la bande dessinée chinoise et je les remercie pour la découverte de cet ouvrage ainsi que Babelio.

Editions Fei, 2016, ISBN 978-2-35966-256-6, 40 pages, 14,90€

« Mon amour » de Astrid Desbordes et Pauline Martin [JEUNESSE]

51TzbYfgmWL._SX258_BO1,204,203,200_.jpgjoli-coeurEtre parent, c’est regarder son enfant avec des yeux pleins de tendresse, d’indulgence, d’admiration… et puis parfois c’est aussi les yeux de l’agacement, de la colère, de l’incompréhension…

Quoi qu’il en soit, c’est de l’amour. Même si ça ne se voit pas.

C’est ce qu’Astrid Desbordes et Pauline Martin tentent d’expliquer à travers ce magnifique livre, qui met en scène des situations de la vie courante en les opposant. Chaque double page forme un tout. A gauche, « je t’aime quand » illustre une scène de vie agréable, et à droite « et quand » une scène de vie qui l’est moins ou qui contraste en tout cas avec la première.

Le but est de faire comprendre à son enfant qu’on l’aime quoi qu’il arrive, quoi qu’il fasse, même si on se fâche, même si on n’est pas avec lui etc. C’est un amour inconditionnel et il n’a pas à avoir peur qu’on ne l’aime plus. C’est d’ailleurs avec cette interrogation que s’ouvre le livre : « Dis, maman, est-ce que tu m’aimeras toute la vie ? »

Cet album est extrêmement tendre et émouvant, avec des illustrations simples et douces, faciles à interpréter pour les petits.

Un immense coup de coeur.

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Images piquées à La Princesse Méduse…
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… impossible de récupérer mes photos aujourd’hui…

Albin Michel, 2015, ISBN 978-2226315243, 48 pages, 9,90€