« Aussi riche que le roi » de Abigail Assor

Sarah habite dans un quartier pauvre de Casablanca. Sa mère Monique a quitté la France pour suivre son homme du moment, qui lui a promis d’ouvrir un commerce de l’autre côté de la Méditerranée, ce qui leur permettrait de mener une vie aisée. Mais l’homme a fui et les deux femmes sont livrées à elle-même, surtout Sarah qui ne peut pas compter sur sa génitrice. La lycéenne rêve de richesse et se fait offrir repas et vêtements par les hommes qu’elle rencontre, leur assurant chaque fois qu’il est le premier.

Yaya, dealer, est ce qui ressemble le plus à un ami. Elle le pousse à la faire rentrer dans le cercle de Driss, le fils de l’homme le plus riche de Casablanca. Son objectif est clair et simple : lui mettre le grappin dessus, être épousée, et ne plus jamais se soucier des problèmes d’argent. Sarah est belle, maligne et intelligente. Elle n’a aucun mal à se faire passer pour ce qu’elle n’est pas. Même si Driss, sous ses airs ahuris et naïfs, n’est pas si idiot que cela.

Le personnage de Sarah peut sembler détestable de prime abord. C’est une jeune fille qui n’a rien et qui veut tout, la belle maison, la vie facile, l’insouciance… Peut-on lui en vouloir ? Elle n’a pour exemple que sa mère, une femme qui se fait entretenir par qui veut bien d’elle et qui ne se préoccupe jamais de ce que sa fille fait de ses journées. Sarah s’est facilement faite à la vie à Casablanca, mais elle reste une Française. Tout comme sa nouvelle amie Chirine n’est qu’une non-juive pour son petit ami qui ne l’épousera jamais. La place de chacun est codifiée et on peut toujours essayer de bouger les lignes, elles vacillent sans jamais tomber. Des parois de verre auxquelles Sarah se heurte quand elle pense pouvoir passer de l’autre côté.

Sans cynisme ni mépris, Abigail Assor dresse le portait d’une jeunesse marocaine disparate des années 90, tiraillée entre tradition et désir d’affirmation. On remarque que derrière le clinquant se cache souvent la soumission des femmes, qui doivent garder la tête haute malgré les cornes qui leur ceignent le front. On se laisse glisser aux côtés de Sarah dans les rues de Casablanca, dans les ruelles sinueuses des quartiers pauvres ou dans les avenues aux villas éclatantes. L’océan, les piscines, le ftour du Ramadan, l’appel du muezzin… Tout est là pour plonger le lecteur dans l’atmosphère exotique de Casablanca sans perdre de vue que la réalité est loin de la carte postale. Elle est au contraire brutale et sans concession. Et c’est finalement avec beaucoup de tendresse qu’on s’attache à Sarah.

Aussi riche que le roi est un roman fascinant, qu’on a du mal à lâcher, absorbés par ce que l’autrice raconte de ce pays qu’elle connaît si bien. Un premier roman au style maîtrisé qui donne envie d’y revenir. Espérons qu’Abigail Assor n’en reste pas là !

Folio, 2022, ISBN 978-2-07-297747-3, 272 pages, 7.80€

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

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