« Les falaises » de Virginie DeChamplain

En apprenant la nouvelle du décès de sa mère, retrouvée sur les rives du Saint Laurent, une jeune femme retourne dans la petite ville de Gaspésie où elle a grandi. Elle pensait ne pas rester longtemps, juste le temps de faire le tri et débarrasser les vieilles affaires inutiles. Mais les jours passent et elle est toujours là.

Dans le grenier elle a trouvé les journaux de sa grand-mère, qu’elle n’a jamais connue puisque sa mère allait justement lui annoncer sa grossesse le jour où elle s’est éteinte sur un rocking-chair. A travers ses mots, elle retisse des liens avec elle-même. Comprenant qu’elle porte en elle le destin des femmes de la famille, des exilées, qui ont eu du mal à transmettre un amour maternel qu’elles n’ont jamais reçu les bras grands ouverts mais avec des mots voilés. Cette grand-mère venue d’Islande avec qui elle aimerait nouer une relation a posteriori en se rendant sur ses terres.

Enfermée dans la maison de sa mère, la jeune femme érige une muraille contre le monde et se livre à l’introspection.

Je sors plus de la maison. Je passe mes journées en étoile au milieu du lit avec mes cahiers. Avec ma grand-mère, ma grand-mère dans le creux. J’écoute les marées qui montent et qui meurent et je pense à rentrer. Mais je sais pas c’est où, rentrer. Je sais plus c’est où. Je dors même quand c’est pas la nuit. Je me réveille en rêvant à l’Islande. En rêvant que je suis ma grand-mère, ma mère après elle. On marche sans se voir sur le même chemin. La vie normale a plus d’emprise sur moi. La vie où les gens se lèvent et se parlent et vont travailler et rentrent à la maison s’asseoir et s’aimer. J’habite à côté du monde, détraquée. Dans une bulle loin du temps.

Ce que j’ai aimé dans ce roman, c’est l’écriture. Un beau texte, truffé d’expressions québecoises sans adaptation (il s’agit après tout d’un éditeur canadien), dont il faut deviner le sens. Pour moi qui suis passionnée des langues, c’est un régal. J’ai cependant été très étonnée de trouver beaucoup plus d’anglicismes qu’on veut nous le faire croire, le québécois n’est pas si chauvin que ça.
Le style m’a séduite, les mots aussi, le contenu moins. Quelques jours seulement après ma lecture, je sais déjà que dans quelques mois je serai incapable de dire de quoi ce premier roman parle à part d’une femme qui s’enferme dans la maison de sa mère après sa mort.

En somme, j’ai pris plaisir à vivre cette expérience de lecture mais je n’en garderai pas un souvenir impérissable. Cela ne me dérange pas, les plaisirs qui ne durent pas sont aussi bons à prendre.

La Peuplade, 2020, 978-2-924898-51-2, 213 pages, 18€

5/22

2 réflexions au sujet de « « Les falaises » de Virginie DeChamplain »

  1. Tentant une ambiance comme je les aime me semble-t-il et en plus je lus peu de littérature québécoise où canadienne… Je note cette fois-ci car il était un peu passer aux oubliettes 🤔😉

  2. Merci pour ton avis. Je note les expressions québécoises et les anglicismes 🙂
    Il est dans ma wishlist depuis sa parution. Il se situe dans une région que je rêve de visiter ! Un thème – le deuil – qui me passionne.
    Je suis très impatiente de le lire.

A vous les micros !

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