« Alexis Zorba » de Nikos Kazantzakis

J’ai une chance dingue. Alors que les boîtes à livres regorgent d’habitude de titres datés dont personne ne veut plus, je suis tombée une première fois (entre autres jolies trouvailles) sur le merveilleux Martin Eden de Jack London. Et sans me douter du trésor que je tenais entre mes mains : sur Alexis Zorba de Nikos Kazantzakis.

J’ai pour la première fois entendu parler de cet auteur en 2010, lorsque j’ai visité la Crète et que j’ai eu l’occasion de voir sa tombe à Heraklion. C’est là que j’ai appris qu’il était l’auteur du livre qui avait été adapté en film sous le titre Zorba le Grec (avec Anthony Queen et la fameuse dans inventée pour l’occasion). Je m’étais promis de le lire un jour, parce que connaître un écrivain seulement pour sa tombe est quelque peu dommage…

C’était une lecture absolument incroyable. Merveilleuse.

Le personnage principal est un lettré, qui éprouve le besoin de se confronter au réel. Il achète en Crète une mine de lignite qu’il compte exploiter pour sortir des livres.

Tu dois t’en souvenir : lorsque tu es parti, tu m’as traité de rat de bibliothèque. Vexé, j’ai décidé d’abandonner pour un temps – ou pour toujours ? – les bouquins et de me jeter dans l’action. J’ai loué une colline qui renferme du lignite, embauché des ouvriers, acheté des pioches, des pelles, des lampes à acétylène, des couffins, des chariots, j’ai ouvert des galeries et je m’y enfonce. Comme ça, par défi. Et de rat de bibliothèque que j’étais, à force de creuser, de percer des galeries sous la terre, je suis devenu taupe.

Au Pirée, avant d’embarquer, un homme l’accoste. Il s’appelle Alexis Zorba et il se propose de l’accompagner. De fil en aiguille, c’est tout naturellement que Zorba devient le chef de la mine sur lequel le narrateur peut se reposer.

Entre les deux, une amitié fondée sur le respect et l’admiration naît. Zorba représente la liberté. Il vit au jour le jour, sans ressasser le passé ni présumer du futur. Il boit, mange, rit, danse (son moyen d’expression favori quand les mots lui manquent), embrasse et étreint avec toute son âme. C’est un jouisseur dans ce que le terme a de plus vivant et enthousiaste. Une personnalité hors-norme qu’on aimerait tous avoir dans notre vie.

L’âme de Zorba, où qu’on la touchât, jetait des étincelles.

Le narrateur, « patron », comme Zorba l’appelle, est plus dans la retenue. Il regarde son acolyte, aimerait avoir son insouciance et son appétit de vivre, et s’il ne parvient pas totalement à se laisser aller, la présence de Zorba lui permet de tendre à une forme de sérénité.

Nous sommes restés un long moment autour du brasero sans dire un mot. Ce fut pour moi l’occasion de vérifier que le bonheur est une chose simple et frugale – un verre de vin, quelques châtaignes, un modeste brasero, la rumeur de la mer ; et rien d’autre. Pour sentir que là est le bonheur, il suffit d’un cœur simple et frugal.

Écrit pendant la deuxième guerre mondiale, Nikos Kazantzakis a su mettre en scène une histoire intemporelle, où la présence de la guerre apparaît uniquement par touches discrètes. Cette intemporalité rend les personnages très proches, d’autant plus que leurs préoccupations restent actuelles : le souci de vivre intensément, penser au moment présent, chérir l’amitié. L’amour est aussi présent sous les traits de Bouboulina, la logeuse française à qui Zorba redonne une deuxième jeunesse. Et la religion est source de réflexions philosophiques passionnantes, tout comme d’autres thèmes abordés dans les conversations entre le narrateur et Zorba qui tournent souvent à la joute verbale.

Ce roman est un petit bijou. L’écriture est éblouissante. L’émotion procurée par les mots et les idées, la sincérité de cette si belle amitié, menaçait de faire perler des larmes. J’ai mis beaucoup de temps à lire les dernières pages tant je ne voulais pas quitter ces personnages et tant elles étaient poignantes.

Une de mes plus belles découvertes ❤

Babel, 2017, 456 pages, 978-2-330-08717-3, 456 pages, 9.70€

12 réflexions au sujet de « « Alexis Zorba » de Nikos Kazantzakis »

  1. Oh oui quel roman, quel écrivain ! Je te souhaite de découvrir d’autres titres de son œuvre tant elle est riche et palpita!

  2. Quelle chronique ! On sent que ce livre t’a bouleversée et ça donne envie de le découvrir à mon tour. Je l’ajoute sans hésiter à mes listes tant il semble beau. Quelle chance de faire de si jolies trouvailles dans les boîtes à lire ! (je n’ai pour l’instant pas eu ce privilège !)

  3. Merci pour cette belle chronique! Je le lirai certainement un jour! J’aime bien aussi fouiller dans les boites ou encore dans les ventes de livres à 1$. Je fais de merveilleuses trouvailles. Au plaisir!

  4. Hé bien !!!
    Je ne me serais jamais retournée sur ce titre mais là ! Tu as l’air tellement enthousiaste ( et je pense que le mot est faible) que ce livre soit absolument rejoindre ma pal !

A vous les micros !

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