« Donne-moi la main menino » d’Aurélie Delahaye

En 1984, plusieurs personnes se trouvent au même endroit au même moment : à Lisbonne. Parmi eux des Lisboètes mais aussi des Français venus pour des raisons différentes. Leur point commun ? Tous sont tombés sous le charme de la capitale portugaise.

En 2018, nous les retrouvons. Les habitants n’ont jamais quitté leur ville ; les Français sont revenus. Menino vit toujours à Lisbonne, Fanny est venue monter un blog sur sa ville coup de cœur, la pianiste Viviane y a posé définitivement ses valises, Joséphine vient passer quelques temps pour son travail de recherche sur les logements, Pierre veut renforcer ses ambitions dans l’immobilier…

Mais quelque chose a changé. Le Lisbonne des années 2010 n’est plus celui des années 1980. Les quartiers populaires, aux multiples épiceries, avec les tabourets devant où commerçants et voisins s’asseyaient pour discuter, n’existent presque plus. On n’entend plus les habitants s’interpeller d’un immeuble à l’autre, avec entre eux leurs vêtements suspendus sur les cordes à linge.
Lisbonne s’est boboïsé.

Les politiques publiques ont permis les investissements étrangers et la réhabilitation des logements. Ce qui parait une bonne nouvelle pour les habitants mais ne l’est pas. Les loyers ont été déplafonnés et de nombreux Lisboètes n’ont plus eu les moyens de rester dans le logement ni même le quartier qu’ils habitaient depuis toujours. Parfois cela va jusqu’à l’intimidation pour chasser les habitants récalcitrants.
Les vieux quartiers de Lisbonne deviennent petit à petit ce qu’ils deviennent beaucoup ailleurs : des quartiers néo bourgeois, truffés de logements Airbnb ou de pied-à-terre.
L’âme lisboète se perd et se dilue.

Les personnages que nous rencontrons ici constatent cet état de fait et se battent pour les habitants. Zé est le petit vieux emblématique. Il ne connaît rien d’autre que son logement et un jour il reçoit LA lettre, celle qui lui demande de partir. Quand il refuse, on neutralise son interphone, on coupe l’électricité dans l’immeuble… On lui fait vivre un enfer jusqu’à ce qu’il craque. Heureusement, Viviane, Menino, Joséphine et les associations se tiennent à ses côtés.

Soyons francs, l’écriture et l’histoire ne sont pas follement excitants. Mais ce n’est pas pour cela qu’on lira le roman. Ce qui importe, c’est la problématique soulevée, que j’ai moi-même constatée puisque je vais régulièrement à Lisbonne depuis de nombreuses années. Aurélie Delahaye parvient à mettre sur la table le problème de la gentrification des vieux quartiers au détriment de la population d’origine qui donne tout son sel à Lisbonne. Illustrer la question par le prisme de la fiction et donc de l’émotion est toujours pertinent et l’exercice est très bien réalisé.

Un livre document très intéressant qui m’aura permis de mieux prendre la mesure des problèmes et des enjeux.

Pocket, 2021, ISBN 978-2-266-31577-7, 236 pages, 7.10€

LECTURE 3/22

4 réflexions au sujet de « « Donne-moi la main menino » d’Aurélie Delahaye »

    1. J’y vais depuis petite et j’ai remarqué qu’il n’y avait plus cette ambiance de grand village. Mais comme dit Mumu, c’est la même chose dans beaucoup de villes maintenant.

A vous les micros !

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