« Le passeur » de Stéphanie Coste

Les migrants se précipitent sur les côtes libyennes. Ils viennent de toute l’Afrique, dans l’espoir de monter dans une embarcation pour atteindre les rives européennes. Seyoum est un passeur. A trente ans, c’est une des figures de cette nouvelle forme de traite des humains. Ces hommes, ces femmes et ces enfants qui traversent le continent dans des conditions abominables, subissant sévices, faim et soif. Tout cela pour finir sur un rafiot craquant et trouver la mort dans de très nombreux cas.
Seyoum n’a plus de pitié. Elle l’a quittée depuis longtemps, perdue dans les vapeurs d’alcool et de drogues qui l’aident à tenir le coup, même si souvent il ne tient plus debout.

Comment a-t-il pu en arriver là ? Lui, l’Erythréen éduqué, qui a vu la guerre civile s’immiscer petit à petit dans sa vie. Son père journaliste menacé, sa voisine et amie effrayée… Que s’est-il passé pour qu’il prenne la place du bourreau ?

En alternant le récit de son quotidien en Libye avec les réminiscences de son passé, nous parvenons à retisser petit à petit la trame de sa vie. Les rôles se sont inversés. Il n’est plus celui qui a peur, mais celui qu’on craint. Sa richesse s’est faite sur la misère de ses compatriotes érythréens. Il a subi et à présent c’est lui qui fait sa loi, accompagné de ses fidèles lieutenants.

Le passeur est un roman uppercut. Court et intense, poignant et puissant, il laisse au lecteur qui tourne la dernière page une impression de profondeur et de densité. En peu de pages, Seyoum devient un personnage qu’on peut toucher du doigt. On le connaît enfant, adolescent, adulte. On sait ses tourments. On se rend compte qu’un jour, il a aimé. Rien pourtant n’excuse son attitude envers les migrants, qui placent leurs derniers espoirs et leurs derniers billets entre ses mains. Leur sort est déchirant et on ne peut ressortir de cette lecture sans être touchés et sensibilisés à leur tentative d’atteindre une terre meilleure.

Ce premier roman de Stéphanie Coste est une réussite totale. L’écriture enlevée et maîtrisée nous emporte totalement dans l’histoire, aux côtés de cet homme qu’on sent pétri de contradictions. Le thème et les évènements sont sombres et pourtant, Le passeur est beau et solaire.
Une très belle prouesse de l’autrice dont j’attends avec intérêt le prochain roman.

Folio, 2022, ISBN 978-2-07-296322-3, 144 pages, 7€

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

3 réflexions au sujet de « « Le passeur » de Stéphanie Coste »

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