« L’amant » de Marguerite Duras

En mars le challenge Les Classiques c’est fantastique de Moka et Fanny nous propose de parcourir les œuvres de deux écrivaines, Marguerite Yourcenar et Marguerite Duras.

Pour commencer cette semaine, j’ai choisi une œuvre emblématique de Marguerite Duras puisqu’il lui a valu de remporter le prix Goncourt en 1984 : L’amant.

Récit d’autofiction dans lequel Marguerite revient sur son adolescence en Indochine, du côté de Saïgon. Elle se promène avec une ancienne robe usée de sa mère, qu’elle agrémente d’une ceinture qui souligne sa taille fine, un chapeau de feutre aux bords plats et des souliers dorés. Deux nattes ramenées de part et d’autre de ses épaules. Elle a quinze ans et demi, une allure juvénile et innocente, une beauté discrète qu’on ne peut que remarquer.

Ce Chinois, surtout, l’a remarquée. Il a douze ans de plus qu’elle, est fortuné, pas spécialement beau, un chauffeur le conduit en limousine, son père lui a déjà trouvé une épouse… Son destin amoureux est tracé par son milieu. Mais il est aimanté par Marguerite, qu’il accoste et séduit.
Marguerite n’est pas spécialement attirée par lui mais elle sent que le temps est venu pour elle de connaître les sensations qui font qu’on laisse la jeune fille qu’on était derrière soi. Il l’initie aux vertiges de l’amour charnel.

L’aura de Marguerite est implacable. Elle est jeune et inexpérimentée et pourtant, c’est elle qui semble mener la danse. Son amant est déboussolé par ce petit corps qui dégage tant de personnalité. Il est amoureux et il sait qu’il ne sera jamais aimé en retour avec la même intensité. Leur histoire est touchante car ils sont tous les deux sincères mais leur sincérité ne regarde pas dans la même direction.

Leur histoire est loin d’être le seul sujet de ce roman. La famille de Marguerite Duras est me semble-t-il le véritable thème. Et quelle famille ! Le frère aîné est une plaie, méchant, joueur et chapardeur. Il perd leurs économies au jeu, dilapide la fortune de sa mère. Jamais un merci. Et sa mère qui n’a d’yeux que pour lui ! Marguerite s’en est bien sortie mais son autre frère a été écrasé toute sa courte vie par son aîné.

L’amant ne joue pas qu’un rôle d’initiateur. Il est une échappatoire.

L’amant est un roman très court et très beau. Sans narration chronologique, au gré des souvenirs, ce qui rend la plume de Marguerite Duras d’autant plus intime et touchante. Une belle lecture qui finit en apothéose avec une phrase qui m’aura laissée pantelante.

Éditions de Minuit, 2006, ISBN 978-2-7073-0695-9, 142 pages, 12.50€

LES CHRONIQUES DE : Fanny, Mag

8 réflexions au sujet de « « L’amant » de Marguerite Duras »

  1. J’ai vu le film il y a des années mais jamais lu le livre. Moins attirée par les classiques contemporains, mais en te lisant je me dis qu’il est peut-être temps d’y remédier 😉

  2. Très belle chronique ! Tu trouves vraiment les mots juste pour parler de cette relation, je suis admirative ! L’histoire de la famille est fascinante ainsi que les liens troubles qui unissent ses membres…

  3. Il m’a fallu plusieurs essais pour aimer L’Amant. (J’aime bien cette phrase en la relisant.) L’écriture de Duras est si particulière. Très belle chronique en tout cas !

A vous les micros !

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