« Alice Guy » de José-Louis BOCQUET & Catel MULLER

C’est en juillet dernier que j’ai entendu pour la première fois parler d’Alice Guy, grâce au podcast True Story qui lui était consacré. Au fur et à mesure de mon écoute, j’étais abasourdie. Comment était-ce possible que je n’aie jamais entendu parler de cette femme ??

C’est avec joie que j’ai appris quelques semaines plus tard qu’un roman graphique lui était consacré, celui que je vous présente aujourd’hui dans le cadre d’une lecture commune avec Blandine et Nathalie.

Qui est Alice Guy ? La première cinéaste femme française. Tombée dans l’oubli.

Née en 1873, Alice est la benjamine d’une fratrie de cinq frères et sœurs. Après plusieurs années passées en Suisse et au Chili dont vous trouverez les détails dans l’album, Alice et sa mère se retrouvent livrées à elle-même à Paris.
Alice doit travailler. Elle apprend la dactylographie et après un premier emploi dans une entreprise de vernis, se présente chez Léon Gaumont au Comptoir général de la Photographie

-Mais je crains que vous ne soyez trop jeune, mademoiselle.
-N’ayez crainte, ça me passera.

Alice est à sa tâche de secrétaire mais voit le monde évoluer autour d’elle. La photographie commence à s’animer via divers procédés et inventions émanant de Thomas Edison, des frères Lumière, de Georges Demenÿ… La jeune femme s’intéresse de très près à cette nouvelle technique animée et sent qu’il y a une niche dans laquelle s’engouffrer. Les films projetés sont souvent les mêmes : sorties d’usine, train, défilés militaires, danses… Aucune originalité.

Alice demande alors l’autorisation à Léon Gaumont d’utiliser l’arrière-cour de l’établissement pour tourner des scénettes, dont le premier La Fée aux choux :

Avec son imagination, son envie, son ardeur et sa passion, Alice réalise de nombreux petits films qui font le succès de la maison de Gaumont. Jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse et que son mari, polyglotte et appartenant au milieu du cinéma, l’emmène à Cleveland pour diriger une succursale de Gaumont. Alice est reléguée au rôle de femme au foyer et de mère.

Mais le besoin de faire du cinéma la démange et en louant le studio lorsqu’il est inoccupé, elle refait des films. Ce qui va l’arrêter, ce sont les investissements foireux d’Herbert Blaché, son mari, qui va la laisser sans un sou. Ruinée, Alice va retourner en France où le cinéma l’a déjà oubliée. Où on a fait en sorte qu’elle soit oubliée. Est-ce parce que c’était une femme ? Est-ce parce que Léon Gaumont a vu l’opportunité de tirer la couverture à lui en « oubliant » Alice ?

Quelle que soit la réponse, son éviction de l’histoire de cinéma est aujourd’hui réparée grâce entre autres à cet album qui retrace très bien le destin d’Alice Guy. Il aura fallu au scénariste José-Louis Bocquet condenser une vie très riche et on tient là l’essentiel avec suffisamment de consistance pour saisir le parcours incroyable de cette réalisatrice.

J’ai beaucoup aimé lire cet album notamment grâce aux illustrations de Catel Muller. Pas de couleur mais plein de détails qui donnent vie aux planches et nous font rentrer très facilement dans l’histoire.

Ce qui manque mais qui était impossible à communiquer, ce sont les films. C’est pour cette raison que je vous suggère de compléter votre lecture par le documentaire Arte Alice Guy – L’inconnue du 7e art. On y voit Alice Guy revenir sur sa carrière alors qu’elle est âgée et regretter qu’aucun de ses films n’a été retrouvé. Elle ne saura jamais qu’on a pu plus tard lui en attribuer une centaine dont vous pourrez voir de nombreux extraits dans cet excellent documentaire.

A noter, il y a une documentation très complète à la fin de l’album avec une biographie exhaustive de chaque personnalité importante ainsi qu’une filmographie et une bibliographie. On peut survoler cette partie (je ne me suis attardée que sur ce qui m’intéressait particulièrement) mais c’est un bon point de savoir qu’on peut approfondir un point à tout moment.

Plus que l’album lui-même (que je vous recommande évidemment), c’est Alice Guy qui m’a fascinée. Je trouve sa force de caractère et ce qu’elle a accompli incroyables et j’espère de tout cœur que bientôt son nom ne sera plus inconnu de personne.

Casterman, 2021, ISBN 978-2-203-17165-7, 400 pages, 24.95€

C’est Noukette qui nous accueille cette semaine !

13 réflexions au sujet de « « Alice Guy » de José-Louis BOCQUET & Catel MULLER »

  1. Au fur et à mesure de ma lecture il me semblait bien que j’avais vu un doc sur Arte la concernant et je vois d’ailleurs que tu le mentionnes en fin de chronique….. Encore une femme dont le nom est tombé dans l’oubli 😦 🙂

    1. Le doc est très bien fait. Je suis heureuse de l’éclairage qui est fait ces derniers mois sur le parcours incroyable d’Alice Guy. Elle le mérite ! Mais quel dommage qu’elle n’ait pas été réhabilitée de son vivant…

  2. Je n’ai pas encore regardé le doc (mais je l’ai enregistré !) mais j’ai beaucoup aimé découvrir le parcours de cette femme « oubliée ». De manière générale, j’aime beaucoup les biographies de Catel et Bocquet.

  3. Quel bel article, merci pour ce joli partage ! j’ai très envie de découvrir cette femme avec cette BD et d’ailleurs d’autres dans cette collection 🙂
    Bonne journée !

A vous les micros !

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