« Berezina » de Virgile Dureuil d’après le récit de Sylvain Tesson

Après avoir brillamment adapté le récit de voyage de Sylvain Tesson Dans les forêts de Sibérie, Virgile Dureuil s’attaque cette fois à Berezina, toujours du même auteur.

Sylvain Tesson et deux amis entreprennent, après un bref séjour à Moscou pour un salon du livre, de regagner Paris en suivant le même chemin que les troupes napoléoniennes lors de la retraite de Russie, dont on célèbre cette année là (2012) les 200 ans.
C’est à bord d’un side-car Oural qu’ils vont accomplir leur périple, en hiver, collant ainsi aux conditions climatiques rencontrées par les soldats.

L’écrivain voyageur est accompagné de deux amis : Thomas Goisque, un photographe habitué aux voyages extrêmes et Cédric Gras, un géographe russophile. Deux Russes seront également du voyage.

D’emblée, on est saisis par le caractère aventurier des trois compagnons de route, qui roulent dans des conditions peu évidentes dans les campagnes enneigées. Le froid glacial engourdit plus d’une fois Sylvain Tesson, qui avec sa témérité légendaire poursuit malgré le sommeil qui le gagne la chevauchée avec ses acolytes confiants (fous ?) à côté. Les Russes, qui retardés à cause de soucis techniques, doivent les rejoindre plus tard, puis le soir, puis le lendemain, donnent à l’aventure une nonchalance amusante : il n’y a pas de problème, que des solutions, tout va bien se passer. Ce qui de toutes façons colle plutôt au caractère des trois Français, habitués aux situations inconfortables.

Là où la BD dépasse le récit de voyage, c’est qu’elle met en images les troupes napoléoniennes sur les mêmes routes que l’équipée sauvage en Oural. Tout à coup, ce qui nous était abstrait prend une consistance effarante. On voit ces soldats, affaiblis par le froid, la faim, la peur sans doute, malgré un vif sens du courage et de l’honneur, déambuler dans des paysages hostiles, sachant que l’armée russe est à leurs trousses et que les villageois sont prêts à leur tomber dessus à tout moment.

Le parallèle quotidien entre le voyage de la retraite de Russie et celui de Sylvain Tesson est rendu de façon très nette. On visualise parfaitement le trajet, et pour qui ne connaît pas dans les détails (ni même dans les grandes lignes) l’évènement historique, c’est incroyablement instructif et édifiant. Pour tout vous dire, n’ayant jamais étudié cette période sur les bancs de l’école, je ne connaissais rien. Et maintenant j’ai l’impression de savoir tout.

Graphiquement, c’est une réussite. Les planches sont très belles et truffées de détails. Chaque vignette mérite qu’on s’y attarde. Il se dégage à la lecture, avec cette neige omniprésente et ces villes grises, une ambiance russe prégnante. Les armées sont représentées avec minutie. Tout est incroyablement fin et précis. C’est superbe.

Comme toujours, je suis harponnée par la langue de Sylvain Tesson, soignée et arrosée d’ironie. Il porte un regard sur le monde, sur les gens et sur l’aventure qui me fascine. Le groupe qu’il forme avec ses amis et les Russes m’a fait passer un très bon moment, entre rires, émotions et savoir.

Je suis sous le charme de cette lecture. J’y ai trouvé de l’amitié, de l’aventure, de l’Histoire et une profonde sympathie pour ces soldats de 1812. C’était passionnant. J’espère que la collaboration entre Virgile Dureuil et Sylvain Tesson ne s’arrêtera pas là !

Casterman, 2021, 978-2-203-22352-3, 134 pages, 20€


Retrouvons-nous chez Stephie pour les autres BD de la semaine !

11 réflexions au sujet de « « Berezina » de Virgile Dureuil d’après le récit de Sylvain Tesson »

  1. Je n’avais pas été très séduite par les dessins de Dureuil dans la bd « Dans les forêts de Sibérie » mais l’histoire m’avait passionnée. Je peux mettre mes impressions de côté pour découvrir cette nouvelle adaptation.

  2. Je ne serais peut-être pas allée toute seule vers cet album-là mais tu me donnes vraiment envie de m’y intéresser très sérieusement. Décidément ce rdv BD est d’une richesse folle !

  3. Je n’ai encore jamais lu Sylvain Tesson alors que j’adore l’écouter en interview. Je me souviens l’avoir vu pour ce livre (pas bd) chez Ruquier ou à la grande librairie. L’adaptation bd des forêts de Sibérie m’attend d’ailleurs

  4. Mmmmh. Assez peu attirée par le graphisme sur ce coup-là. Néanmoins, j’ai appris à ne pas m’arrêter à cette impression qui fausse parfois les choses. Je pourrais être surprise.

A vous les micros !

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