« L’éternel fiancé » d’Agnès Desarthe

A quatre ans, la narratrice se rend avec sa classe écouter un concert de musique classique, dans la salle des mariages. Là, un petit garçon se retourne et lui dit qu’il l’aime pour ses yeux ronds. Elle lui répond qu’elle ne l’aime pas pour ses cheveux de travers.

Ce refus la suivra toute sa vie. Car Étienne se trouvera toujours sur son chemin. Qu’importe les années d’absence, durant lesquelles elle l’aura oublié, il resurgira sans prévenir.

Bien qu’Étienne soit le fil rouge de cette histoire, parfois si tendu qu’on ne voit que lui, parfois si lâche qu’on l’oublie, ce récit est avant tout celui d’une femme, avec ses hauts et ses bas, ses bonheurs et ses déceptions, ses rêves assouvis ou oubliés. Une femme qui essaie de tenir les rênes de sa vie avec ce qu’elle a d’incontrôlable, l’amour, la famille et le hasard.

Elle est touchante avec son amour pour la musique, ses quatuors avec son père et ses deux soeurs très différentes d’elle, une mère qui a choisi de s’épanouir en tant que femme plutôt que subir en tant que seulement mère. Elle est émouvante avec ses incertitudes, ses failles sur lesquelles elle s’agrippe comme à une falaise pour ne pas se perdre de vue. Jusqu’à ce qu’Étienne, avec sa vie qui sort de l’ordinaire, la bouleverse au fil des années, la bouscule dans son équilibre difficile à maintenir.

Etienne est pour moi le bémol de ce roman. Pour garder la métaphore de la musique, thème cher à Agnès Desarthe, je trouve la partition extrêmement pointue et élégante quand il s’agit de la vie de la narratrice. C’est mélodieux, harmonieux, assez enivrant tant la plume est belle. Il y a des passages que j’ai relus avec plaisir tant c’est joliment écrit.

Je renoue avec le passé, j’en saisis tous les fils. Je vais rebroder ma vie avec les couleurs qui m’ont manqué.

Les passages concernant Etienne m’ont moins séduite. Sans aller jusqu’à la fausse note, la mélodie ne m’a pas autant emballée. La distance qui s’est établie après les années lycée s’est réduite de manière trop radicale pour que j’adhère totalement au personnage et à sa façon d’être.

L’éternel fiancé était pressenti pour de nombreux prix littéraires à la rentrée d’automne 2021 et je comprends l’engouement suscité, car c’est un très beau roman, mettant en scène une femme qui ressemble à beaucoup d’entre nous. Elle est attachante. L’écriture est envoûtante. Mais si les premières pages m’ont époustouflée, le charme a perdu en intensité au fil des chapitres, ne reprenant de sa force que vers la fin du roman.

Au final, une lecture très agréable que je ne regrette absolument pas mais dont j’attendais un peu plus.

Éditions de l’Olivier, 2021, ISBN 978-2-8236-1582-1, 251 pages, 19€

3 réflexions au sujet de « « L’éternel fiancé » d’Agnès Desarthe »

  1. Je pensais l’avoir déjà lue mais en parcourant ses titres sur Babelio, je me rends compte que non..
    Ce ne sera peut-être pas avec celui-ci que je débuterai ma découverte.

A vous les micros !

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