« A l’ouest rien de nouveau » d’Erich Maria Remarque

Le challenge Les Classiques c’est fantastique de Moka et Fanny nous emmène en novembre à la découverte des romans classiques historiques.

A l’ouest rien de nouveau fait partie de la bibliographie qu’on nous propose à l’école lorsqu’on étudie la Première Guerre Mondiale. Pour avoir lu Le feu d’Henri Barbusse, on est sur le même thème, mais dans l’autre camp. La guerre vue par un soldat, qui la vit au jour le jour, dans les tranchées. Qui chaque jour sait que cela peut être le dernier.

Le contenu du roman est sans surprise. C’est le quotidien d’un Allemand au milieu des autres soldats, sur le front. Mais ce quotidien n’a rien de banal. Entre les maigres repas qui affaiblissent, les maladies qui les rongent, les combats, la peur, la perte de ses camarades, la vue de cadavres et de blessés dans des états guère imaginables… C’est tout simplement bouleversant.

Bouleversant le récit de ce jeune homme de 19 ans, que son professeur a convaincu, tout comme ses camarades, qu’il était de leur devoir de s’engager. La réalité qui se fait rapidement jour dans son esprit : cette guerre est absurde, et l’homme qui lui fait face, de l’autre côté de la tranchée, ne vaut pas moins que lui.

– […] Un peuple en offense un autre…
– Alors, je n’ai rien à faire ici, réplique Tjaden. Je ne me sens pas offensé.
– Mais a-t-on donc des explications à te donner, à toi ? dit Albert d’un ton mécontent. Toi, cul-terreux, tu ne comptes pas là-dedans.
– Alors, raison de plus que je m’en retourne, insiste Tjaden.

Paul Baümer raconte ce que cette guerre fait de son humanité. Lui qui n’a que 19 ans, pas d’épouse, pas d’enfants, pas de métier qui lui permettent de s’accrocher à un modèle de vie quitté pour être retrouvé. Sa vie de soldat n’est pas une parenthèse, c’est avec cette expérience que démarre sa vie d’adulte. Lorsqu’il est en permission, il sait désormais qu’il sera toujours en décalage avec ceux qui ne savent pas ce qu’est la guerre au combat.

Quand nous partons, nous ne sommes que de vulgaires soldats, maussades ou de bonne humeur, et, quand nous arrivons dans la zone où commence le front, nous sommes devenus des hommes-bêtes.

Ce roman pacifiste d’Erich Maria Remarque a connu un grand succès à sa sortie. Mais avec l’arrivée des nazis, il est devenu indésirable et brûlé sur la place publique. L’auteur pourchassé s’est exilé aux États-Unis, où il a abandonné son véritable nom, Erich Paul Remark, pour celui passé à la postérité. Non seulement le texte est un plaidoyer contre la guerre, mais il pointe du doigt tous les politiciens et chefs militaires qui jouent aux petits soldats avec des êtres humains et assoient leur autorité parce qu’ils en ont le pouvoir.

Ce que je retiens de cette lecture, outre l’horreur qui se déroule sous les yeux de Paul, c’est une intense beauté littéraire. Par contraste, l’innocence de Paul et de ses compagnons, leur forte fraternité, font surgir des ténèbres une ode à la vie.
Un ouvrage essentiel, à lire absolument.

La vie ici, à la frontière de la mort, a une ligne d’une simplicité extraordinaire ; elle se limite au strict nécessaire, tant le reste est enveloppé d’un sommeil profond ; c’est là à la fois notre primitivité et notre salut ; si nous étions plus différenciés, il y a longtemps que nous serions devenus fous, que nous aurions déserté ou que nous serions morts.

Le club des éditeurs, 1959, 223 pages

Les choix des organisatrices Fanny et Moka

12 réflexions au sujet de « « A l’ouest rien de nouveau » d’Erich Maria Remarque »

  1. Sa lecture m’avait beaucoup marqué par son pacifisme même si, et tu l’écris très bien, elle est sans surprise.

  2. Il y a des romans dont le nom est connu mais dont on ne sait finalement rien, le titre devenant même une phrase usitée à de nombreux propos….. Merci pour cette chronique qui m’a permis d’en connaître le sujet et l’auteur 🙂

  3. Comme Mumu et Céline, le titre m’était familier mais je ne connaissais pas l’histoire…
    Ça m’a l’air bouleversant et ce que tu dis de l’histoire de l’auteur par rapport à la seconde guerre mondiale me touche beaucoup.

A vous les micros !

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