« Shuggie Bain » de Douglas Stuart

Shuggie vit avec sa mère Agnès, son frère, sa sœur et ses grands-parents dans un appartement de Glasgow. Son père, Shug, est taxi de nuit et y vit quand il ne fait pas vrombir son moteur entre les cuisses d’autres femmes. Quelqu’un d’autre habite chez eux, un invité qu’on montra facilement quand il y a du monde et qu’on cache pour en profiteur honteusement seul : l’alcool. Le plus ancien ami d’Agnès.

Bien que le roman s’appelle Shuggie Bain, le vrai personnage central de ce roman, c’est Agnès. Agnès la princesse, belle comme le jour, des rêves plein la tête. Elle a quitté son premier mari, un homme droit qui l’aimait mais trop banal à son goût, pour Shug, plus tumultueux. Ses rêves se trouvent maintenant au fond des canettes de bière bon marché.

Quand la famille emménage dans un nouveau quartier, le désenchantement est encore derrière la porte. Elle se trouve dans le coron, au milieu des mineurs qui ont perdu leur emploi, des familles qui guettent le mardi pour aller chercher le chéquier des allocations familiales.

Ce roman est une peinture très réaliste de l’atmosphère sociale de l’époque, au beau milieu des années Thatcher, qui ont tant mis à mal les ouvriers. Il règne une misère sociale gangrenée par le chômage et l’alcool. Tout le monde chercher à s’échapper. Christine, la sœur de Shuggie, se marie et s’expatrie ; son grand frère s’évade en dessinant et suit une formation pour pouvoir se tirer de là. Le jeune Shuggie tient une place difficile, il est le socle de sa mère sans qui elle s’effondrerait. Il est aussi la risée du voisinage qui voit avant lui qu’il est homosexuel.

Agnès est absolument bouleversante. Elle va droit dans le mur et elle le sait elle-même, mais elle y va la tête haute et la poitrine bombée, le rouge aux lèvres.

Chaque jour, elle ressortait de sa tombe, maquillée et coiffée, et redressait la tête. Quand elle s’était ridiculisée la veille, elle se relevait, mettait son plus beau manteau, et faisait face au monde. Quand elle avait le ventre vide et que ses mômes avaient faim, elle se coiffait et faisait croire au monde qu’il n’en était rien.

Elle et Shuggie forment un duo très touchant. Il lui voue un amour immense et inconditionnel, s’enorgueille de la savoir si belle. Agnès est parfois cruelle avec lui, poussée par le désespoir. Elle a besoin d’un homme, deux ou trois, peu importe, tant qu’elle peut se lover dans des bras. L’amour est parfois à portée de main, mais celui qu’elle a pu saisir après avoir enfin tourné le dos à l’alcool l’a anéantie de la pire des manières : sans faire exprès, juste pour voir (une fois de plus d’ailleurs). Cet épisode et celui de l’arrivée d’Agnès dans sa nouvelle maison sont ceux qui m’ont le plus bouleversée.

Ce n’est qu’en achevant le roman que j’ai compris qu’il s’agissait d’un roman autobiographique. Je ne suis pas surprise, les détails et évènements sont si réalistes et précis qu’ils ne peuvent être totalement inventés. Douglas Stuart est aujourd’hui un styliste talentueux et signe là son premier roman qui a reçu le Booker Prize 2020. Un premier roman époustouflant qui ne laisse pas indemne et que je vous engage à découvrir.

Il s’approcha d’elle et s’enroula autour de sa taille. « Je ferais n’importe quoi pour toi ».

Le billet de Fanny

Editions Globe, 2021, ISBN 978-2-38361-000-7, 496 pages, 23.90€

2 réflexions au sujet de « « Shuggie Bain » de Douglas Stuart »

A vous les micros !

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