« Le monde d’hier – Souvenirs d’un Européen » de Stefan Zweig

C’est le dernier lundi du mois de septembre ! L’heure de parler de notre choix mensuel pour le challenge Les Classiques c’est fantastique organisé par Moka et Fanny. Le thème de septembre est dédié aux récits autobiographiques.

Je n’ai jamais attribué tant d’importance à ma personne que j’eusse éprouvé la tentation de raconter à d’autres les petites histoires de ma vie. Il a fallu beaucoup d’évènements, infiniment plus de catastrophes et d’épreuves qu’il n’en échoit d’ordinaire à une seule génération, avant que je trouve le courage de commencer un livre qui eut mon propre moi pour personnage principal ou, plus exactement, pour centre.

Les premières phrases de ce livre testament de Stefan Zweig m’ont d’emblée charmée : il aborde l’autobiographie comme je l’apprécie, tournée vers l’extérieur et non vers soi, une clef de compréhension pour appréhender une époque, une façon de vivre, une façon de penser…

Son récit suit un ordre chronologique et commence par Le monde de la sécurité. Depuis la fin du 19è siècle, où Vienne, sa ville, était une ville de culture, artistiquement vivante. Où les Autrichiens vivaient sans souci du lendemain, ayant du travail, du pain à table, des banques et des entreprises solides. Il faisait bon vivre.
Puis il parle de l’école et de la société patriarcale. Zweig reste au centre du livre en tant qu’écolier puis en tant qu’adolescent, qui regarde ce qu’il se passe autour de lui et émet un avis critique. Il avait une vision progressiste de l’école qui n’était alors qu’un endroit où le professeur parle et l’élève écoute, sans interaction entre les deux. Il déplore aussi la façon dont on traitait les femmes, qu’on corsetait au propre et au figuré.
Puis il aborde évidemment la guerre, le chaos, l’entre-deux guerre, l’arrivée d’Hitler que personne n’a vraiment vu venir.

Cela reste une loi inéluctable de l’histoire : elle défend précisément aux contemporains de reconnaître dès leurs premiers commencements les grands mouvements qui déterminent leur époque.

TOUT ce que Stefan Zweig raconte est passionnant, divinement écrit (comme toujours) mais ce qui rend ce témoignage aussi unique, c’est que… c’est Stefan Zweig qui raconte. Qu’il a des amis comme Rilke, Verhaeren, Gorki, Romain Rolland, qu’il les admire et donne envie de les lire. Il est d’une bienveillance et d’une humilité incroyables, très sensible, si bien qu’on le sent extrêmement touché par le chaos qui l’entoure. Lui qui croit en l’humanité, en la vertu de la poésie, en la fraternité européenne est contraint de perdre toutes ses illusions. Ce qu’il vit à l’heure où il écrit ce livre, c’est un deuil. Le deuil de ses espoirs, de ses amitiés internationales affichées sans peur, de sa vie libre à Vienne. Et sa patrie l’a déjà tué en interdisant ses livres, en les condamant au bûcher, en faisant de lui un exilé rejeté par son pays.

C’est un récit immensément triste car on sait où cette situation l’a menée, Stefan Zweig a choisi de se suicider en février 1942. Il aurait posté le manuscrit de ce livre la veille de sa mort. C’est très triste et en même temps, il y a beaucoup de joie lorsqu’il parle de son succès venu petit à petit et surtout, tellement de tendresse et d’amitié lorsqu’il parle de ses amis écrivains. C’est pour moi le plus marquant dans ce texte : la littérature qui rassemble au-delà des clivages de nationalité, de religion ou de rang social.

J’aimais déjà énormément les textes de Zweig, j’ai maintenant une immense tendresse pour sa personne et une grande empathie pour son sentiment d’impuissance face au drame qui s’est joué devant lui. C’est un réel plaisir de le lire tant sa plume est harmonieuse. Un tapis de velours qui fait valser les mots. Même si j’aurais préféré qu’il n’ait jamais eu à écrire ceux qui composent ce livre.

Je ne peux que vous recommander chaudement cette lecture.

Petite précision : j’avais prévu de consacrer du temps à une chronique bien travaillée mais un changement de programme m’a contrainte de la rédiger très rapidement. Désolée si elle vous semble bancale.

Les chroniques des autres participants ce lundi : Moka, Fanny, L’ourse bibliophile, Maghily

Le Livre de Poche, 2020, ISBN 978-2-253-14040-5, 507 pages, 7.90€

6 réflexions au sujet de « « Le monde d’hier – Souvenirs d’un Européen » de Stefan Zweig »

  1. En prévision de lecture. J’ai moi-même beaucoup de tendresse pour Zweig et ce Monde d’hier semble prodigieux et truffé de détails historiques passionnants.

  2. Elle est très bien, cette chronique ! Je n’ai jamais pris le temps de lire ce livre alors que Zweig est un auteur que j’adore. J’ai recommencé à piocher ses nouvelles mais j’ai du mal à être régulière. Quoi qu’il en soit, sa plume est toujours un bonheur. Merci de m’avoir donné envie de le retrouver au plus vite !

  3. Je ne suis habituellement pas très portée sur l’autobiographie mais ta mise en bouche et la belle entrée en matière de Zweig ont achevé de me convaincre !

A vous les micros !

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