« Le Jardin – Paris » de Gaëlle Geniller

Dans Le jardin, cabaret parisien des années 1920, les Fleurs dansent et s’effeuillent, face à une clientèle sage et enthousiaste, souvent constituée de fidèles. Chaque Fleur a ses habitués car chacune est différente, avec son allure, son style, sa chorégraphie. Au milieu de toutes ces danseuses il y a Rose. Rose est né au Jardin, c’est le fils de Muguet. Il a grandi au milieu des Fleurs, de la musique, des danses, des costumes et des froufrous. Dans un univers où la féminité est amplifiée aux fins d’un beau spectacle. Lui-même a appris avec plaisir et envie à être une Fleur sur scène.

Puis Rose a son premier habitué. Et c’est là le début pour lui d’une nouvelle étape de sa vie, celle de la confrontation à la séduction et aux sentiments amoureux. Car l’habitué de Rose, Aimé, est mordu et assidu. Tout en délicatesse, sans brusquerie.

Le jeune homme se pose des questions mais trouve vite les réponses. Pour son premier rendez-vous galant, après avoir essayé de nombreuses tenues, il s’habille en femme. C’est ainsi qu’il se sent bien. Qu’il se sent lui ? Rose est un garçon qui aime tellement les femmes qu’il veut leur ressembler. Et si on l’appelle Mademoiselle, cela ne le dérange pas. Malgré ses doutes et ses questionnements légitimes, il ne perd pas de vue que ce qui importe c’est d’être en phase avec lui-même et c’est ce chemin qu’il suit. Bien aidé par les Fleurs qui l’ont vu pousser dans le Jardin sans jamais bousculer son identité.

Cet album revêt aussi d’autres dimensions. C’est un véritable roman, qui nous fait vivre l’effervescence et la joie d’une vie de femmes heureuses de danser comme elles le veulent, par amour de l’art et non simplement pour gagner leur pain. C’est l’histoire de Muguet, qui a élevé son enfant sans le père. C’est la découverte pour Rose de la vie en dehors du Jardin, grâce à Aimé qui lui fait découvrir la campagne. Là, Rose va se faire une amie qui va s’étonner de certaines situations mais les prendre comme elles viennent, sans jamais mettre mal à l’aise Rose.

Il se dégage une bienveillance très agréable. Rose est comme il est et tout le monde le prend tel qu’il est. Une vision naïve mais je sais gré à l’auteure Gaëlle Geniller de ne pas avoir abordé la question de l’identité par le prisme de la méchanceté et de l’intolérance. Cela fait du bien de prendre l’histoire comme elle vient, sans chercher à comprendre quel était le dessein de l’auteure en-dehors de raconter une jolie histoire. L’histoire d’un jeune homme attachant et sensible qui ne ressemble à personne d’autre.

Graphiquement, c’est une bombe. Ce sont des dessins lisses et propres, avec de belles couleurs, qui donnent l’impression de lire le storyboard d’un film d’animation (c’est la formation de Gaëlle Geniller). Le résultat est magnifique.

Un roman graphique extra qui aborde avec intelligence, poésie et sensibilité le thème de la différence.

Delcourt/Mirages, 2020, ISBN 978-2-413-02253-4, 223 pages, 25.50€

Retrouvez les autres participations de la semaine chez Stephie !

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