« Cent millions d’années et un jour » de Jean-Baptiste Andrea

Depuis petit, Stan est passionné par les fossiles, tous ces os et cailloux qui témoignent que la Terre est peuplée depuis des millions d’années et qu’elle a été foulée par des espèces que nous ne connaîtrons jamais autrement que par les traces qu’ils ont laissés. Il a choisi de faire carrière dans cette voie, devenant un modeste universitaire et déviant ainsi du chemin que son père autoritaire voulait tracer pour lui. Stan n’est pas un ambitieux mais il a des rêves. Et lorsqu’il apprend qu’un simple concierge raconte qu’un jour, se perdant dans sa vallée natale, il est tombé nez à nez avec un dragon, Stan est persuadé que celui qui était un jeune homme à l’époque a trouvé dans une grotte un squelette de dinosaure.

Il se met en tête de se rendre dans ce village alpin et de trouver la fameuse grotte au pied du glacier. Il sera accompagné d’un guide italien qui connaît la montage comme sa poche, de son ami de toujours Umberto, qui était autrefois son assistant. Et de Peter, le propre assistant d’Umberto.

Nous sommes en été 1954 et la tache est ardue. Il faut monter jusqu’au glacier, dans des conditions d’accès difficiles. La nature est dépourvue de toute trace humaine mis à part ces barreaux scellés dans la glace qui seront rendus inutilisables par l’arrivée de l’automne. Les semaines sont comptées. Les quatre hommes vont-ils parvenir à trouver le squelette tant désiré ?

Huis clos dans le froid et la glace, loin de tout autre être humain. Ce récit n’est pas tant la recherche effrénée d’un dinosaure hypothétique que la quête pour Stan d’un sens à sa vie. Sans vie de famille, sans parents à chérir, sans carrière qui le fasse briller, il mise tout sur la découverte qui pourrait changer le cours de son existence et représenter le point d’orgue d’une vie consacrée à la paléontologie. Les analepses de son enfance mettent en exergue le sentiment d’avoir toujours été seul et incompris, mis à part par Umberto, son compagnon de rêve qui a pourtant davantage les pieds sur terre.

– Ce n’est pas sage.
– J’ai été sage toute ma vie. Crois-moi, ça ne sert à rien.

Malgré l’immensité des espaces et une impression d’infini, la toute puissance de la nature qui balaie les efforts d’un groupe d’hommes en quelques heures donne un sentiment d’oppression anxiogène propice aux crispations. Plus que l’expédition elle-même, c’est l’introspection et les interactions avec les autres qu’elle entraîne qui sont au cœur du roman. Si on cherche un roman de nature writing, ce n’est pas vers cet ouvrage qu’il faudra se tourner, car la nature est bien présente mais n’est pas véritablement le sujet du roman, pas plus que la profession du paléontologue. La dimension psychologique de cette histoire prend le dessus et est assez réussie.

Ce qu’il faut souligner surtout, c’est l’écriture soignée et plutôt poétique, qui accroît la sensation de pureté de l’environnement de glace et même des intentions de Stan, qui a placé tous ses espoirs dans l’expédition. Si le roman ne me laissera pas un souvenir marquant, il aura eu le mérite de me faire passer un joli moment de lecture aux côtés d’un personnage très attachant.

C’est quelque chose, la fierté d’un père. On peut la trimballer sous sa veste, aller en classe avec, c’est invisible et ça vous tient toute la journée.

Folio, 2021, ISBN 978-2-07-287922-7, 309 pages, 8.10€

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

4 réflexions au sujet de « « Cent millions d’années et un jour » de Jean-Baptiste Andrea »

  1. Une de tes dernières phrases j’aurai pu l’écrire, il a fallu que j’aille relire ma chronique pour me remettre dans le contexte…. Alors oui j’avais aimé sur le moment mais je n’en ai pas gardé beaucoup de souvenirs. Son dernier roman, Des diables et des saints ne m’a pas convaincue 🙂

    1. C’est dommage pour Des diables et des saints car le style de JB Andrea me plait et j’aimerais le retrouver avec une histoire plus dense. Mais si tu n’es pas convaincue je n’ai pas envie de perdre mon temps. Il y a malheureusement trop de romans comme cela, agréables à lire mais qui ne vont pas suffisamment au fond des choses pour être marquants…

  2. Super découverte merci à toi 🙂 hésites pas à venir faire un tour sur mon site Intel-blog.fr et à t’abonner si ça te plaît 😀

A vous les micros !

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