« Le coeur de l’Angleterre » de Jonathan Coe

Après ma déconvenue avec Testament à l’anglaise, grand classique de Jonathan Coe, je récidive avec Le coeur de l’Angleterre. Je sais qu’il peut y avoir une alchimie entre Jonathan Coe et moi puisque ça s’était très bien passé avec La vie très privée de Mr. Sim. Je n’ai donc pas dit mon dernier mot !

Tout d’abord, si la famille Trotter vous dit quelque chose, c’est que vous avez sans doute déjà lu Bienvenue au club ou Le Cercle fermé, les deux premiers tomes de la trilogie qui s’achève par Le cœur de l’Angleterre. Pour autant, rassurez-vous, vous pouvez tout à fait faire connaissance avec Benjamin, Lois, Sophie et leur petit cercle avec ce troisième volet, qui peut se lire de façon indépendante.

Nous sommes en 2010. Benjamin a choisi de s’installer dans un moulin à la campagne afin de mener à bien son projet d’écriture. Sa sœur Lois continue de vivre à distance de son mari, préservant ainsi une indépendance dont elle n’arrive pas à se départir. Sa fille Sophie mène sa carrière universitaire et s’est décidée à arrêter de tomber amoureuse des intellectuels qui ne lui apportent que déceptions. Voici comment les trois principaux personnages démarrent la nouvelle décennie, celle qui va ouvrir la voie au Brexit.

Chez Jonathan Coe la politique n’est jamais loin et cette fois encore, c’est elle qui mène la danse et sera le fil conducteur de l’intrigue. A mesure que les mois passent et que les personnages évoluent, les questions de ce qu’est l’Angleterre, ce qu’est être anglais et ce qu’est être anglais précisément au sein de l’Union européenne vont prendre des proportions considérables. Malgré eux, Benjamin, Lois, Sophie et leurs proches vont être amenés à se positionner. Comme lorsque le mari de Sophie n’obtient pas la promotion qu’il visait parce qu’elle a été donnée à sa collègue d’origine pakistanaise. Était-ce parce qu’elle le méritait plus ? Ou parce qu’il était plus politiquement correct de le donner à une femme d’origine étrangère ?

Cette décennie et l’éventualité d’un Brexit soulevé par les conservateurs a mis en exergue des problèmes de société, qui restaient latents et n’ont demandé qu’à surgir lorsque les problèmes d’immigration et de dépendance économique ont été mis sur le tapis. Comme à son habitude, Jonathan Coe se livre à une analyse pertinente et juste de la société britannique qu’il connaît si bien et qu’il se plaît à décortiquer sans jamais porter de jugement. C’est un fin observateur et il parvient à rester sur le fil de la neutralité tout en glissant beaucoup d’humour et d’autodérision.

Le cœur de l’Angleterre est un brillant mélange des genres, avec des histoires personnelles, de l’amour, de l’amitié, des bonheurs et des deuils, des personnages auxquels on s’attache très rapidement sans même avoir lu les deux premiers tomes et indubitablement, une dimension sociologique et politique qui est la valeur ajoutée de ce roman formidable, d’une densité admirable.

Coup de cœur pour un coup de maître !

Folio, 2021, ISBN 978-2-07-292266-4, 608 pages, 9.20€

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

8 réflexions au sujet de « « Le coeur de l’Angleterre » de Jonathan Coe »

    1. C’est dommage que je n’aie pas commencé par le début mais ça ne m’a pas empêchée du tout d’aimer ce roman. Il est super ! Ce sera très bien pour tes vacances 🙂

  1. J’avais adoré Testament à l’anglaise. Du coup, je me suis procurée quelques livres de lui et j’ai pas retrouvé ce que j’avais aimé dans ce livre. Il faudrait que je retente ! 🙂

  2. Mon préféré reste Le cercle fermé…. Certes le fond politique est intéressant et sert de support à cette saga mais c’est surtout le devenir de chacun et leurs méandres au fil du temps qui m’ont intéressée : qui sont-ils, que font-ils de leurs passés familiaux, de leurs convictions, de leurs rêves…. Une très belle saga 🙂

    1. Tu t’es attachée différemment aux personnages en ayant lu toute la saga, c’est inévitable. Même si je les ai trouvés attachants, c’est dans le regard porté sur le pays dans les années 2010 qui m’a passionnée. J’ai trouvé le récit très intelligent tout en gardant une dimension romanesque. J’ai bien fait de persévérer avec Jonathan Coe !

  3. On m’en a justement parlé récemment et ça m’avait bien donné envie de le lire ; en découvrant ton avis, ça y est, je le note définitivement dans ma liste d’envies =)

A vous les micros !

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