« Tartarin de Tarascon » d’Alphonse Daudet

Deuxième étape de mon périple pour cette semaine consacrée aux classiques qui parlent de voyage. Pour préparer la thématique mensuelle, j’ai parcouru ma PAL et je dois vous avouer que j’ai découvert que Tartarin de Tarascon correspondait parfaitement : je ne savais absolument pas de quoi parlait ce roman.

Il s’agit d’un conte provençal qui prend place dans la ville de Tarascon. Tartarin est un personnage atypique, un pseudo aventurier, dont la maison et le jardin regorgent d’objets et de plantes exotiques. C’est un chasseur, mais attention, un chasseur de Tarascon, de ceux qui en guise de chasse jettent leur casquette et la criblent de balles après un déjeuner copieux et arrosé en compagnie d’autres « chasseurs ».

Tartarin aime la romance et les chansons, il lit des romans d’aventures le sabre à la main, jouant les scènes dans son cabinet de curiosités. On le connaît dans tout le village, c’est une figure locale ! Lui qui prend les petites rues à la nuit tombée, celles où on n’y voit goutte, dans l’espoir vain que des malotrus lui tombent dessus et qu’il puisse leur montrer de quel bois il se chauffe ! Mais rien ne se passe, évidemment.

Tartarin n’était pas heureux ; cette vie de petite ville lui pesait, l’étouffait. Le grand homme de Tarascon s’ennuyait à Tarascon.

Il faut dire qu’en quarante-cinq ans, Tartarin n’avait jamais dormi ailleurs qu’à Tarascon. Il n’avait pour ainsi dire jamais quitté sa ville. L’aubaine de voir autre chose s’est présentée à lui sans qu’il ne le veuille véritablement. Un cirque s’est présenté avec un lion de l’Atlas et par un concours de circonstances, toute la ville a poussé Tartarin à traverser la Méditerranée pour aller chasser le lion. Bien que Tartarin affiche un désir d’aventures, il retarde sans cesse son voyage. C’est un pleutre bienheureux car parmi les nombreuses rumeurs qui circulent, certaines lui prêtent un voyage à Shanghai. Mais la rumeur se tarit un jour et il faut bien que Tartarin saute le pas. En route !

Une fois arrivé en Algérie, Tartarin n’en mène pas large. Tout d’abord, il a peur des pirates qui veulent s’emparer de ses bagages, ne comprenant pas qu’il s’agit de portefaix ; il cède à une histoire d’amour à sens unique ; il se fait berner par un personnage peu scrupuleux ; il achète un chameau qui finira par lui sauver la mise. Quelle idée a-t-il eu d’aller chasser le lion de l’Atlas !

Je ne m’attendais pas à autant de drôlerie dans ce texte, jubilatoire. Alphonse Daudet avait beaucoup d’humour et son personnage de Tartarin est un bouffon (sens littéraire) attachant. J’ai lu que l’auteur a eu l’occasion de voyager au Maghreb, ce qui explique ses descriptions parfaitement crédibles et dépaysantes. On accompagne Tartarin dans les décors du désert et d’Alger.

En revanche, je dois souligner qu’il ressort de certains passages une certaine xénophobie. J’évoque le sujet en me gardant bien de juger un esprit avec lequel j’ai 150 ans d’écart et qui vivait dans une époque que je ne peux qu’imaginer. Qui plus est, on apprend avec nos premiers cours de français qu’il ne faut jamais confondre auteur et narrateur, n’est-ce pas ? Mais vivant dans notre contexte culturel 2021, on ne peut que tiquer face à quelques expressions. Exemple choisi :

Les portefaix – pieds nus – sautaient de roche en roche avec des cris de singes.

Si Tartarin de Tarascon a été très mal reçu, c’est pourtant pour bien autre chose. Les Provençaux ne se sont pas du tout reconnus en Tartarin et se sont sentis moqués. Pourtant j’imagine qu’un peu d’auto-dérision ne fait jamais de mal quelle que soit l’époque.

Il est temps de s’entendre une fois pour toutes sur cette réputation de menteurs que les gens du Nord ont fait aux Méridionaux. Il n’y a pas de menteurs dans le Midi, pas plus à Marseille qu’à Nîmes, qu’à Toulouse, qu’à Tarascon. L’homme du Midi ne ment pas, il se trompe. Il ne dit pas toujours la vérité, mais il croit la dire… son mensonge à lui, ce n’est pas du mensonge, c’est une espèce de mirage…

Flaubert a dit de Tartarin de Tarascon : C’est purement et simplement un chef-d’œuvre. Je lâche le mot et je le maintiens. Je n’irai pas jusqu’à employer le terme chef-d’œuvre, mais assurément, c’est un classique très drôle à l’ironie mordante qui sort des rangs !

Le Livre de Poche, 1983, ISBN 978-2-25303009-6, 157 pages

La deuxième escale des Voyages de Moka et Fanny, chez qui vous trouverez les chroniques des autres participants.

10 réflexions au sujet de « « Tartarin de Tarascon » d’Alphonse Daudet »

  1. Je pense l’avoir lu mais je n’en suis plus sûre.
    Les histoires de Daudet m’ont toujours bien plu, je les trouve assez drôles.
    Concernant ton point sur la xénophobie, il est, je crois, essentiel de réperer ce genre de phrase. Le pire ce serait de les lire et de ne pas être choqué.

    1. Je n’avais jamais lu Daudet auparavant et je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi distrayant ! C’était une lecture très amusante.

  2. J’ai lu quelques titres de Daudet, celui-ci certainement, mais je ne m’en souviens pas tellement cela remonte… Ce que tu dis sur le contexte est très important, car ce qui nous choque aujourd’hui était normal à l’époque de Daudet. Et parfois certains lecteurs oublient cet aspect très important.

    1. Effectivement, le contexte joue un rôle important et permet de mieux appréhender une œuvre. Sans parler d’époque, il y a le pays, la culture, le mode de vie…

  3. Je n’ai lu que des nouvelles de Daudet. Entre Flaubert et toi, difficile de ne pas avoir envie de se laisser embarquer… Et connaissant Flaubert, grand maître de l’ironie, il y a de fortes chance que cela me parle.

  4. Je l’ai lu il y a longtemps mais n’en garde aucun souvenir, sauf sur le contexte de ma lecture. Avec ta chronique, je me suis retrouvée en vacances chez mes grands-parents, à piocher dans la bibliothèque de la chambre, où il y avait pas mal de Daudet 🙂

A vous les micros !

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