« Voyages avec un âne dans les Cévennes » de Robert Louis Stevenson

Nouvelle semaine de chroniques dédiées au challenge de Moka et Fanny, Les classiques c’est fantastique. Le thème de mai est consacré au voyage et je me réjouis d’avoir pu lire des titres qui attendaient dans ma PAL depuis longtemps ou qui, comme Voyages avec un âne dans les Cévennes de R.L Stevenson, y ont atterri pour l’occasion. J’ai beaucoup aimé mes lectures du romancier et j’étais très intriguée par son récit de voyage dans nos contrées, dans la France profonde, sauvage et rurale.

C’est un voyage que R.L Stevenson a entrepris du 22 septembre au 4 octobre 1878. Il faut s’imaginer un coin de France paysan, sans nos moyens de locomotion ni de communication modernes, peuplé d’habitants qui ne connaissent pas un mot d’anglais. Une aventure que Stevenson, sensible à la nature et animé d’une âme de poète, a préparé en amont avec vivres et l’achat sur place d’une ânesse, Modestine. Un voyage en solitaire pour se couper du monde qu’il connaît et aller à la rencontre de celui plus direct et sensuel de la basse montagne.

Mais ce voyage, aussi bucolique semble-t-il, a posé quelques difficultés, à commencer par la communication avec Modestine. Bien qu’elle lui rende service en portant ses quelques bagages, la créature n’en faisait qu’à sa tête, marchait au rythme qui lui seyait qui n’était pas toujours celui du marcheur et maintes fois l’écrivain s’est agacé devant son entêtement. Pourtant, la complicité a fini par avoir raison de leur incompréhension mutuelle, et Stevenson a fini par comprendre que mieux valait faciliter la tâche à Modestine plutôt que de la molester. Leur relation est un des aspects touchants de ce récit.

Celui qui a ma préférence, c’est le rapport à la nature. Malgré les intempéries, Stevenson rend hommage à la beauté des paysages des Cévennes, qu’il décrit avec poésie et romantisme. Dans son sac de couchage qu’il a conçu lui-même, il résiste à l’épreuve de la fraîcheur nocturne et admire les étoiles.

La nuit est un temps de mortelle monotonie sous un toit ; en plein air, par contre, elle s’écoule, légère parmi les astres, la rosée et les parfums.

Au cours de son voyage, il nous fait découvrir des paysages changeants : les forêts, les versants à la végétation clairsemée, la vallée de la Lozère, le Gévaudan…

Le Gévaudan où le souvenir de la Bête reste dans les mémoires, si bien que l’écrivain fait l’expérience de ne trouver aucune aide à la nuit tombée. Chacun reste chez soi, habité par la peur. Les gens que croisent Stevenson ne bénéficient pas souvent d’une impression favorable. Passé l’étonnement de croiser un Écossais qui voyage sans autre but que le plaisir, les habitants ne se montrent pas très curieux et il se dégage surtout une sorte d’hostilité contenue. On ne le chasse pas, mais on ne l’accueille pas non plus. En réponse à cette attitude désintéressée l’écrivain se montre parfois hautain et il m’a semblé à quelques occasions déceler un sentiment de supériorité…

Heureusement, il y aura aussi des rencontres plus agréables, avec des personnes ouvertes et intéressées de savoir ce que fait l’écrivain sur leur territoire. Des gens bienveillants prêts à lui montrer le bon chemin.
Son passage dans un monastère réunit les deux sortes de personnes : l’accueil chaleureux des maîtres des lieux et l’affrontement face à des pensionnaires qui cherchent à convertir Stevenson de façon insistante et désagréable.

Ce que je retiendrai de ce court récit de voyage, c’est la volonté de ce jeune homme de 28 ans de se lancer dans ce coin de France avec Modestine, poussé par la curiosité et le désir de se retrouver. La beauté des lieux qu’il parvient à retranscrire et les émotions qui l’étreignent en écoutant les sons nocturnes. Un sentiment de félicité, de calme et de sérénité.

Mon premier périple de la semaine m’aura davantage fait voyager dans le temps que géographiquement, à une époque où 10 jours dans les Cévennes sans être sûr de son chemin ni de ce qu’on allait trouver était une véritable aventure. C’est un beau début en attendant la suite…

Les voyages de : Moka, Fanny…chez qui vous trouverez aussi les autres participants.

Editions de Borée, 2020, ISBN 978-2-84494-062-9, 223 pages, 5.20€

11 réflexions au sujet de « « Voyages avec un âne dans les Cévennes » de Robert Louis Stevenson »

  1. Ce chemin devient de plus en plus connu suite au film Antoinette dans les Cévennes mais également la recherche de nature et de revenir à certaines valeurs. Il faudra que je chausse mes lunettes et mes chaussures de marche pour le parcourir 🙂

  2. J’ai justement vu le film Antoinette dans les Cévennes hier soir et Laure Calamy le lisait justement ! Au-delà de cette histoire, c’est un coin que j’aimerais découvrir (sans l’âne pour compagnon de route.)

  3. Je l’avais noté dans ma short list sur le thème mais comme je garde un souvenir assez douloureux de L’île au trésor (du collège certes mais tenace), je ne me suis pas plus penchée dessus. Mais à te lire, ce voyage un peu hors du temps pourrait me plaire.

A vous les micros !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s