« S’aimer, malgré tout » de Nicole Bordeleau

Depuis son bureau bien placé à Montréal, où elle a vu sur le fleuve Saint-Laurent, Edith voit les jours passer à une vitesse folle. Son poste de directrice accapare tout son temps, si bien qu’elle ne rentre chez elle que pour manger en vitesse et dormir. Cela fait très longtemps qu’elle n’a pas revu sa meilleure amie Marguerite. Totalement dévouée à son travail, elle oublie de s’occuper d’elle. Et à force de fatigue, de solitude, elle trouve le réconfort en buvant. Trop. Son foie qui l’élance tous les matins lui rappelle pourtant qu’il est temps de se reprendre en main et de ralentir.

Alors qu’elle entreprend de ranger son appartement, mue par un élan de courage et de motivation, elle retombe sur les vieux carnets de son père. Son père qu’elle aimant tant et qui lui manque. Après un bon tiers du roman consacré à Edith, à son rythme de vie effréné et aux manigances d’un collègue aigri pour l’évincer, nous plongeons dans le récit de Charles, son père.

La surprise du roman à tiroirs est très agréable car elle donne un nouveau souffle au récit qui semblait prendre le chemin d’une histoire mi-fiction mi-développement personnel. Edith doit puiser en elle les forces pour faire face à la ruse de son collègue et pour cesser de boire. Finalement, il n’en est rien. Par une habile mise en abyme, ce sont les histoires des membres de sa famille, parents et grands-parents, qui forment la trame du récit.

Ce voyage dans le passé constitue la partie la plus intense du roman. Charles est un homme terriblement attachant, intelligent, gentil, trop gentil même. Et un père très aimant. Ce qui est moins le cas de la mère d’Edith, qui n’a jamais voulu avoir d’enfants. La faute à une carrière prenante ; la faute aussi aux femmes de sa famille qui lui ont fait craindre d’être elle-même maman.

C’est là que s’ouvre un nouveau tiroir narratif, qui vient éclairer ce que nous avions déjà entraperçu. La construction du récit est intelligente et c’est avec plaisir que nous lisons les péripéties de la famille d’Edith, avec ses joies et ses malheurs. Les personnages secondaires n’en portent que le nom, ils accompagnent les protagonistes principaux en donnant une épaisseur supplémentaire au récit. Plus que les évènements, c’est cette galerie de personnages qui donne tout son intérêt à ce roman, qui a pour thèse que chacun d’entre nous porte en lui ses ancêtres et qu’il faut composer avec pour trouver qui on est et s’aimer, malgré tout.

Ne vous fiez pas au titre et à la couverture très connotés romance, je trouve que c’est trompeur car le propos est bien moins léger que le « packaging » ne le laisse croire. Ce bémol n’est pas en lien avec le texte, qui a un seul défaut à mon sens : ne pas du tout fleurer bon le québecois. L’amoureuse des langues que je suis n’a retrouvé aucune expression typiquement québécoise, et je trouve dommage de lisser l’écriture dans l’idée de s’adresser à un lectorat français. Du moins j’imagine que telle en est la raison.

Cela reste néanmoins une lecture convaincante qui m’aura agréablement surprise et je remercie les éditions Flammarion pour leur confiance.

Flammarion, 2021, ISBN 978-2-0815-1947-3, 398 pages, 22€

8 réflexions au sujet de « « S’aimer, malgré tout » de Nicole Bordeleau »

  1. J’avoue que j’ai cédé au « arf, la couv’ ne me tente pas du tout ».
    Mais ton article tend à nous faire vite changer d’avis.

    1. Je ne comprends pas bien non plus, d’autant qu’elle n’est pas folichonne cette couverture. Elle dessert le roman qui est très agréable à lire.

A vous les micros !

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