« A nous regarder, ils s’habitueront » d’Elsa Flageul

Lorsqu’Alice perd les eaux, son monde s’écroule. Elle n’est pas prête. Le bébé est attendu, mais pas si vite, pas si tôt. Pas à sept mois. Elle ne peut même pas demander au papa d’amener le sac prévu pour la maternité, ils n’ont rien acheté. A peine évoqué le prénom. Elle file à l’hôpital la peur au ventre, anéantie.

Le personnel la rassure : sept mois, c’est tôt, mais le bébé a dépassé le stade de la grande prématurité. Il n’en est pas moins prématuré et les premiers jours de sa vie, il devra les passer dans une couveuse, sans le regard permanent de sa maman, avec des câlins espacés pour préserver son corps fragile alimenté par des sondes. Ces premiers instants sont très difficiles pour Alice, qui n’avait pas encore endossé son rôle de maman et a du mal à établir une relation affective avec son fils. Elle le voit comme un bébé dragon, au visage fripé. Ce petit être qui n’a pas voulu rester plus longtemps dans son corps lui fait même peur.

Ces moments de vie à l’hôpital lorsqu’on donne naissance à un enfant prématuré sont un des deux sujets principaux du roman. Comment les parents vivent-ils la situation ? Ce roman tend à démontrer que ce qu’on appelle l’instinct maternel n’est pas quelque chose qui apparaît dès que le bébé est là, visible à l’échographie ou même lorsqu’on le reçoit dans ses bras tout gluant à l’accouchement. C’est un processus qui peut prendre plus ou moins de temps, et alors qu’on pourrait croire que cet instinct maternel est décuplé face à un enfant prématuré qui peut ne pas s’en sortir et a besoin de toute la force de ses parents, cela peut être le contraire qui se produit.

L’autre sujet du roman est la continuité d’un couple lorsque l’enfant parait. Alice a tellement vécu les premiers mois de sa maternité en ne pensant qu’à son bébé qu’il est devenu le centre de son univers et qu’il n’y a plus de place pour rien d’autre. Plus de sorties, plus de travail, plus de copains, plus d’intimité avec bébé qui dort dans le lit conjugal. La personnalité d’Alice s’efface pour ne plus être que maman de César.

Si le thème de la maternité est un terreau fertile qui permet d’accoucher de mille romans différents, celui que nous raconte Elsa Flageul manque cruellement de profondeur. L’auteure reste à la surface des évènements et des sentiments. Alice n’attire pas la sympathie, non pas parce qu’elle a du mal à assumer son rôle de mère au départ, ce que tout un chacun peut comprendre, mais tout simplement parce qu’elle n’est pas sympathique. Elle est froide et fausse, y compris devant son compagnon jovial et optimiste. Difficile d’éprouver de l’empathie et donc de l’intérêt pour son histoire.

Un roman court exige de frapper fort. Or les émotions ne sont pas au rendez-vous. Le récit est trop factuel, trop clinique, sans engagement. Un roman oublié à peine la dernière page tournée.

J’ai Lu, 2021, ISBN 978-2-290-22289-8, 192 pages, 7.10€

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

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