« Le sursis » de Jean-Pierre Gibrat

1943. Julien est mobilisé et doit prendre le train pour l’Allemagne. Mais pendant le trajet, il saute à terre et part se réfugier chez Angèle, la tante qui l’a élevé et chez qui il habite toujours. Julien est maintenant un déserteur et il faut le protéger jusqu’à la fin de la guerre.
Mais le destin est un farceur. Le train dans lequel il devait se trouver a été touché par un bombardement. Julien a été déclaré mort.

Ses jours se passeront désormais dans la mansarde de la maison de l’instituteur, laissée à l’abandon depuis qu’il a dû la quitter de force. Communiste et juif sont deux caractéristiques qui coûtaient très cher à l’époque. Attenante à l’école, donnant sur la place et le café local, cette maison est bien placée pour que Julien puisse suivre la vie du village sans se montrer. Ses sorties le mènent uniquement jusque chez Angèle, afin de partager un repas hebdomadaire avec elle.

Les journées sont longues pour Julien, qui est un beau jeune homme à l’esprit libre. Il a pour seul compagnie un mannequin de couture qu’il déguise et surnomme Maginot. Alors que juste en face, au café, Cécile est revenue. Il la voit tous les jours, servir les boissons, ranger les chaises… Sa Cécile avec qui il a vécu un flirt sans lendemain.

L’atmosphère devient pesante au village. Le cousin de Cécile est un milicien. Le fils du tenancier du café est un résistant. Les deux clans s’opposent en cachette, car les résistants ne doivent surtout pas révéler leurs activités, sous peine d’être fusillés sur le champ. Julien parvient à sa faufiler dans la campagne et à voir des choses qui lui font regarder les habitants d’une autre manière.

Puis un épisode de neige particulièrement violent va faire tout basculer. Et c’est là que commence le deuxième tome de cette intégrale. Les rapports entre les personnages vont changer et va apparaître un trio inattendu, qui va insuffler un élan d’amitié et de solidarité ébranlé par le danger qui rôde.

A travers l’histoire de Julien et de la vie dans ce village, Jean-Pierre Gibrat nous installe dans l’atmosphère de la France rurale des années 40, ici en Aveyron, partagée entre les collabos, les résistants et les victimes collatérales. Bien que les villageois tentent de vivre une vie normale, il y a la pensée de ceux morts au nom de la guerre, la crainte de la milice zélée et la peur de voir les résistants se faire attraper. On n’est pas dans le spectaculaire mais c’est justement la banalité des scènes du quotidien qui amplifie le sentiment de malaise. Tout le monde met un voile sur ce qui se passe mais c’est bel et bien là.

La romance entre Cécile et Julien apporte un peu de légèreté, mais elle n’est pas épargnée par les évènements et subit aussi quelques remous.

Un peu frileuse au départ face aux dessins de Jean-Pierre Gibrat, qui me donnaient l’impression de lire une BD datée (1997 et 1999 après tout), je suis finalement vite tombée sous le charme des détails joliment crayonnés et surtout des visages qui sont d’une précision de peintre. L’impression de regarder un film, avec toutes ces images qui restent en tête et qui accompagnent une histoire poignante et complexe.

Un excellent diptyque !

Aire Libre, 2010, ISBN 978-2-8001-4815-1, 128 âges, 24.95€

On se retrouve chez Stephie pour les autres BD de la semaine

18 réflexions au sujet de « « Le sursis » de Jean-Pierre Gibrat »

  1. Gibrat est un génie du pinceau ! Il faut que tu lises Le vol du corbeau maintenant, c’est plus ou moins la suite du Sursis et c’est tout aussi excellent.

  2. Graphiquement, j’adore Gibrat, je ne trouve pas cela daté, j’aime beaucoup les portraits qu’il fait, et certains paysages…

A vous les micros !

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