« La bête » de Zidrou & Franck Pé

Pas forcément fan du Marsupilami (je ne connais que les dessins animés de ma jeunesse et le film Sur la piste du Marsupilami, je pars de loin), c’est la présentation qu’en avait fait Noukette qui m’avait donné envie de partir à sa rencontre aux côtés de Zidrou et de Frank Pé.

Cet album figurait en bonne place sur ma liste au Père Noël, qui a exaucé mon souhait bien au-delà de mes espérances. Pour la petite histoire, j’ai ouvert mon cadeau sans comprendre ce que je voyais : un marque-page, une photo, des images collées, des pochettes transparentes avec des objets dedans, un dessin, une plante scotchée… On dirait une dédicace, mais mes parents timides ne sont vraiment pas le genre à aller chercher une dédicace. Et dans leur campagne…
Et en fait si, j’ai même la brochure du journal qui va avec. Le jour où ma mère est partie chercher la commande, le libraire lui a dit « si vous voulez, le dessinateur est là ».
Une chance de folie avec une des dédicaces les plus abouties que j’ai jamais eues ❤

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à notre marsupilami. Tout commence en 1955, au port d’Anvers. Un bateau arrive enfin après avoir subi une avarie qui l’a obligé à rester en mer plus longtemps que de raison, décimant les animaux en cale, morts de soif et de chaleur, destinés au zoo. Parmi ces animaux, il y a la bête. Étrange avec sa queue immense, hybride entre tigre et singe. Et futée, car dès que l’occasion lui est donnée, la bête parvient à s’enfuir…

Pendant qu’elle rôde dans les campagnes, en quête d’un abri et de nourriture, nous faisons connaissance avec François. Un jeune garçon au grand cœur qui recueille tous les animaux qu’il trouve, au grand dam de sa mère, qui compare leur maison à l’arche de Noé. Mais François est la lumière de sa vie, fruit d’un amour avec un soldat allemand. Elle cède à chaque fois et s’occupe aussi de la ménagerie, ramenant les abats, carcasses et légumes abîmés qu’elle récupère au marché où elle travaille. La vie n’est pas toujours facile mais mère et fils ont développé une tendre complicité.

Cependant le quotidien de François est saboté par ses camarades de classe, influencés par leurs parents, qui maltraitent ce gosse fils de boche. Monsieur Boniface, son instituteur, est très gentil et bienveillant (secrètement amoureux de la mère de François), mais sa naïveté l’empêche de voir que les enfants sont mauvais entre eux et ne lui est pas d’une grande aide. Son réconfort, François le trouve auprès des animaux.

Aussi, lorsqu’il tombe sur le marsupilami, en piteux état et affamé, le ramène-t-il tout naturellement à la maison…

Ce marsupilami a bien sa longue queue et pousse des « houba houba » mais c’est à peu près tout ce qu’il a de commun avec le personnage de mon enfance. Ici, c’est un animal qui a été retiré de force de son environnement, enfermé, puis s’est retrouvé seul en terre inconnue et froide. Il ne sait pas où aller et erre, avec la faim et la méfiance pour seules guides.
Cette bête reste très mystérieuse. Elle agit par instinct et ne se fond pas dans le moule de l’animal domestique. Même si petit à petit, elle semble comprendre qu’elle a tout intérêt à profiter des soins de François et de sa mère. Le traitement de Zidrou, sans aucun anthropomorphisme, m’a diablement plu.

Quant aux planches de Frank Pé, c’est un régal. Les points de vue des vignettes adoptent un angle cinématographique, qui au démarrage de l’intrigue par exemple, apportent d’emblée une tension à l’intrigue. Les couleurs et les dessins sont splendides. C’est un bonheur de découvrir chaque page.

Ce premier tome est une petite merveille. On s’attache très vite à François et sa mère, des gens simples malmenés par la pauvreté et la méchanceté, qui portent en eux des trésors d’amour, de bonté et de générosité. La maman ne se laisse jamais abattre devant son fils alors que son cœur est meurtri par l’absence de l’Allemand. Et comment ne pas craquer devant ce petit bonhomme qui ne pense qu’à sauver les animaux ?
Mais par naïveté, ils vont porter à la connaissance des élèves l’existence du marsupilami : les conséquences seront désastreuses. Et elles nous mènent tout droit aux deuxième tome, qu’il me tarde de pouvoir découvrir.

En résumé, un album superbe avec un scénario de Zidrou riche en aventures et émotions, qui se développe dans une atmosphère sombre et inquiétante, exacerbée par les planches de Frank Pé. Amis bédéphiles, vous allez adorer !

Dupuis, 2020, ISBN 979-1-0347-3821-2, 155 pages, 24.95€


C’est Moka qui nous accueille cette semaine !

29 réflexions au sujet de « « La bête » de Zidrou & Franck Pé »

  1. Oh mon dieu comme je suis jalouse de cette dédicace ! A tomber…!
    Tu ne pouvais que succomber devant cette bête, ce travail de dingue quand même ! Ça va être long d’attendre 2 ans pour lire la suite mais je pense qu’on ne sera pas déçus ! ❤

    1. J’ai beaucoup de chance avec cette dédicace inattendue 🙂
      Tu as eu raison de nous donner autant envie de lire cet album, c’est un bijou. Maintenant il nous faut nous armer de patience…

  2. J’ai vraiment envie de découvrir ce titre, à chaque nouvelle chronique lors des mercredis BD, je me dis qu’il faut que je le fasse…

  3. Coup de coeur pour moi aussi, et la dédicace !!! Je suis jalouse ! Je l’ai offerte à mon fils pour son anniversaire, mais je pense que je vais me l’offrir aussi.

  4. C’est chouette l’histoire de cette dédicace ! Quand à la BD, je l’ai déjà notée, ça confirme qu’il faut la lire… 😉

A vous les micros !

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