« Le journal de miss Jacot » (de miss Jacot)

Il suffit d’un regard nouveau, extérieur, pour qu’un manuscrit oublié dans un grenier de Manchester soit aujourd’hui publié et présenté ici.
Jean-Claude Ménégoz a eu connaissance de ce journal par le biais de son cousin et a contacté son ami René Kappler (historien déjà dans le milieu de l’édition) pour mener des recherches en vue d’une publication, celle qui est présentée aujourd’hui, fruit de leur collaboration. Originellement parue en 1996, elle est réédité aujourd’hui à l’occasion des 150 ans du siège de Strasbourg.

Le journal de miss Jacot relate l’expérience d’une femme britannique lors du siège de Strasbourg en 1870. Elle était employée par la famille Herrenschmidt pour s’occuper de leurs quatre enfants, tant pour l’éducation que pour l’instruction. Qui était-elle ? Son identité reste mystérieuse, on ne sait pas si elle était irlandaise ou anglaise. Ce qu’on sait, c’est ce qu’elle a laissé à travers ce journal : le récit détaillé de ce qu’elle a vécu pendant l’été 1870.

Les évènements de 1870 sont très vagues pour moi. Tout ce que j’en sais se résume à ce groupe nominal « esprit de revanche après la perte de l’Alsace et de la Lorraine en 1870 », lorsque nous avons étudié la guerre 14-18 à l’école. Mais le pourquoi du comment n’a jamais été abordé et bien que curieuse de nature, je ne me suis jamais penchée sur la question spontanément.
Je me repose beaucoup sur les livres (y compris les romans) pour comprendre l’histoire et je suis donc ravie d’avoir eu l’opportunité de lire le journal de miss Jacot, qui nous fait vivre les évènements de l’intérieur.

Avant de lire son journal, les auteurs commencent par nous expliquer l’origine de ce manuscrit et la façon dont ils ont mené leurs recherches. Ils vont jusqu’à détailler les feuillets, la calligraphie, si bien qu’on peut visuellement imaginer miss Jacot penchée sur ses feuilles, concevoir l’objet journal. On apprend qu’elle l’avait d’abord rédigé en français avant de le recopier en anglais, tout en soignant le récit car elle avait conscience de l’importance historique que pouvait avoir un tel témoignage. Même si on ne sait pas qui était miss Jacot, on peut établir qu’elle était instruite, de par la qualité de son texte et par les nombreuses références culturelles (littéraires notamment) dont elle émaille le récit.

Vient ensuite une chronologie des évènements, afin de mieux replacer le récit dans le contexte historique, puis une lettre qu’un ascendant du cousin de Jean-Claude Ménégoz a adressé à son fils lorsqu’il était lui-même à Strasbourg au tout début des évènements. Cette missive instructive et émouvante constitue une bonne entrée en matière pour le journal de miss Jacot.

Ce récit m’a passionnée. Miss Jacot rend compte de l’incertitude et des peurs, et c’est très intéressant d’entrer dans cet évènement historique non pas avec un récit factuel et neutre mais en y apportant un panel d’émotions. Comme elle, on lit les nouvelles dans les journaux. Puis on voit au loin les Prussiens arriver ; on les entend maintenant, ils se rapprochent ! On vit avec elle et la famille ces nuits à dormir dans le salon, habillés, les valises prêtes. Le bruit assourdissant des coups de canon. La destruction du pont qui fait trembler les vitres. Les tirailleurs et zouaves blessés qu’il faut accueillir et soigner. Le docteur qui malgré son laissez-passer craint de prendre une balle en chemin. La viande et le pain qui manquent. Les joies aussi, car malgré les affrontements et l’anxiété, la vie quotidienne reprend ses droits dès qu’elle le peut.

Grâce à ce journal, la dimension humaine rejoint la réalité historique. Ce récit s’accompagne de notes de bas de page pertinentes qui n’alourdissent pas du tout la lecture et la rendent au contraire plus lisible.

Je n’exprimerai qu’un seul regret, celui de ne pas pouvoir me référer à une carte pour comprendre où se trouve exactement la maison des Herrenschmidt, les portes d’entrées de Strasbourg, la fabrique, les cours d’eau etc. Cela aurait permis d’augmenter encore l’expérience de cette immersion historique.

Je suis enchantée de cette lecture et je remercie Babelio et les La Louve Editions pour cet ouvrage passionnant, documenté, concis, clair et accessible aux profanes.

La Louve Editions, 2020, ISBN 978-2-916488-89-9, 127 pages, 14€

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