« Si tu vois le wendigo » de Christophe Lambert

Devenu un écrivain à succès, David revient sur l’été de ses treize ans, durant lequel se sont déroulés des évènements troublants. A l’époque il écrivait déjà des nouvelles fantastiques qu’il lisait à son meilleur ami Bobby Lee. Est-ce cette propension à observer et à raconter le monde qui lui a permis de voir au-delà des apparences ? Toujours est-il que lorsqu’un soir, lui et Bobby voient Ruth Bannerman déambuler dans la rue, nue, la bouche en sang, il s’est bien douté que l’excuse du somnambulisme donnée par son mari n’était qu’une invention.
13 ans, l’âge où on commence à basculer dans l’adolescence et ses premiers émois…

Ruth a quarante ans. Elle est jolie, douce, discrète. Et vulnérable. David en est persuadé et s’est mis en tête de la sauver. L’occasion se présente une nuit, quand le wendigo, cette créature des légendes amérindiennes, apparaît sous sa fenêtre accompagné d’un lapin traducteur…

Voici comment Christophe Lambert résume l’histoire :

C’est le film Un été 42 (un ado qui tombe amoureux d’une femme de 40 ans), mais scénarisé par Stephen King (pour le côté fantastique) et mis en scène par David Lynch (pour l’atmosphère un peu…décalée).

En quelques mots, l’auteur saisit exactement la substance de son roman.


Si tu vois le wendigo est effectivement une histoire d’amour, celle de David pour Ruth. Un amour d’adolescent, subjugué par cette femme mûre et inaccessible, qui pourtant ne dresse pas le mur auquel on pourrait s’attendre. Sa solitude est telle qu’elle se confie au seul être qui a su voir ce qui se cachait derrière la porte de sa maison.
On peut aussi y voir du Stephen King, de par ce wendigo, figure de légende, qui apparaît dans ce décor réaliste à qui il veut bien se laisser voir. La petite sœur de Bobby Lee le croise régulièrement et du haut de ses six ans, ne saisit pas à quel point son apparente neutralité peut être maléfique. Car le wendigo peut réaliser un vœu, mais attention au revers de la médaille.
Quant à David Lynch, c’est exactement la référence qui convient pour cette petite banlieue aux pavillons alignés et similaires des années 50. Il y a ce décalage entre les femmes aux foyers aux maisons et à l’apparence soignées, le quotidien rangé des années 50, travail, buffet du samedi soir entre voisins, les enfants qui lisent des comics et jouent dans les bois… et ce qui se trame justement dans les bois. Peabody, ce vieil original qui y a monté sa cabane, en sait quelque chose. Si le vent vient du sud, c’est El Diablo qui souffle, un présage funeste.

Ce roman cinématographique (quoi d’étonnant pour un auteur issu du milieu de cinéma ?) plaira sans aucun doute aux jeunes lecteurs à partir de 13 ans, l’âge de David. On s’attache d’emblée à ce garçon réservé, chouchou de sa maman, ami loyal (même si les récents papillons dans le ventre le détournent quelque peu de Bobby Lee), passionné de fiction et auditeur assidu d’une radio pirate. Un gamin intéressant rendu touchant par sa maladresse avec Ruth. Cet amour peut prêter à sourire mais on n’oublie jamais un premier amour, et celui-ci était unique.

Le contexte géographique, politique et culturel occupe une grande place dans le roman par petites touches placées à bon escient, ce qui le rend d’autant plus attrayant. Il ne s’agit pas simplement de David amoureux qui entre en contact avec un wendigo. A titre personnel, j’aurais aimé que le wendigo occupe une plus grande place dans le roman. Mais les forces obscures qui s’agitent autour de lui auraient peut-être fait perdre de sa légèreté à cet ouvrage destiné à des jeunes lecteurs. Disons que Christophe Lambert pose joliment les premiers pavés d’une route qui les mènera un jour à aborder les œuvres de Stephen King. Tout vient à point, et à 13 ans, Si tu vois le wendigo est un très bon choix.

A partir de 13 ans

Syros, 2021, ISBN 978-2-74-852725-4, 336 pages, 16.95€

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

6 réflexions au sujet de « « Si tu vois le wendigo » de Christophe Lambert »

  1. C’est marrant, j’ai justement « Si longue soit la nuit » de ce même auteur, et également sorti en 2021, dans ma PAL. Et là aussi, il est comparé à King (version jeunesse) ^^ si celui-ci me plaît, je lirais bien également « Si tu vois le wendigo », même si la créature est peu présente.

    1. C’est le seul bémol, je m’attendais à ce que le wendigo prenne plus de place dans l’intrigue. C’est plus par ses conséquences qu’on le perçoit.

    1. Je ne suis pas assez aguerrie pour bien chroniquer la littérature jeunesse, ce n’est pas un exercice évident. Je suis curieuse de savoir quel regard tu auras sur ce roman.

A vous les micros !

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