« Le service des manuscrits » d’Antoine Laurain

Lorsqu’un texte arrive au service des manuscrits d’une maison d’édition, c’est l’aboutissement d’un long chemin. Élaboration du roman dans sa tête, puis mise à l’écrit, pendant un mois, deux mois, des années. Une relecture, seul ou accompagné. L’impression, en plusieurs exemplaires. Puis le passage au bureau de poste, l’étape de l’abandon, celle où l’auteur laisse tomber dans une boite son œuvre sans savoir quelles aventures l’attendent. Sera-t-elle seulement lue ? Appréciée ? Moquée ?

Violaine Lepage connaît bien ces états d’âme, d’autant plus que c’est elle la directrice du service des manuscrits. Celui chargé de lire 3000 textes en une année pour n’en sélectionner que deux ou trois. Ceux qui se verront annoter d’un soleil, le Graal pour tout auteur : la promesse d’une publication. Lorsque Marie reçoit Les Fleurs de sucre, elle sait qu’elle tient quelque chose. Ses collègues et Violaine approuvent : ce texte est un chef-d’œuvre. Il ne faut pas le louper, ne pas laisser l’auteur signer avec un autre éditeur.

Qu’il est mystérieux cet auteur ! Camille Désencres. Est-ce un homme ou une femme ? Où vit-il ? Quel est son parcours ? Violaine ne sait rien, sauf que le livre est bel et bien publié, qu’il est dans la sélection finale pour le Prix Goncourt et qu’elle ne sait toujours pas qui se cache derrière ce nom. 

Autre fait curieux, la lieutenante Sophie Tanche a lu le roman et fait le rapprochement avec deux meurtres non élucidés. Elle est persuadée que le romancier décrit les crimes et que selon toute vraisemblance, il faut s’attendre à deux autres cadavres. Le récit d’Antoine Laurain prendrait-il une tournure policière ? Sans aller jusque là, on ne peut nier une bonne dose de mystère dans ce roman.
A commencer par l’identité de l’auteur. Qui est-il ? Pourquoi reste-t-il caché, injoignable ? Et Violaine. Comment se fait-il qu’elle oublie ce qui se trouve dans sa garde-robe et qu’elle est kleptomane ? Elle aussi a des choses à cacher, en lien avec son passé. Y aurait-il un lien avec Les Fleurs de sucre ?

Le service des manuscrits est un roman hybride, entre récit humoristique et policier. La partie humoristique reposant sur le milieu de l’édition, dont Antoine Laurain dévoile des rouages inattendus et parfois peu reluisants. Mais ce serait oublier que l’édition est un milieu marchand comme un autre, avec des produits qu’il faut sélectionner pour pouvoir vendre, aussi prosaïque que cela puisse paraître aux amoureux des lettres. Retracer le parcours d’un livre de sa conception jusqu’à sa mise au monde devant le public, voilà qui est intéressant et divertissant, d’autant plus que cela se fait très naturellement au cours du récit, qui est avant tout centré autour du romancier mystère. Là aussi, c’est plutôt réussi. L’auteur déroule son fil lentement mais sûrement, nous poussant à imaginer, à supposer, pour finalement nous berner avec finesse.

Un court roman bien construit, bien mené, amusant et rafraîchissant, qui n’a pas prétention à rester gravé dans les mémoires mais à offrir un agréable moment de lecture. Mission accomplie !

J’ai Lu, 2021, ISBN 978-2-290-23473-0, 219 pages, 7,10€

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

4 réflexions au sujet de « « Le service des manuscrits » d’Antoine Laurain »

  1. Les romans d’Antoine Laurain sont toujours la promesse d’un moment de lecture agréable. Je les ai plus ou moins tous lus, à commencer par « Fume et tue » qui l’a fait connaître. J’ai aussi apprécié celui-ci, que j’ai lu à sa parution.
    Bonne journée!

    1. C’est la première fois que je lis cet auteur, je ne savais pas à quoi m’attendre et comme tu le dis, cela m’a offert un moment de lecture agréable. Je n’en demandais pas plus 🙂

    1. La thématique de l’édition est permanente avec des détails assez croustillants, mais si c’est ce que tu attends de ce roman tu risques de rester sur ta faim. C’est un peu de tout ce roman, un peu d’édition, un peu d’enquête, un peu de mystère sur le passé. Dans l’esprit c’est très proche du Mystère Henri Pick de David Foenkinos (je n’ai pas lu le roman mais vu l’adaptation ciné).

A vous les micros !

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