« Poil de carotte » de Jules Renard

Deuxième titre présenté pour le challenge Les classiques c’est fantastique de Moka et Fanny. Poil de Carotte fait partie de ces romans que tout le monde semble avoir lu à l’école. Il ne s’est pas trouvé sur le chemin de ma scolarité et s’il est dans ma bibliothèque depuis quelques années, je n’avais encore jamais pris le temps de le lire. Voilà chose faite pour ce challenge.

Poil de carotte raconte l’enfance d’un enfant roux mal-aimé. Il est le dernier de la fratrie. Son grand-frère Félix, l’aîné, a les privilèges d’un roi. On laisse sa grande soeur Ernestine tranquille. Mais Poil de carotte, le pauvre, c’est à lui qu’on attribue les tâches ingrates : achever le gibier blessé par le père, fermer le poulailler après la tombée de la nuit, déchausser le père de ses souliers crottés, faire le long trajet jusqu’en ville pour les commissions…

La mère se comporte mal avec son fils et le frère et la soeur suivent le mouvement. C’est toujours la faute de Poil de carotte. C’est normal s’il a moins que les autres. Même Poil de carotte s’y est fait. Il en a pris son parti et sait comment adoucir son sort qu’il sait inévitable.

Le récit est court, les chapitres tout autant. Il s’agit plus de scènes juxtaposées qui dans l’ensemble donnent le ton de ce que fut l’enfance de Poil de carotte, qui porte une grande part d’autobiographie. Les noms et les lieux ont été changés, mais il semblerait que sa mère n’ait pas couvert d’amour Jules Renard.

Une personne tire son épingle du jeu : le père. Nous sommes au milieu du 19è siècle et donc loin du père moderne contemporain. Pourtant, il emmène ses enfants nager, à la pêche, à la chasse. Il partage des moments avec eux même si ce ne sont pas de franches rigolades. Il dégage de la tendresse et essaie de compenser à sa façon, discrète, les manquements de la mère. J’ai particulièrement aimé ce passage où il vient par surprise voir ses garçons à midi au pensionnat et où Poil de carotte est triste de voir que son père recule dès qu’il veut lui déposer un baiser sur la joue. En réalité : « Tu finiras par me crever les yeux avec ton porte-plumes sur ton oreille. Ne pourrais-tu le mettre ailleurs quand tu m’embrasses ? »

Bien que l’enfance de Poil de carotte n’ait rien de drôle, il y a quand même beaucoup d’humour, voire de cynisme. On imagine facilement le jeune garçon le sourire en coin, rongeant son frein en attendant des jours meilleurs. La forme du récit accentue la dimension comique en utilisant la présentation sous forme de dialogues de théâtre. On est loin de la méchanceté glaçante de Folcoche (Vipère au poing, Hervé Bazin). D’ailleurs la mère est parfois au bord de la gentillesse, il suffirait d’un rien pour qu’elle bascule.

C’est mon deuxième et dernier titre pour Histoires de familles, le troisième que j’avais prévu de présenter ne rentrant finalement pas vraiment dans le thème. J’aurais choisi deux antipodes : la mère folle d’amour avec La Promesse de l’aube de Romain Gary et la mère méprisante avec Jules Renard.

Edition J’ai Lu de 1994, 190 pages

5 réflexions au sujet de « « Poil de carotte » de Jules Renard »

  1. Je n’en ai lu que des extraits que je bosse notamment avec mes 5e.
    Il faudrait comme toi que je me jette à l’eau et que je lise sa version intégrale.
    La figure maternelle y est détestable.

  2. Je l’ai lu il y a bien longtemps, je me souviens avoir bien aimé mais n’en ai pas gardé grand chose, à part l’odeur du livre qui était déjà bien vieux. Mais ça me fait plaisir de le recroiser là, et je le feuilletterais bien prochainement pour voir.

A vous les micros !

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