« La Promesse de l’aube » de Romain Gary

Pour le mois de novembre, le thème du challenge Les classiques c’est fantastique de Moka et Fanny est Histoires de famille.

Le choix de La Promesse de l’Aube s’est imposé à moi car je sais que c’est le livre sur la relation de Romain Gary avec sa mère. Je n’ai encore jamais lu cet auteur et ce roman me semblait être une bonne entrée en matière. J’avais d’ailleurs craqué pour cette édition parue chez France Loisirs à l’époque où j’y travaillais. Me voilà donc partie à la rencontre de Romain Gary et de sa promesse :

[…] la promesse que je m’étais faite, à l’aube de ma vie, de lui rendre justice, de donner un sens à son sacrifice et de revenir un jour à la maison, après avoir disputé victorieusement la possession du monde à ceux dont j’avais si bien appris à connaître, dès mes premiers pas, la puissance et la cruauté.

Romain Gary nait à Vilnius, qui appartenait autrefois à l’empire russe. Mina, sa mère, est une artiste, comédienne, francophile, et rien ne lui importe que son fils, dont le vrai nom est d’ailleurs Roman Kacew. Elle a de grands rêves pour lui. Mina veut qu’il aille dans une bonne école, qu’il devienne diplomate. Roman aime écrire, elle et lui s’ingénient à trouver un bon pseudonyme pour qu’il puisse se faire un nom. Elle est persuadée qu’en France, il pourra devenir quelqu’un. Ils partent donc de Vilnius pour que Roman puisse accomplir son destin.

Mina est une femme courageuse. Romain Gary explique qu’il a toujours trouvé un steak dans son assiette, n’a jamais connu de privations. Elle partait le matin avec sa sacoche pour essayer de vendre des bijoux, rentrait le soir. Il ne savait pas trop ce qu’il se passait entre ces deux moments, mais bien que les temps fussent durs, il ne manquait de rien.
Avant d’atteindre la France, ils se sont arrêtés quelques temps en Pologne. Mina s’y est établie en tant que modiste et la vie est encore difficile. Elle ne peut pas faire entrer Romain au lycée français faute de moyens, ce qu’elle vit comme un désastre.
Enfin, ils arrivent en France, à Nice. Mina travaille dans un hôtel, vend au noir ses bijoux, garde précieusement l’argenterie de famille car il faut que Romain ait de quoi recevoir du monde quand il sera diplomate. Elle envisage toujours de grandes choses pour son fils.

Si je me fie au roman, Romain Gary n’a su que tradivement l’identité se son père. Il se souvient de sa mère recevant du courrier, avec de l’argent, en envoyant aussi. Sa mère qui pleurait en sortant du cinéma non au souvenir de ce qu’avait été sa vie de comédienne, mais après avoir vu un des acteurs. Pourtant, en essayant d’en savoir plus, j’ai appris qu’il connaissait son père, Arieh Kacew, qui était fourreur. Celui-ci est parti pour vivre avec une autre femme. Il n’était pas du tout le fils caché d’un acteur russe, dont il a pourtant prétendu un temps qu’il était son père. Peut-être un moyen de se libérer de ce vrai père qu’il admirait et qui ne lui a pas donné l’amour qu’il demandait.

Mina, en revanche, est bel est bien là. Seule. Elle n’a jamais connu d’homme, est toujours restée auprès de Romain. Lui vouant un amour immense, inconditionné, écrasant. Elle a mis tout le poids de ses attentes sur le dos de son fils, sacrifiant sa propre vie et ses envies au service de Roman. Lui seul comptait. Et il le savait. Son chemin était tracé. Il est entré dans l’armée, est devenu aviateur, pour que sa mère puisse le voir glorieux. Il est devenu diplomate. Et écrivain. Comme elle l’avait prédit.

Quand je pense à leur relation, j’imagine un homme qui marche sur le trottoir, s’arrête pour regarder une vitrine, déambule tranquillement. Mais s’il regarde de l’autre côté de la route, sur le trottoir d’en face, il y a toujours cette silhouette qui le regarde. Quoi qu’il fasse, où qu’il aille, même quand il se sent libre, il sent son regard. Il ne pourra jamais s’en affranchir.

[…] j’ai été soutenu ainsi par un souffle et une volonté plus grands que la mienne et ce cordon ombilical communiquait à mon sang la vaillance d’un coeur trempé mieux que celui qui m’animait.

L’amour de cette maman est beau et grand, mais étouffant. Sans que jamais Romain Gary ne s’en plaigne, il ne lui adresse pas le moindre reproche. Son parcours de vie et ses choix suffisent à démontrer qu’il n’est pas bon d’aimer son enfant aussi exclusivement, de ne pas lui apprendre à se débrouiller seul, à suivre ses propres envies. L’ombre de sa mère n’a de cesse de lui coller aux chaussures.

Elle avait en tout cas raison de croire en ses talents d’écrivain. Quel style ! A la fois enlevé et accessible. Derrière le ton désabusé et ironique il y a de la tendresse et une certaine fragilité. Les années de guerre, durant lesquelles certains de ses camarades partaient en mission pour ne plus jamais revenir, l’ont beaucoup marqué. En revanche, le fait qu’il soit immigré ne semble pas lui avoir pesé, en dehors d’une injustice révoltante à l’armée qu’il a su tourner à son avantage devant sa mère.

Moi qui ne connaissais Romain Gary que de loin, grâce à un article lu ici ou là, j’ai le sentiment de l’avoir vraiment rencontré. De ses premières années jusqu’à ce qu’il nous livre son récit depuis la plage de Big Sur, en Californie, alors qu’il a honoré sa promesse. Maintenant j’ai envie de tout savoir de sa vie qui était absolument fascinante.

[…] elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis.

France Loisirs, 2017, ISBN 978-2-298-13559-6, 514 pages, 7.99€

Les choix de Moka, Fanny…

16 réflexions au sujet de « « La Promesse de l’aube » de Romain Gary »

  1. De Gary je n’ai lu que La vie devant soi et je n’avais pas accroché…
    Celui-ci m’attend dans ma pal depuis des années et malgré le thème qui me tente énormément, je ne sais pas, j’hésite quand même.

  2. Vous avez su, une fois de plus, cerner le livre. En une phrase : « L’amour de cette maman est beau et grand mais étouffant ».
    Vous pouvez compléter cette lecture en visionnant le film du même nom avec Charlotte Gainsbourg (et nous faire part de vos impressions).

  3. Une amie m’avait fortement recommandé ce roman, que j’ai eu bien du mal à finir. J’avais très envie de secouer ce fiston 🙂

  4. J’avais mis ce titre dans ma sélection pour ce mois-ci. Mais je n’ai pas eu le temps de le lire. Et pour Gary, je ne veux rien faire de manière précipitée. Mais quel beau choix tu as fait là !

A vous les micros !

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