« Racines » de Alex Haley

Il est des romans qu’on quitte à regret, des romans intenses, passionnants, qui nous emportent dans leur univers et qui rejoignent la liste privilégiée de ceux qui nous marqueront à jamais. Racines est de ceux-là.

Tout commence dans un village de Gambie, Djouffouré. Nous sommes en 1750 et Kunta Kinté, fils d’Omoro et de Binta, vient au monde. C’est leur premier fils. D’emblée, nous sommes transportés dans une vie exotique, aux coutumes ancestrales, riche de traditions et de croyances complètement dépaysantes. Kunta grandit dans sa tribu et apprend à devenir un homme. Il sait que rôde autour d’eux un danger : le toubab. Autrement dit l’homme blanc. Combien de Mandingues comme lui ont disparu du jour au lendemain, enlevés par ces toubabs, pour ne plus jamais revenir ?

Kunta est l’aîné. Il doit montrer la voie à ses petits frères, être l’exemple, les protéger. Il gagne en confiance. Si bien que le jour où il décide d’aller chercher du bois dans la forêt pour fabriquer un tambour à son petit frère, il oublie. Il oublie que c’est dangereux, qu’il ne faut jamais s’eloigner seul. Et cet oubli lui sera fatal.

C’est avec Kunta que tout commence, et avec Alex Haley, l’auteur, que le roman s’achève. Entre les deux, c’est le récit de la lignée de Kunta l’Africain, celui qui a raconté son histoire à sa fille, Kizzy, pour qu’elle la raconte à son tour et que ses descendants n’oublient jamais leurs racines. Une lignée d’esclaves dont Kunta est le seul né en Afrique. 

Le parcours de Kunta est bouleversant. Lui qui a été arraché à sa tribu, à sa famille aimante, pour être jeté au fond d’une cale, pataugeant dans ses déjections, au milieu de corps qui n’ont pas supporté le traitement infligé. Qui a été vendu à un premier maître. Qui a tenté de s’enfuir quatre fois. A qui on a coupé le pied pour le punir. Et tant d’autres mésaventures.

Entre lui et Alex Haley, vous ferez connaissance avec Bell, Kizzy, George, Tom et autres personnages de la généalogie Kinté – Haley. Vous les verrez naître et grandir, toujours dans le souvenir de Kunta Kinté, qui fera l’objet de veillées, avec les enfants assis par terre à écouter l’histoire de cet aïeul vénéré. Vous ne les verrez pas toujours mourir en revanche, car le destin, la malchance et surtout le bon vouloir des toubabs déchirent des foyers sans états d’âmes. Et le personnage auquel vous vous étiez attaché disparaitra à la page suivante sans que vous ne sachiez jamais ce qui lui est arrivé ensuite.

Cette saga familiale est magistralement racontée, et extraordinairement enrichie par le contexte historique. La plongée dans l’Amérique esclavagiste est vertigineuse. Un esclave à l’époque ne devait pas savoir lire et être capable d’apprendre les nouvelles par les journaux. Il tendait l’oreille pour écouter les conversations des blancs, rapportait les rumeurs. Il ne savait pas grand chose et supposait tout, s’accrochant à l’espoir que les abolitionnistes triomphent un jour. Les accompagner dans leurs espoirs et déceptions est une expérience très émouvante. 

Alex Haley a rendu en 1976 le plus beau des hommages à sa famille en livrant ce récit passionnant et édifiant, qui plus est superbement écrit. Il confie avoir consacré à son histoire familiale des années de recherche, allant d’archives en archives, jusqu’aux archives les plus émouvantes, celles logées dans la tête d’un griot qui l’a ramené jusqu’à Kunta Kinté, ce Mandingue qui a un jour disparu dans la forêt et que personne n’a plus jamais revu… 

C’est absolument bouleversant. Et inoubliable. Un très grand roman.

J’ai Lu, 2020, ISBN 978-2-290-23124-1, 752 pages, 10.50€

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

5 réflexions au sujet de « « Racines » de Alex Haley »

  1. Et voilà, encore un « classique » que je n’ai toujours pas lu, malgré tout l’attrait qu’il représente pour moi.
    Malgré ton jeune âge, j’imagine que tu es au courant qu’une série a été tirée de ce roman il y a… 42 ans !!! Je ne l’ai pas vue à l’époque et je me demande si elle a bien vieilli…

A vous les micros !

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