« Les frères Karamazov » de Dostoïevski

Le challenge Les classiques c’est fantastique nous emmène en Russie pour ce mois de juillet, à l’attaque du bon gros pavé russe.
N’ayant dans ma PAL que du pavé non russe et du russe non pavé, j’ai acheté ce roman que je voulais lire depuis longtemps : Les frères Karamazov. J’ai pali devant l’épaisseur du pavé qui porte bien son nom, mais ma résolution était inébranlable. Et je suis arrivée au bout de ses 1220 pages.

Pourquoi ce roman ? Etrangement, je pense que je l’ai d’abord retenu avec Serge Karamazov dans la Cité de la Peur, qui s’y réfère régulièrement : « aucun lien, je n’ai pas de frère ». On a les références qu’on peut.
Et puis c’est surtout un écrivain (je ne sais plus qui) qui en a parlé dans l’émission spéciale de la valise d’été de La Grande Librairie (François Busnel, France 5) et qui m’a donné envie.

Les Karamazov vivent à Skotoprigonievsk, ville imaginaire qui n’est citée qu’à la page 888. Le père, Fédor, est parti de rien, mais a réussi à devenir riche grâce à deux mariages qu’il a su faire fructifier. Financièrement parlant, car sentimentalement ces unions étaient d’une pauvreté désolante. Dmitri est né du premier mariage, Ivan et Alexis du second. Trois fils dont Fédor ne s’est jamais occupé, laissant son valet Grigori et un cousin assumer la charge.

Le début du roman est longuement consacré à la génèse familiale. L’ascension de Fédor, les enfances des garçons, leurs chemins différents. Dmitri est un homme fougueux, passionné, porté sur l’argent, la boisson et les femmes. Son coeur balance entre deux demoiselles. Il a poussé comme une plante sauvage, de travers, sans tuteur stable ni main aimante pour le guider. Ivan quant à lui a pu faire des études et est le savant de la famille. Instruit, volontaire, avec un pied au bord du précipice qui fait basculer les âmes qui réfléchissent trop dans le tragique. Alexis en revanche est le petit ange de la fratrie. La bonté incarnée, le sourire aux lèvres, il a décidé de consacrer sa vie à Dieu. Faut-il préciser que c’est celui que j’ai trouvé le moins intéressant des trois ?

La quatrième de couverture annonce vite la couleur qui n’intervient qu’à plus de la moitié du roman : Fédor a été assassiné. On soupçonne immédiatement l’un des fils qui est le coupable évident. Tous les indices l’accusent. Nous, lecteurs, connaissons la vérité grâce à un narrateur extérieur dont je n’ai pas pu comprendre l’identité, mais cela n’a guère d’importance.
La moitié du roman nous porte à comprendre comment cette famille en est arrivée là en analysant en profondeur les personnages et leurs actes. Ensuite, l’histoire se recentre sur le meurtre avec la recherche du meurtrier ou plutôt, la recherche de la culpabilité de l’un des fils.

J’aimais la débauche, j’aimais aussi l’ignominie de la débauche. J’aimais la cruauté : ne suis-je pas une punaise, un méchant insecte ? J’ai dit : un Karamazov !

Dans sa préface, Dostoïevski nous explique que le véritable roman est celui qu’il n’a pas eu le temps d’écrire, consacré à Alexis à l’époque contemporaine. Mais que pour cela, il doit écrire un premier roman relatant son passé, celui que je vous présente aujourd’hui. Il précise ainsi qu’Alexis en est le héros, ce qui n’est pas flagrant à mon sens puisque chacun des trois frères occupe une place importante dans l’intrigue.

Dans ce roman comme dans Crime et Châtiment (que j’avais beaucoup aimé), Dostoïevski se livre à une analyse profonde et complexe de l’âme humaine, mettant à jour ses faiblesses et ses contradictions, sans jamais encenser ni accabler personne. Car nul être humain n’est entièrement ombre ou lumière.

Malgré des passages que j’ai trouvés longs et inutiles (les considérations religieuses par exemple, ou l’enfance du staretz Zossima, que j’ai carrément sauté), j’ai beaucoup apprécié ce roman. Il me marquera moins que Crime et Châtiment, mais j’ai un penchant particulier pour ces romans qui sondent l’humanité. Ils nous aident à comprendre autrui, à éprouver de l’empathie, nous enrichissent.

Un roman que je vous conseille donc, quand vous aurez envie de prendre le temps de rentrer dans un bon gros pavé.

Et si nous allions voir les lectures de Moka et de Fanny ?

9 réflexions au sujet de « « Les frères Karamazov » de Dostoïevski »

  1. J’entends régulièrement beaucoup de bien de ce roman mais j’avoue ne pas avoir eu le courage de m’y lancer, ni d’aucun autre Dostoievski d’ailleurs…, ce mois-ci 😉 mais ça pourrait me plaire, j’aime aussi, de plus en plus, ces romans épais qui sondent l’humanité, comme tu dis, tout en ayant tendance à diagonaliser sauvagement par moment 🙂

  2. Alors là, je dis bravo ! Comme je le disais à Fanny, je trouve qu’on assure vraiment ce challenge avec un enthousiasme et une régularité qui forcent l’admiration! (Voilà pour l’instant autosatisfaction collective.)
    Quant à ton choix, il aurait pu faire partie des miens mais j’ai opté pour Crime et châtiment, tout en sachant que je reviendrai assurément vers Les Frères Karamasov !
    Merci pour ta participation ! Vous voir ainsi impliquées me motive complètement et ce petit instant de suspense du lundi où je découvre vos titres est un jeu des plus plaisants !

  3. Voilà mon erreur : je n’ai pas pu dépasser les trois cents pages et donc arriver jusqu’à l’assassinat du père ! Je n’en voyais pas le bout, ça me semblait interminable, même en diagonale. Parfois je le regrette mais après tout, certains livres ne sont pas écrits pour nous.

A vous les micros !

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