« Le bûcher » de Perumal Murugan

Auteur indien de langue tamoule, dans laquelle il écrit, Perumal Murugan est un fils de fermiers né en 1966. Il a publié six romans, quatre recueils de nouvelles et des ouvrages de poésie. C’est un des plus grands écrivains indiens contemporains, qui a pourtant dû subir les outrages de sa caste suite à la parution du roman Madhorubhagan, qui raconte l’histoire d’un couple dans l’incapacité d’avoir un enfant, et qui a notamment participé à une cérémonie religieuse annuelle qui autorise les relations sexuelles libres.
Perumal Murugan a du faire des excuses publiques et le roman être retiré de la vente, ce qui l’a poussé à annoncer la mort de l’écrivain pour n’être plus qu’un professeur.
Mais la justice l’a finalement défendu et il a depuis repris la plume.

Le bûcher a été publié en tamoul en 2013, avant les dissensions avec sa communauté. A noter, ce roman français est une traduction du roman Pyre, traduit en anglais par Aniruddhan Vasudevan en 2016, qui l’a lui-même traduit du tamoul dont le titre était Pūkkul̲i. C’est donc une traduction de traduction, et étant traductrice moi-même, je sais comme cela peut dénaturer un texte. Mais on va faire avec ce qu’on a 😉

Saroja descend du bus avec son mari Kumaresan, qu’elle vient d’épouser à la hâte. Elle est partie sans un mot de la maison de son père pour aller vivre avec lui dans sa famille, dans un village perdu, dans un paysage désertique. Mais ça elle ne le sait pas encore. En réalité, elle a tout quitté par amour sans avoir une idée de ce qui l’attendait.
A savoir une belle-mère hargneuse qui en veut terriblement à son fils d’avoir épousé une étrangère, une peau blanche d’une autre caste.
Une hutte de murs végétaux, au confort plus que rudimentaire, loin de ce dont elle avait l’habitude.
Des villageois curieux et médisants, qui voient d’un mauvais oeil l’arrivée de cette femme extérieure à leur communauté, à leur caste.

Pour Kumaresan, c’est aussi la douche froide. Il s’attendait à une réticence initiale qui s’estomperait au fil du temps. Mais la rancune est tenace. On le malmène pour savoir d’où vient Saroja, de quelle caste elle vient. On lui tient rigueur de s’être marié en douce.

Entre le récit des dures journées de Saroja, qui n’a nulle part où aller et rien à faire, vu que sa belle-mère la tient à l’écart autant que possible, le narrateur raconte les débuts de l’histoire d’amour des deux jeunes Indiens. Une histoire pleine de promesses, avec l’ambition de Kumaresan d’ouvrir sa boutique de sodas et d’offrir une vie confortable à sa femme. Une histoire qui maintenant s’assombrit de plus en plus, car Kumaresan doit aussi accuser le coup et sa tristesse dresse une barrière involontaire entre lui et Saroja.

Le bûcher est un roman émotionnellement fort bâti autour d’une histoire simple, celle d’un homme et d’une femme qui s’aiment mais que des raisons archaïques, injustes, débiles (choisissez la mention que vous préférez) empêchent de s’aimer librement. La méchanceté des gens est sans limite. On ne peut qu’être révolté en lisant le désespoir et la déception de Kumaresan, fier de sa femme, qui se fait insulter, renier et même frapper.

En plus de l’intrigue, j’ai aimé le dépaysement offert par ce roman qui m’a emméné vers d’autres moeurs, d’autres paysages et d’autres mots. Le bûcher est truffé de termes tamouls et pour moi qui suis passionnée par les langues étrangères c’était un bonheur de les découvrir, même si je n’en retiendrai aucun.

Vous l’aurez compris, j’ai été conquise par cette traduction de traduction 😉

Mon seul bémol, c’est la fin du roman. Je l’ai lu en numérique (c’est ma première fois) et autant pour un livre papier on voit bien qu’il n’y a plus beaucoup de pages à tourner, autant pour le numérique c’est surprenant de s’apercevoir qu’il n’y en a plus du tout alors qu’on attend de savoir ce qu’il va se passer. Terriblement frustrant !

Merci aux éditions Stéphane Marsan pour cette nouvelle découverte !

Stéphane Marsan, 2020, 978-2-37834-062-9, 224 pages, 18€

3 réflexions au sujet de « « Le bûcher » de Perumal Murugan »

  1. Je ne lis que très peu, voire pas du tout de littérature indienne ! Pourquoi pas essayer avec lui !

    Ah oui les traductions peuvent dénaturer le texte, j’aimerais tellement lire en vo parfois ! Mais mon anglais n’est pas du tout bon !

A vous les micros !

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