« Joe Shuster – Un rêve américain » de Julian Voloj & Thomas Campi

Connaissez-vous Joe Shuster et Jerry Siegel ? Si ce n’est pas le cas (comme ça l’était pour moi), vous connaissez au moins leur « bebé » : Superman. Ce sont eux qui ont créé le personnage dans les années 30. Malheureusement, ils n’ont jamais connu la gloire et l’argent, car ils ont été dépossédés de leur oeuvre. Comment cela a-t-il pu arriver ?
C’est ce que Julian Voloj et Thomas Campi ont entrepris de raconter dans cet album graphique.

Tout commence à New York, en 1975. Un policier trouve un vieil homme sur un banc. Il l’emmène et lui offre de quoi manger dans un diner. Ils font la conversation et arrive la question…

Tomber sur le dessinateur de Superman, le policier ne s’y attendait pas. Encore moins à l’histoire que Joe Shuster va lui raconter.

Joe Shuster est né à Toronto, d’une mère russe et d’un père néerlandais, tous deux juifs immigrés. La famille déménage ensuite à Cleveland. Il fait la connaissance de Jerry Siegel, fils d’immigrés lituaniens juifs, à l’école secondaire. C’est l’entente immédiate. Tous deux adorent les comics. Joe sait dessiner, et Jerry a des idées d’histoires plein la tête.

Joe Shuster & Jerry Siegel

C’est ainsi que commence leur aventure, alors qu’ils sont encore très jeunes et vivent chez leurs parents. Ils commencent par le journal de l’école. Puis Joe gagne un concours d’affiche et désormais, sa famille le soutient dans son désir de vivre de ses dessins. Pour Jerry cela ne marche pas très bien, on ne retient pas ses histoires. Mais il y croit dur comme fer. Et surtout en son personnage Superman

Il faudra beaucoup de persévérance aux deux amis. La chance leur sourit enfin quand le Major, éditeur et fondateur de National Allied Publications accepte de publier leurs histoires. Mais il n’est pas intéressé par Superman. C’est Sheldon Mayer, qui travaillait au sein de cette entreprise, qui plus tard a compris le premier le potentiel derrière Superman.

Mais tellement heureux d’être publiés et d’avoir leur premier chèque conséquent, ils se montrent naïfs et signent un contrat qui implique qu’ils cèdent tous leurs droits à l’éditeur. Une signature qui causera leur perte.

Ils ont pourtant réussi à bien vivre au départ, car ils étaient salariés National Allied Publications et recevaient une bonne paye. Ils avaient de quoi voir venir, Joe a même acheté une maison pour sa famille. Mais au fil du temps, Superman a rapporté de plus en plus d’argent, et Joe et Jerry n’en voyaient pas la couleur.

Joe laissait couler, il se contentait de ce qu’on lui donnait. Il ne manquait de rien après tout. Mais Jerry n’a jamais accepté, il se lançait dans des procédures judiciaires, en vain. Et 37 ans après, il menait encore un combat pour obtenir réparation.

Je vous raconte là l’histoire en accéléré, car il y a eu bien des péripéties pendant ces 37 ans. Le récit est enrichi du contexte historique, d’évènements qui ont eu des répercussions sur leur travail, et d’un peu d’amour.

Ce récit est fascinant pour l’histoire de Joe Shuster et de Jerry Siegel. Ce qu’ils ont subi est tragique et profondément injuste. J’étais de plus en plus écoeurée au fur et à mesure de ma lecture. Ils ont finalement obtenu gain de cause, mais beaucoup trop tard….
C’est aussi une mise en accusation du monde des comics à l’époque (magazines, comic-books…). C’est toute l’industrie du genre qui est dépeinte, pas sous son plus beau jour. Vous n’y trouverez pas de scrupules, ni de reconnaissance, ni de compassion.

Si comme moi vous ne vous intéressez pas aux comics et que vous ne connaissez pas la moitié des noms mentionnés, ça n’a aucune importance. Je n’ai pas fait l’effort de retenir ni comprendre tout ce que je lisais, ce qui ne m’a pas empêchée de me passionner pour ce roman graphique édifiant.
Et magnifique. Les planches sont tellement belles, on se laisse glisser sans peine dans le décor et dans l’histoire. Je vous laisse juger plus bas.

Bravo à Julian Voloj et à Thomas Campi pour ce roman graphique exceptionnel !

Un bémol toutefois, qui n’est pas de leur fait. En fin d’ouvrage se trouvent des notes qui viennent apporter des explications au fil des pages. Je les ai lues en parallèle du récit et cela complète bien la lecture (voire trop, il y a énormément de précisions). Mais à chacun de s’en servir comme il veut. Le souci, c’est qu’elles se réfèrent à des pages. Et qu’il n’y a aucune pagination. 184 pages, plein d’annotations, et aucune pagination. Bon amusement !

A part ça cet album est absolument génial. Et on visualise très facilement un biopic filmé. A bon entendeur !

Urban Comics, 2018, ISBN 978-2-365-77842-8, 184 pages, 17,50€

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18 réflexions au sujet de « « Joe Shuster – Un rêve américain » de Julian Voloj & Thomas Campi »

  1. Bon sang, tout le monde connaît Superman mais… ces deux noms d’auteurs, inconnus !!!
    La couverture et les planches sont superbes, je note bien sûr !

  2. J’ai cet album à la maison, dédicacé à St Malo… J’adore le trait de l’italien Thomas Campi, mais je n’ai pas encore lu cet album…

  3. Sympa ! J’aime bien savoir ce qu’il y a derrière l’industrie du livre, ici celle des comics (que je ne connais pas très bien, comme toi ^^). Je note et j’adore l’image de couverture !

  4. Je m’intéresse de plus en plus aux comics donc ce titre pourrait me parler…
    Quant à Campi, il a de l’or dans les crayons ! J’aime tout ce qu’il fait.

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