« Le vieux qui lisait des romans d’amour » de Luis Sepulveda

N’y voyez pas une lecture hommage à ce célèbre auteur chilien que je n’avais encore jamais lu. Il se trouve qu’il est décédé il y a quelques jours du Covid-19 mais ce n’est pas ce qui a déclenché mon envie de lire ce livre. Je parcourais mes étagères et j’ai été tentée par une balade dans la forêt amazonienne. Une grande bouffée de nature exotique changerait mon quotidien de confinement en appartement.

C’est donc avec enthousiasme que je me suis lancée dans cette aventure aux côtés d’Antonio José Bolivar Proaño, alias le vieux qui lisait des romans d’amour. Ce monsieur vit dans un village constitué d’une seule longue rue qui borde la rivière. C’est un tout petit village, avec un maire dans le plus pur cliché sud-américain. Je visualisais Maradona, donc vous voyez le genre. Un dentiste descend en bateau de la ville et pose son fauteuil sur le quai, soignant les dents à la queue leu leu. Mais il fournit un autre service à Antonio : il lui ramène chaque fois quelques romans d’amour, que le vieil homme lit sérieusement dans son hamac ou debout sur la table de son cabanon.

Antonio est arrivé dans ce village avec sa femme, avec qui il a essayé de cultiver un bout de terre. Mais en vain, l’homme habitué à la ville n’est pas outillé pour vivre sur ce territoire. Il l’a compris quand après le décès de sa femme, survenu beaucoup trop tôt, il est allé vivre avec les Indiens Shuars. Ces femmes et hommes vivent dans la forêt. Ils savent écouter la nature, s’en nourrir, en tirer parti sans la surexploiter. Leur mode de vie s’est façonné de manière à vivre en harmonie avec leur environnement.

Vie du peuple indigène Madiha – – 23, 24, 25 Janvier 2018 – Eirunepe – Estirao – Bresil
(pas du tout le bon endroit mais ça ressemble au paysage que j’imaginais)

Et c’est grâce à ce qu’il a appris auprès des Shuars qu’il va pouvoir se lancer sur les traces d’un jaguar. Une femelle qui a vu un chercheur d’or dépecer ses petits pour leur peau et qui veut maintenant se venger. Elle a commencé par massacrer l’homme. Maintenant elle rôde autour du village et risque d’égorger quiconque en sort. Malgré le respect que lui inspire le jaguar, Antonio va devoir la pister pour la neutraliser.

Ce court roman que j’imaginais prendre place dans un décor paradisiaque est en fin de compte très sombre. Le village est situé dans un territoire hostile, avec des bêtes sauvages, une nature qui ne veut pas qu’on y plante des graines. Il y a un bateau qui fait la liaison avec les autres villes, à un rythme lent, d’où un isolement prononcé. Antonio a des voisins mais pas d’ami ; il ne parle guère qu’avec le dentiste. Il n’y a que la nature et les Shuars qui tirent leur épingle du jeu dans cette histoire.

Luis Sepulveda a passé sept mois avec les Shuars, une période de sa vie qui l’a profondément marqué et qui lui a fait remettre en question le statut de l’homme « civilisé » et réaliser la suprématie de la nature. C’est de cette expérience que lui est venue l’idée d’écrire au sujet d’un vieux monsieur dans la forêt qui n’avait pour seule compagnie que des romans d’amour.

Bien que le sujet, le décor et le style m’aient plu, je n’ai pas été emportée comme j’étais en droit de m’y attendre au vu des avis élogieux lus de toutes parts depuis des années. C’était une lecture agréable, mais je ne me suis pas fondue dans l’ambiance de ce petit village équatorien. Je n’ai pas été happée par le suspense de la traque du jaguar. Je ne me suis sentie proche d’aucun personnage, pas même d’Antonio.

Je ressors de cette rencontre avec Sepulveda déçue qu’il n’y ait pas eu d’étincelles. Dommage.

France Loisirs, 2017, ISBN 978-2-298-12863-5, 158 pages

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