« La fortune des Rougon » d’Emile Zola

J’ai lu La Fortune des Rougon pour la première fois en 2001. A l’époque, j’avais déjà lu La Bête humaine et La Faute de l’abbé Mouret, romans que j’avais adorés. Je m’étais mise en tête de lire la série des Rougon-Macquart dans l’ordre, ce que j’ai commencé à faire. Mais si j’ai acheté Son Excellence Eugène Rougon (numéro 6), je ne l’ai jamais lu. Je n’ai pourtant pas abandonné l’idée de lire toute la série.

Et puis Moka et Fanny ont lancé un nouveau rendez-vous mensuel autour des classiques, qui démarre aujourd’hui sur le thème On a une relation comme ça Émile Zola et moi… ♥ L’occasion était trop belle 😉

Voici donc le point de départ de la série des Rougon-Macquart, qui permet à Emile Zola de développer le principe selon lequel les caractères des individus dépendent inévitablement de leurs ancêtres. Autrement dit : les chiens ne font pas des chats.

Tout commence du côté de Nice, avec Adélaïde Fouque. Cette femme s’est mariée avec Marius Rougon, avec qui elle a eu Pierre. C’est là que commence la branche des Rougon. Mais son mari meurt un an et demi plus tard et elle prend un amant, Eustache Maquart, avec qui elle a deux enfants, Ursule et Antoine. Voici donc la branche des Macquart.
Les destins de la descendance seront l’objet des différents romans.

L’arbre généalogique des Rougon-Macquart dessiné et annoté par Zola

Nous assistons ici à la quête de gloire et de fortune de Pierre Rougon et de sa femme Félicité. Ils habitent Plassans, un village bâti sur le versant d’une colline. Malgré leurs effort et les espoirs qu’ils ont placé dans leurs enfants, à qui ils ont offert des études, leur situation n’est pas extraordinaire. Ils habitent dans le quartier à la lisière des bourgeois, et rêvent de traverser la rue. L’occasion va se présenter à eux avec les évènements politiques de 1851 qui vont peut-être, s’ils parviennent à saisir leur chance, leur permettre de grimper dans l’échelle sociale.

Antoine Maquart est un bon à rien qui veut le beurre et l’argent du beurre sans lever le pouce. C’est sa femme Joséphine qui fait tout, le travail ne lui fait pas peur. Par chance, ses enfants ont davantage hérité de son caractère. Mais Antoine a un mauvais fond et ne supporte pas de voir son demi-frère Pierre se tailler la part du lion, surtout quand il apprend comment ce dernier a poussé leur mère à le déshériter…

« Et il songeait à ces poussées d’une famille, d’une souche qui jette des branches diverses, et dont la sève âcre charie les mêmes germes dans les tiges les plus lointaines, différemment trodues, selon les milieux d’ombre et de soleil. Il crut entrevoir un instant, comme au milieu d’un éclair, l’avenir des Rougon-Macquart, une meute d’appétits lâchés et assouvis, dans un flamboiement d’or et de sang. »

De toute évidence, il y a de la mauvaise graine dans cette famille. De l’envie, de la convoitise, de la paresse, de la sournoiserie, de la méchanceté, une absence de scrupule hors norme… Il n’y a guère que Silvère qui tire son épingle du jeu. C’est un petit-fils d’Adélaïde côté Maquart (par Ursule), un être pur qu’elle aime énormément. Il est attentionné, travailleur, et amoureux de Miette, une jeune fille recueillie par une famille qui lui mène la vie dure. Leur amour naissant et enfantin apporte la touche de beauté et d’innocence qui vient illuminer le triste tableau de la famille désunie de peu d’honneur.

Silvère va cependant mener son amoureuse à sa perte en l’entrainant à la suite des insurgés républicains. Et c’est là qu’intervient la dimension sociétale et historique indissociable de l’oeuvre de Zola. Chacun de ses romans est une photographie de la société à un moment donné.

Dans La fortune des Rougon, nous sommes au début de décembre 1851. Il n’y a plus de monarchie mais une république, présidée par Louis-Napoléon Bonaparte. Celui-ci ne peut se représenter et prend des mesures pour garder le pouvoir au terme de son mandat, alors que la constitution l’interdit. Ce coup d’état du 2 décembre a poussé les Républicains à se soulever dans les provinces. Les Républicains prennent les armes contre les bonapartistes. Et c’est dans ce contexte que les Rougon vont trouver leur planche de salut.

Cavalerie de d’Allonville dans les rues de Paris, le 2 décembre 1851

D’aucuns pourraient reprocher le soucil du détail de Zola, qui s’échine à creuser ses personnages pour les rendre les plus concrêts possibles. C’est justement ce que j’aime dans cette approche naturaliste. Il y a beaucoup de détails et de descriptions, mais le génie de l’écrivain, c’est que tout ce qu’il écrit sert le roman. Il n’y a pas de longues descriptions inutiles ennuyeuses : il plante brillamment le décor. Le lecteur doit visualiser les lieux, reconnaître les personnages, se fondre dans l’ambiance des évènements. On ressort de notre lecture en ayant véritablement vu et éprouvé le roman. Un vrai bonheur de lecture.

Et c’est pour tout cela que je trouve les romans de Zola passionnants et que je poursuivrai avec la relecture de La Curée dès que possible ❤

C’était ma contribution au rendez-vous Les classiques c’est fantastique !

Le Livre de Poche, 2000, 381 pages, 26 FF (!!)

14 réflexions au sujet de « « La fortune des Rougon » d’Emile Zola »

  1. C’est le premier Zola que j’ai lu marquant le début d’une formidable histoire littéraire (en bien des points…) Je le relirai quand j’aurai terminé le cycle et je sais d’avance que cette relecture aura une saveur particulière.
    Si j’ai bien compris, d’autres chroniques zoliennes sont à prévoir ici et ça c’est une bonne nouvelle.
    Ravie que tu participes à ce rendez-vous, la liste des thèmes a été mise à jour, et certains mois devraient te parler…
    Rendez-vous en mai ?

    1. J’espère pouvoir lire rapidement La Curée, j’ai envie de battre le fer tant qu’il est chaud. Un Zola tous les deux mois ça serait un rythme raisonnable. Contrairement à toi je suis loin, très très loin de la fin du cycle, j’ai encore de quoi faire.
      Je me réjouis d’avance de découvrir les nouveaux thèmes !
      Rendez-vous en mai, bien évidemment 😀 J’ai déjà une liste de possibilités dans ma PAL, il n’y a plus qu’à choisir…

  2. C’est celui que j’ai choisi aussi pour me remettre le pied à l’étrier, et quel plaisir ! Grâce à toi, je viens de revoir l’arbre généalogique fait par Zola, j’aime beaucoup voir les documents, croquis qu’il a pu faire pour préparer des romans, je trouve ça fascinant et comme une porte d’entrée dans l’envers du décor. J’avais noté La Curée dans mes prochaines lectures aussi, après cette remise en bouche, bien envie de faire une petite cure 🙂

    1. J’ai un coffret très chouette sur les dessins et les manuscrits de Zola, j’essaierai de le présenter dans la semaine.
      Commencer par le commencement, c’était une évidence, n’est-ce pas ? 😉 En avant pour la suite !

  3. Vous êtes deux à avoir commencé par le début 😀
    Comme tu dis, les chiens font pas des chats et j’ai hâte de découvrir les autres aventures de cette immense famille (merci pour l’arbre…)!
    On se donne rendez-vous en mai?

    1. J’ai moi aussi très très envie de me replonger dans l’histoire de cette famille, c’est fascinant !
      Rendez-vous en mai, sans problème 😀

  4. A lire plusieurs chroniques sur des lectures ou relectures de Zola vous me donnez très envie de retenter avec lui car j’ai un passif avec lui avec Germinal au lycée….. Je viens de me procurer La terre et si j’accroche (et peut être même si je n’accroche pas) je tenterais de reprendre dès le début 🙂

    1. Par chance, je n’ai jamais connu aucune lecture au lycée qui m’ait vaccinée contre tel ou tel romancier. Je comprends qu’on puisse être refroidi… Mais tout est une question de timing, et d’envie. Par exemple j’ai lu il y a des années La voie royale de Malraux et j’ai senti à la fin que je n’avais pas saisi toute la portée du roman parce que j’étais trop jeune pour comprendre certaines sensations. Alors que j’avais beaucoup aimé tout ce que j’avais lu de Malraux ! Je le relirai donc plus tard.
      J’espère que quand tu reviendras à Zola tu prendras plaisir cette fois.

  5. Je pense apprécier davantage Zola aujourd’hui qu’au lycée, je trouvais ses textes longs, sombres et déprimants. Alors qu’à la lecture du roman Le Rêve, j’ai vraiment apprécié chaque chapitre.

  6. Je garde aussi un merveilleux souvenir de ce premier tome de la saga. Je relirai bien La Curée prochainement, tiens. C’est le tout premier que j’ai lu de lui il y a vingt ans et depuis, Zola ne m’a jamais quittée.

    1. Le charme de Zola nous a toutes frappées ados apparemment ^^J’ai déjà lu La Curée mais je m’en souviens à peine à vrai dire.Tant mieux, ça sera encore plus plaisant de le relire 😉

A vous les micros !

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